Fascination - Stephenie MEYER

Un livre aux éditions Hachette (2005)
Titre original : Twilight (2005)
520 pages

Le sujet
Bella, 17 ans, arrive dans une nouvelle ville où elle fait connaissance des Cullen, une étrange famille de vampires d'une nouvelle génération ; en effet, ceux-ci se sont entraînés à résister à l'appel du sang humain et se "contentent" d'animaux pour assouvir leur soif. Bella et Edward, un des enfants adoptés des Cullen, tombent amoureux...

Le verbe
Tous les cinq avaient le regard éteint. Ils ne se regardaient pas, ne regardaient pas leurs condisciples, ne regardaient rien de particulier pour autant que je pusse en juger. (p.30)

...nous n'avons pas le droit de désirer nous élever, dépasser les frontières d'un destin qu'aucun de nous n'a voulu, essayer de retenir un maximum de notre humainté perdue. (p.329)

Mon complément
Faut-il dire que moi aussi je suis tombée accro à cette saga ? Non, inutile. Je suis en train de lire les 4 tomes d'affilée, pourquoi attendre ? En fait, j'étais un peu sceptique, j'ai abandonné mes doutes en allant voir le film qui en est l'adaptation : Twilight. Ce film fut une sorte de "révélateur" !

Il s'agit d'une lecture pour public jeune, mais je suis restée jeune, en tout cas, je le suis redevenue le temps de ma lecture. Non pas que j'en eusse besoin au fond, pour rien au monde je ne voudrais avoir de nouveau 20 ans, quelle horreur !!! Cependant replonger dans les affres des sentiments de cette époque m'a donné une nouvelle dimension de ma vie aujourd'hui. Une conscience qui n'a rien de rationnel, évidemment.

La suite

Twilight (2009)

  • Réalisateur : Catherine Hardwicke
  • Genre : fantastique
  • Année : 2009

"Plutôt mourir qu'être loin de toi"


L'histoire
:

Version courte :
De nos jours. Les amours contrariées de deux jeunes gens de 17 ans : Isabella et Edward, seulement Edward, ses 17 ans il les a eus en 1918 !

Version longue :

Bella (Kristen Stewart) 17 ans quitte sa ville du sud en Arizona où elle vit avec sa mère pour aller vivre dans le nord avec son père, à Fork, Etat de Washington. Il pleut, il fait froid, c'est le milieu de l'année scolaire, bref "ça craint". Elle est cependant plutôt bien accueillie, et ses nouveaux amis la "briefe" sur 5 élèves bien étranges et toujours ensemble, les enfants adoptifs du docteur Cullen : 2 filles et 3 garçons. Quatre d'entre eux semblent être "en couple" sauf Edward (Robert Pattinson), le solitaire. En cours de biologie, Bella est placée à côté d'Edward qui semble étrangement incommodé par sa présence. Bella s'imagine qu'il ne la supporte pas, alors que de son côté, pas de bol, elle est attirée par ce gars genre "ténébreux". Peu de temps après, Ed lui sauve la vie, en démontrant une force surhumaine, Bella insiste pour connaître son secret, elle se renseigne, et finalement, apprend qu'Ed, et toute sa famille adoptive, sont des vampires. Oui, mais des vampires "sevrés" qui ne se nourrissent que du sang des animaux. Bella et Ed se "mettent ensemble". En d'autres mots : "ils ne veulent plus jamais se quitter" ! Par contre, ils ne sont pas les seuls vampires dans le coin, et Laurent, James et Victoria, trois vampires itinérants et agressifs, ne font pas tant de manières... Et voilà que James veut combattre Ed, alors pour le mettre bien en colère, il va s'en prendre à Bella, sa petite amie au sang si chaud... Heureusement, tous les Cullen vont défendre Bella et la sauver.

A suivre !


Mon avis :
Je suis enchantée d'être allée voir ce film ce matin avec ma fille (qui a 10 ans). Je n'ai pas encore lu Fascination, le livre de Stephenie Meyer dont est adaptée l'histoire, mais cela ne va pas tarder.

Les personnages sont attachants, sans être de "toute beauté" et heureusement. Les paysages de forêt sont superbes, la hauteur des arbres vertigineuse est presque désirable, même pour moi qui suis horriblement sujette au vertige (j'aimerais tant être un oiseau pour n'avoir pas peur de m'écraser...). Les scènes dans la forêt ont été tournées dans le Silver Falls Park :

De quoi en prendre plein la vue de verdure et d'immensité. Un vaste sentiment d'éternité.

