30 janvier 2025

[JOURNAL] Domicile connu - épisode 1


Depuis quelques temps je lis sur Grains de sel, le blog de l'Association pour l'autobiographie (APA), les récits d'évocations des maisons et lieux d’habitation des différents contributeurs (catégorie graine de mémoire) et au fil des lectures j'ai ressenti le besoin, la nécessité, de rédiger à mon tour mes souvenirs des endroits que j'ai habités. Les billets ne respecteront probablement pas l'ordre du temps mais plutôt l'ordre d'arrivée dans ma mémoire livrée au mites des années, elle s'effiloche !

Le premier domicile dont je veux parler est à Yvoux (j'ai déjà écrit plusieurs articles sur ce sujet avec le libellé "souvenirs d'Yvoux"). Sans trop vouloir me répéter, Yvoux n'était pas la maison de mes parents mais celle de Tante O, une tante de mon père (lire "des moments d'éternité"). J'y arrivais à l'âge de quatre ans pour me refaire une santé au grand air et j'y restais une année entière, mes parents venaient me voir le week-end mais je n'ai aucun souvenir précis de leurs visites, au contraire des jeux tellement libres que j'inventais en ces temps-là.

La maison d'Yvoux était dépourvue de tout confort mais à quatre ans, le confort réside avant tout dans les bras d'une mère, un repas apprécié et ne pas avoir froid. J'avais tout sauf ma mère ; le premier jour je pleurais car je pensais qu'elle était morte et qu'on ne voulait pas me le dire. A quatre ans une journée dure un an, une semaine une éternité.

Au début je dormais dans un petit lit dans l'alcôve de la chambre de Tante O derrière l'armoire qui séparait la grande pièce du renfoncement. Quand D, la fille de Tante O quitta la maison, je m'installais dans sa chambre au rez-de-jardin, une chambre remplie de merveilles qu'il ne fallait pas toucher : bibelots et napperons en dentelle, livres. J'avais le sentiment de dormir dans la caverne d'Ali Baba, au milieu de l'accumulation de trésors intimidants mais réconfortants.

La chambre donnait sur la salle à manger, solennelle car nous n'y mangions que pour les repas importants avec des invités, sans doute lorsque mes parents venaient. Je traversais toujours cette pièce avec effroi car il y avait une horloge comtoise qui fonctionnait avec un balancier derrière la vitre et moi j'étais persuadée qu'un gnome y était suspendu et m'observait de sa balançoire.

J'avais une imagination infinie, nourrie des lectures que Tante O me faisait chaque soir, et des illustrations des livres de contes que je commençais à lire. Bien sûr qu'en ce temps là, nous savions lire et écrire à quatre ans ! 

Nous prenions nos repas dans la pièce de séjour qui était à la fois la petite salle à manger et le salon avec le canapé. Je me souviens de l'émission "des chiffres et des lettres", mais peut-être que ce souvenir est plus tardif car je suis retourner à Yvoux aux grandes vacances plusieurs années après cette première année où j'y vécu entièrement.

image des tablettes de chocolat COOP

La véritable cuisine où se trouvait le fourneau à bois était la première pièce en entrant, il y avait l'évier qui servait aussi de lavabo pour la toilette, et le placard à provisions. Le placard lui aussi recelait un trésor : une plaquette de chocolat et j'avais parfois la joie d'avoir un "carreau" c'est à dire lorsque je n'avais pas fait de bêtises ! Oui toutes ces petites joies paraissent aujourd'hui bien chiches : un carreau de chocolat ! mais c'était le bonheur ! C'était du chocolat Coop que Tante O achetait à la camionnette ambulante qui s'arrêtait devant la maison, à l'époque il n'y avait pas de supermarché pour faire ses courses.

A côté de la maison, il y avait un bûcher où était entreposé le bois nécessaire pour se chauffer l'hiver et bien entendu pour la cuisinière. C'était aussi pour moi un terrain de jeu incroyable où les bûches empilées devenaient des meubles, des rideaux et même des personnes. Ah cette insatiable capacité de l'enfance à imaginer l'impossible pour peu qu'il soit nécessaire.

Michèle Purnal

Pour achever la présentation de cette maison, il me faut vous emmener dans le jardin, celui devant la maison où poussaient les fraises dans la platebande et les salades dans la serre, et l'autre un peu plus loin, le potager pour les haricots verts, les petits pois et les carottes. Au bout de l'allée du potager il y avait le dépotoir, ce tas mystérieux où la verdure finissait son cycle impérieux de la nature.

30 janvier 2025


Illustration d'entrée de billet : Miroslav Yotov.

24 janvier 2025

[JOURNAL] Les "mésaventutures"

Préambule

Ces derniers temps, je me sens l'envie de partager des petites choses du quotidien qui me surprennent, qui m'agacent, des choses sur lesquelles je ne peux plus agir mais dont j'ai envie, et peut-être besoin, de garder une trace écrite (je sauvegarde tous mes textes dans un carnet). 


Il y a quelques mois, je me suis rendue à Paris en voiture car mon époux ne pouvait prendre les transports en commun pour se rendre chez le médecin. A chaque fois, nous avons pu nous garer et payer le stationnement, cependant la dernière fois, nous avons été pris en défaut de payement le temps de trouver l'horodateur (nous n'avions pas l'application sur notre téléphone) car une "voiture espion" a détecté que nous n'avions pas payé notre place.