Bien entendu, il s'agit d'un film pour adulescents, c'est à dire pour ceux qui gardent encore en eux, et pour un certain temps, la symbolique envie de croire que tout est possible en ce monde, y compris l'impossible. C'est tout moi. J'adore les histoires fantastiques, même si elles sont bien gentilles. Ce n'est pas exactement comme la série "Buffy contre les vampires" (que j'adore !) car ici, point d'expéditions punitives le soir armés de pieux et de pioches. Non, il s'agit de la rencontre au final "banale" entre deux êtres que la mort sépare. Peu importe que ceux-ci sont encore des enfants. Ils sont en nous.

A noter :
Robert Pattinson est connu du public des fans de fantastique et magie pour avoir tenu le rôle du pauvre Cedric Diggory dans Harry Potter et la Coupe de feu.

A noter (bis) :
J'ai trouvé qu'il y avait un petit clin d'oeil au film Blade Runner (un film américain de science-fiction de Ridley Scott sorti en 1982) avec l'apparition de la serveuse coiffée comme Rachel dans le restaurant où Ed invite Bella : (Une coiffure qui ne passe pas inaperçue, vous en conviendrez).

à gauche : Twilight, a droite : Blade runner
(Cliquer sur la photo "montage" pour l'agrandir)
"Dans Twilight, le vampirisme est une très belle métaphore du désir adolescent et de la difficulté, voire de l'impossibilité, d'assouvir ce désir". Greg Mooradian, producteur.

Après la pluie

Il a fini de pleuvoir. J’ouvre la fenêtre et l’odeur de la terre imbibée distille en moi un souvenir qui remonte à l’enfance. J’aime me cacher, jouer à la fugitive. Je suis la reine de l’évasion. Des heures entières à jouer avec des amis extraordinaires face à des ennemis invisibles ont prouvé les ressources infinies de mon imagination. Je fais un détour par le potager avant de partir en expédition, arracher quelques jeunes carottes, cueillir quelques fraises aussi. Je m’aventure sur le chemin de Colimont. Mini vadrouille. A l’écoute d’un bruit incongru, je suis morte de trouille et je bascule dans le fossé, me rendant invisible dans le chuchotement des grillons. Le râteau ou la bêche passent. Sans avoir été perçue, je reprends le contact avec le sentier caillouteux. Je m’arrête souvent pour ramasser des trésors blancs, polis par l’usure des vents et autres poussières imperceptibles. Mes expéditions me transportent toujours dans un monde parallèle dans lequel j’affronte l’hostilité de l’inconnu. La faim me fait revenir sur le sentier battu au bout duquel la maison se profile comme un asile bienvenu. Derrière la porte, une grand-tante gronde son inquiétude : où étais-tu, je me suis fait un sang d’encre… J’imagine alors du sang violet (à l’époque nous écrivions à la plume violette, elle sentait bon…). Je hausse les épaules, je sais bien qu’elle ment, le sang est rouge comme sur mes genoux toujours égratignés. Mes tartines m’attendent, bien larges et recouvertes de beurre et de confiture ou de chocolat râpé. J’avale un grand verre de lait. Tout à l’heure, j’irai me cacher dans le bûcher, y lire des contes exotiques. J’aime bien celui des cinq frères chinois. Il me fascine et les illustrations sont impressionnantes. Quand il sera l’heure de dormir, mon esprit ressortira sans rien dire battre la campagne comme un enfant trop curieux et désobéissant.

Je crois que je suis toujours restée cette enfant fantasque et enthousiaste.

Café viennois

Un matin, envie d'un café viennois de Paris. Bien chaud. J'ai froid, je suis arrivée en avance, j'ai devant moi une vingtaine de minutes et quelques pas de distance me sépare du café. Je sais, oui, je suis sûre que cela fait des années que je n'ai pas bu un café viennois. Ambiance. J'entre et m'approche du comptoir pour demander s'il est possible de me préparer un café viennois. La serveuse me répond qu'elle va voir s'il y a de la Chantilly. Je cherche où je vais m'asseoir, j'ai l'embarras du choix mais je me fais l'effet d'un papillon dans un champ de fleurs, laquelle choisir ? La serveuse me propose de m'asseoir au fond et au chaud, me voilà sur la banquette de tégument. J'attends. Mon regard s'approprie la salle, la télé est allumée sur la première chaîne (TF1). Les marins du Vendée globe affrontent les aléas de la mer de douleur, l'Europe s'inquiète de la hausse de la consommation d'énergie qui flambe, les bombes embrasent les Humanités perdues. Eau, air, feu. Il manque un élément. Solide. Un fantôme déjà se tortille en mon coeur. Mon café arrive. La mousse blanche posée au milieu de l'eau sombre. Je touille ma cuillère dans ma tasse. Trouble. Deux clients au comptoir boivent leur bière. 9 heures du matin.  Il est temps de payer. Je vais plonger dans le ventre de la ville assourdie et replète de neige nappant le trottoir sombre d'un manteau blanc glissant.

Les lettres - Edith WHARTON


Le livre
The letters (1910)
traduit de l'américain par Anne Rolland
Collection Folio 2€
une nouvelle de 90 pages, extraite du recueil "Le fils et autres nouvelles"


Le sujet
Paris, début du XXème siècle. Lizzie West, une jeune perceptrice, tombe amoureuse d'un peintre aisé. Lorsque sa femme meurt, ils s'avouent leur affection, mais il doit partir en Amérique arranger la succession de son épouse. Lizzie reste sans nouvelles de lui malgré des lettres qu'elle lui envoie comme promis, elle finit par l'oublier. Puis elle hérite et mène un meilleur train de vie. Un jour, dans un grand restaurant parisien, elle retrouve son ancien amour.

Le verbe
Peu à peu, les premiers jours qui suivirent le départ de Deering se teintèrent d'une lueur diffuse semblable à celle subsistant après le coucher du soleil. (p.33)

Mon complément
Et voici le deuxième livre que Malice m'a envoyé en remerciement du colis Victorian Christmas Swap !!! (n'est-ce pas que je suis gâtée ?)

Ah ! enfin une histoire qui se termine bien ! J'allais finir par croire que les récits d'époque "victorienne" devaient forcément mettre en scène des gens malheureux, perdant quelque chose : un amour, un espoir, un destin, ou la vie. Ici, la chose est plus positive.

Bon, il s'agit de critiquer le comportement de la société, ce qui se fait et ce qui ne se fait pas, ce qui est admis et ce qui est honni, ce qu'une femme peut exiger et ce qu'elle peut espérer... vaste programme ! Même si Lizzie finit par comprendre la nonchalance, le mensonge de son mari, elle est d'abord sur le coup de la colère (j'en aurai fait de même) mais elle lui pardonne. Pourquoi ? Parce qu'elle se rend compte que dans la vie, rien n'est blanc ou noir, que parfois, le gris est un compromis, sous peine de rester sur sa faim. Faim d'être vivant, dévoué à quelqu'un, reconnaissant envers quelqu'un. Tout simplement. Cela fait du bien.

Là encore, cette petite nouvelle (qui se lit bien vite ma foi !), me donne très envie d'en lire plus sur cette auteure, je pense précisément au roman "Voyage au Maroc", histoire d'en profiter pour voyage dans les Terres et les Hommes, à suivre...

L'homme démasqué - Thomas HARDY

L'homme démasqué / Barbara of the house of Grebe
une nouvelle publiée en 1891 dans le recueil intitulé "A Group a Noble Dames" proposée en 2008 par les éditions Privat/Le Rocher (collection Motifs)
traduit de l'anglais et postface par Diane de Margerie
60 pages

Le sujet

Angleterre victorienne. Barbara, une jeune fille de 17 ans s'enfuit avec son bel amoureux, ils se marient à Londres, au grand dépit du cynique Lord Uplandtowers qui comptait bien mettre la main sur la jeune fille et son héritage. Son beau mari défiguré, puis disparu, Barbara accepte d'épouser Uplandtowers qui, lorsqu'il découvre qu'elle aime encore son premier mari, décide de se venger.

Le verbe
Il se rapprocha et lui prit la main.
-J'ai fait faire ce masque à Venise, commença-t-il, visiblement mal à l'aise. Barbara ma chérie, ma femme bien aimée, croyez-vous pouvoir me supporter, quand je l'ôterai ? Vous n'allez pas éprouver de répulsion...non, n'est-ce pas ?

Mon complément
Un cadeau de la part de Malice qui m'a remerciée de mon envoi pour le Victorian Christmas Swap en m'offrant quelques uns de ses propres livres "victoriens", merci Malice !!! :)

Je l'avoue, j'ai lu ce livre en un seul trajet : 60 pages, c'est un peu ma cadence. Ce n'est pas trop l'habitude, surtout l'intérêt porté à une histoire, et aussi le fait de ne pas être trop importunée par les bruits alentours.

Terrible histoire que ce pauvre couple séparé par les considérations d'ordre social : le jeune homme se voit contraint de voyager en Europe pour parfaire son éducation. Durant son année, il est témoin d'un incendie et en portant secours, il se retrouve affreusement brûlé. Son épouse ne peut supporter la vue de son beau mari, il s'enfuit. Lorsque plus tard, elle reçoit d'Italie la sculpture grandeur nature de son époux bien aimé, elle se repent, l'installe dans son boudoir et se relève chaque nuit pour l'enlacer. découvrant cela, son second mari, fou de jalousie, fait remodeler le visage à l'image de ce qu'il est devenu, installe la statue dans la chambre conjugale et oblige sa femme horrifiée à supporter cette présence morbide (là, pour moi, on ne peut pas plus gothique comme scène !!!!). Frissons et dégoût assurés.

Bien sûr, l'incapacité d'amour du second époux est plus hideuse que la mutilation du premier (plus d'oreilles, de lèvres, un oeil unique, sans parler de la peau...!). Drame du paraître, de l'être, de ne pas être, n'est-ce pas ? Devenir un fantôme. C'est ce qu'il advient de la pauvre Barbara qui finit par devenir folle.

La troisième nuit, alors que tout avait été préparé selon le rite de la veille, tandis qu'elle était couchée, ses yeux immenses et fous fixés sur le terrible objet de leur obsession, elle fit tout à coup entendre un rire bizarre ; à regarder la statue, son rire se fit de plus en plus strident jusqu'à devenir un cri. Puis le silence retomba, et il vit qu'elle avait perdu connaissance. (p.58)
Avec ce livre, je découvre Thomas Hardy et je suis très impressionnée par la modernité du style, la liberté du ton.

Le voyage dans le passé - Stefan ZWEIG

Le Voyage dans le passé / Widerstand der Wirklichkeit< Grasset, édition bilingue, octobre 2008 100 pages en français.
Une nouvelle qui aurait été terminée en 1929, parue sous le titre "Widerstand der Wirklichkeit" (que l'on pourrait traduire par "Résistance à la réalité", Zweig a désiré le titre "Le voyage dans le passé" pour la version française et les éditeurs ont conservé).

Le sujet
Allemagne. Un homme et une femme amoureux séparés par la guerre en 1914 se retrouvent au bout de 10 ans. L'amour qu'ils ont éprouvé l'un pour l'autre existe encore, leur empressement à se revoir n'est pas feint, mais sous quelle forme existe-t-il ?

Le verbe
Chaque jour consumé dans le travail déposait quelques petites poussières de cendre sur son souvenir ; il rougeoyait encore, comme des braises sous le gril, mais finalement, la couche grise ne cessait de s'épaissir.
Mon complément
Mon amie Céline ne pouvait tomber mieux que de m'offrir cet auteur que j'admire et dont j'avais bien l'intention de lire le dernier opus sans tarder (je l'ai même tenu entre mes mains en librairie, je l'ai reposé en me disant que je reviendrais un autre jour...).

L'histoire maintenant. D'elle nous ne saurons rien que la voix que Zweig nous laisse entendre à travers la pensée de l'homme : Louis. Nous ne saurons même pas son prénom. Nous saurons que c'est une femme aimante, tour à tour enthousiaste et chaleureuse, puis prudente et inquiète.

De lui, nous saurons tout de son long voyage dans le passé de son amour. Envoyé pour 2 ans au Mexique pour exploiter du minerai, ils s'écrivent chaque jour, mais au moment du retour, il lui est impossible de quitter le pays : la guerre vient de se déclarer en Europe. Ils se perdent de vue, plus de lettres... Lorsque la guerre s'achève, il retrouve sa trace et ils reprennent leur correspondance. Entre temps, il s'est marié, a eu 2 enfants. Son mari a elle est mort, son petit garçon a survécu à la guerre.
Et du passé, de cet incendie de sa jeunesse, dans lequel ses nuits, ses journées s'étaient douloureusement consumées, ne parvenait plus qu'une lueur, une silencieuse et bonne lumière d'amitié, sans exigence ni péril.
Lorsque l'occasion se présente de retourner en Europe, il décide de la revoir. Dans le train qui les emporte vers leur destination, il se souvient de sa lente fusion émotionnelle envers l'épouse de son employeur. Il se souvient aussi de son ascension sociale : pauvre, il devint professeur avant de se voir confier l'entreprise au Mexique, lui assurant ainsi une notoriété.

Maintenant que reste-t-il de ses sentiments ? Il veut croire à la réalisation de son amour : il la veut enfin pour lui, sans compromis, sans honte.
Être loin, être seul avec elle, l'unique, enveloppés par l'obscurité, sous un toit, sentir sa respiration, se noyer dans son regard pour la première fois depuis dix ans sans être épié, sans être dérangé, jouir pleinement de cet isolement, qu'il avait imaginé dans d'innombrables rêves et qui étaient déjà presque charriés au loin par cette vague humaine, tourbillonnement, faite de cris et de pas, qui ne cessait de se renouveler.
Mais leurs retrouvailles se passent dans une ville où manifestent des fascistes, il ressent la haine, il se sent mal à l'aise, dans le même temps, il comprend la distance qui s'est creusée entre eux. Elle lui dit qu'elle a vieilli, je pense qu'elle ne se voit pas du tout coucher avec lui, elle a honte, peut-être honte de son corps, elle ne désire pas du tout se montrer nue (mais Zweig n'en parle pas). Elle s'efforce de se montrer cordiale et attentionnée, mais pour elle, il n'y a plus d'effusion possible. Il le comprend enfin.
Ils ne croisaient personne, seules leurs ombres glissaient en silence devant eux. Et chaque fois qu'un réverbère éclairait leurs silhouettes à l'oblique, leurs ombres se mêlaient, comme si elles s'embrassaient ; elles s'allongeaient, comme aspirées l'une vers l'autre, deux corps formant une même silhouette, se détachaient encore, pour s'étreindre à nouveau, tandis qu'eux-mêmes marchaient, las et distants.
Il comprend enfin que le temps a passé, que le présent lui révèle qu'il est inutile de ranimer ce qui est mort.

Et comme d'habitude, je suis sous l'émotion du style de Stefan Zweig, comme me disait un ancien lecteur de mon blog : Zweig, TON auteur. J'en rougissais devant mon écran, comme quoi je suis un peu fofolle quand même. Lorsque je me suis rendue compte que je n'étais pas la seule à aimer Zweig, que d'autres avaient même lu toute sa production, j'en ai éprouvé une sorte de "jalousie", comme s'il m'appartenait, c'est idiot je sais, mais c'est un constat de mon état d'esprit, rien de plus.

Je suis donc encore intimidée à l'idée d'avoir pu lire cette petite nouvelle, d'avoir rejoint MON auteur grâce au voyage dans le passé, même si j'ai trouvé le récit un peu trop court à mon goût car j'aurais bien aimé lire la version de cette histoire du point de vue de la dame...

Syngué sabour - Atiq RAHIMI

Pierre de Patience
Un livre édité en 2008 aux éditions POL
(prix Goncourt 2008)

Le sujet
De nos jours. Afghanistan (ou ailleurs). Une ville en guerre. Une femme veille son mari blessé d'une balle dans la nuque. Il est allongé, immobile, les yeux ouverts, sans paroles, mais peut-être pas sans pensées. Elle va profiter de son état larvaire pour lui exploser à la face tous ses ressentiments, lui avouer ses secrets, lui parler comme elle n'aurait jamais pu le faire s'il avait été dans un état "normal". Cette fois, il va devenir sa "chose", sa "syngué sabour", cette pierre qui absorbe les douleurs et souffrances avant d'imploser et de permettre de recouvrer la liberté.

Le verbe
Elle s'approche encore du rideau, déplace légèrement les matelas qui dissimulent la cachette. Elle regarde son homme droit dans les yeux vitreux, et dit : "J'espère quand même que tu arrives à saisir, à absorber tout ce que je te dis, ma syngué sabour." Sa tête dépasse légèrement du rideau. "Peut-être que tu te demandes d'où je peux tenir tout cela ! Oh, ma syngué sabour, j'ai tant de choses à te dire encore..." (p.99)
Mon complément
Difficile de dormir facilement après les dernières lignes d'une telle histoire. D'abord parce qu'elles se sont pas très explicites : nous sommes obligés de choisir entre parabole ou hallucination, car enfin, l'homme se réveille-t-il ? Frappe-t-il sa femme ? Est-ce son imaginaire à elle ? Et puis ce qui dérange, ce sont toutes ces petites bribes de souffrance, femmes mal aimées, mal mariées, mal bais..., ignorantes de l'amour, de simples ombres vivant dans la crainte, la peur, d'être égorgée violentée, violée, d'avoir faim, de manquer d'eau, de dormir sans rêve. Une vie sans amour est-elle concevable ? Au prix de quelle survivance ?

Les bruits de la guerre, les tirs, le feu, les cris se mêlent dans l'agonie des espoirs. Vous comprendrez que cette histoire ne se lit pas d'une seule traite, pas pour moi. Il a fallu que je m'y plonge au compte-goutte, à l'image du goutte à goutte qui relie la poche de sérum à l'homme cataleptique. Car il faut s'imprégner de cette souffrance à petite dose.

Une histoire terrible que celle de cette femme qui, bien que mariée de force, finit par aimer cet époux de marbre. Cet inconnu effrayant qui ne lui parle pas, qui la possède maladroitement, qui ne sait même pas qu'elle existe, qui lui demande de "cacher sa viande" sous ses habits ! Chapeau à l'auteur qui a su si bien traduire les (res)sentiments féminins ! Elle pourrait être ainsi :

Le décor maintenant : la terre, la pierre, la nuit, le soleil au travers des rideaux imprimés des oiseaux migrateurs (image récurrente), le vert du rideau qui sépare la chambre du cagibi et le rouge du sang ; noir, rouge, vert : les couleurs du drapeau Afghan.

Rouge comme le sang de la mort, de la vie, de la virginité, de la menstruation. Tous ces sangs qui semblent ne "purifier" que les âmes folles ou affolées. La femme devient ivre, ivre de colère, ivre de reproches, ivre de paroles. Elle ne se reconnaît plus, elle, l'insoumise devient une sorte de furie, une démone : non ! elle n'est que l'habitante égarée d'un nid maudit, abandonnée des siens, abandonnant elle aussi peu à peu ses repères. Elle voudrait abattre les murs élevés autour de ses rêves d'amour et de liberté. Et nous avec. Mais nous ne pouvons que constater notre impuissance.

Un livre troublant qui me touche.

Drôle de ménagerie

Ce matin, un cheval blanc et noir est venu se coller à moi. C’était plus précisément une jument, je ne m’en étais pas rendue compte avant qu’elle ne se mette à renifler du naseau, comme un poulain malade à qui sa mère n’aurait pas appris les bonnes manières. Tandis que ma jument encombrante et reniflante gesticulait nerveusement, comme tous les chevaux enfermés je pense, elle parvint à retirer de sa sacoche - c’est aussi pour cela que j’ai vu que c’était une jument car elle avait une grande sacoche contre son flanc – un petit pot jaune, une sorte de pot à la banane, qui dégageait une odeur molle ; elle l’ouvrit et s’en tartinât les babines au lieu de penser à se moucher. Je me mis à m’agiter moi aussi, mi souris, mi cafard, un peu panthère noire –je n’ai jamais très bien compris à quoi je ressemblais le plus- je m’agitais car un éléphant ou un pachyderme, je n’ai pas bien vu de quelle ère il venait, s'évertua à monter sur ma patte alanguie, c’était pourtant défendu. Ce fichu mastodonte me bouchait la vue, je n'avais plus qu'à me concentrer sur les bruits, les odeurs. Au loin, dans la ménagerie, des cacatoès cacatoaient, des bovins vagissaient, des félins minaudaient, les bêtes des bois continuaient à hiberner, le tout dans une confondante torpeur hagarde, celle des hallucinations. Un peu plus loin, plus tard, l’homme qui nous promenait dans sa roulotte grinçante, frémissante, sifflante, hurlante, nous débarquait sans manières, pauvres créatures abandonnées au trottoir pluvieux et glissant. C’est alors que les moutons de Panurge se mirent en avant, écrasant tout ceux qui sur leur passage n'étaient pas à leur allure, leurs yeux doux ne reflétaient plus aucun rêve mais une terreur affolante : ne pas rater le train.