Effectivement, le temps de trouver l'horodateur qui n'était pas dans la rue du parking mais dans une rue perpendiculaire il s'est passé bien 10 minutes durant lesquelles nous n'avions pas payé et j'ai reçu, au bout de 2 semaines, un forfait post stationnement (FPS) de 50 €. Lorsque je me suis connectée au site pour contester je me suis aperçue que l'on ne peut contester en ligne que des PV et que pour les FPS il faut déposer un Recours Administratif Préalable Obligatoire (RAPO) dans le mois suivant la notification de l’avis de paiement FPS.


Non vraiment, ce monde n'est pas logique. J'ai payé ma place 8 € pour 2 heures de stationnement, j'ai la preuve et "eux" peuvent le vérifier car on indique une plaque d'immatriculation lorsque l'on paye le stationnement il y a donc possibilité de vérifier la bonne foi. Sans être phobique de l'administratif je trouve cela indécent, honteux et compliqué, et surtout ce n'est pas encore gagné car il faut que l'on reçoive un démenti de la Ville de Paris qui accepte d'avoir fait l'erreur. 

J'étais tellement abasourdie et en colère que j'ai fini par laisser tomber, de peur d'avoir à payer encore plus, j'ai payé mon FPS pour 35 € au lieu de 50 car il y a une réduction si on paye vite.

Le monde est fou, la ville est folle ; les honnêtes gens sont pris pour des délinquants alors que les délinquants sont laissés tranquilles. Ce n'est pas ainsi que j'envisage de vieillir, avec toujours plus de complications et de mésaventures.


Illustration de Yucel Moran sur Unsplash



[JOURNAL] Une lettre à la trace, épisode 1


En septembre dernier, j'ai posté une lettre pour l'île de la Réunion et, pour être certaine d'affranchir le courrier comme il faut je suis allée au comptoir de la poste ; les deux jolis timbres que j'avais déjà collé étaient suffisants et j'ai donc posté l'enveloppe sans me douter une seconde que celle-ci n'allait jamais arriver à son destinataire. Les mois ont passé et je m'étais résignée à ce qu'une main cupide se soit emparée de mon courrier pour y récupérer les beaux timbres ; de son côté mon correspondant avait foi et surveillait sa boite. Quelle ne fut pas ma surprise de trouver cette semaine, plus de quatre mois après, dans ma boite à lettre mon courrier avec la mention "nous n'avons pas trouvé l'adresse" "courrier non distribué" d'où le retour à l'envoyeur.

Ma réflexion porte sur le service non rendu et je n'ai aucun recours pour exiger le renvoi de ce courrier par la poste sans que je doive repayer les frais. Je me présente à nouveau au comptoir (de la même poste mais ceci n'a pas d'influence sur la suite) afin de demander de l'aide : comment dois-je procéder pour que le courrier parvienne cette fois car :

  1. l'adresse existe et elle est correcte
  2. mon correspondant reçoit d'autres courriers : il y a donc bien une boite aux lettres.

Le préposé me propose de faire un envoi en "lettre suivie" ce que je m'empresse de faire pour 3 euros 28 et le soir en rentrant chez moi j'ai déjà vérifié avec le numéro où ma lettre se trouvait. Ce matin, le statut a changé et j'attends avec impatience la confirmation de la réception afin de rédiger ma conclusion sur cette affaire.



illustration : Ali Bakhtiari sur https://unsplash.com/

20 janvier 2025

[JOURNAL] Prendre sur soi


"Il faut prendre sur soi". Chaque jour, prendre sur soi le démon qui se réveille juste avant que l'ange ne se perche sur nos épaules. Courber la tête pour ne pas exploser. Baisser les yeux pour ne pas fusiller, du regard. Les incivilités, les conversations impolies qui emplissent le bus, le train, shut your mouth, je voudrais dire, oui. Désolée. Parfois je suis un juge, je peine. J'accuse, mais pas à tort. Chaque jour je prends sur moi, je me moque de moi, je m'interroge. Ces incivilités sont-elles involontaires ? L'homme est-il devenu à ce point insensible au monde  qui l'entoure ? L'homme donne en spectacle sa petite vie, privée d'intimité. Dans le temps, on se mettait au secret pour parler au téléphone, on allait gérer ses contrariétés dans l'ombre feutrée. Le monde ne veut pas être sur écoute mais crie haut et fort son divorce, son compte en banque, son patron, ses gosses. Raconte tout, surtout n'importe quoi. Je mets mes écouteurs pour isoler ma conscience dans ma musique, elle adoucit les mœurs.

Texte réédité

12 janvier 2025

[PATRIMOINE] Le musée Eugène-Delacroix, Exposition actuelle Nu comme habillé


C'est depuis la Place Furstemberg, après avoir passé une porte que j'accède au musée Eugène-Delacroix donnant sur une petite cour intérieure. Je ne connaissais pas du tout l'existence de ce musée que j'ai découvert avec mon abonnement des amis du Louvre.

« La Liberté guidant le peuple », Louvre, 1831

De Delacroix, je ne connaissais pratiquement rien, à part deux choses : il a peint le célèbre tableau "La Liberté guidant le peuple" et son visage était sur les billets de 100 francs.


Découvrir l'appartement dans lequel il vécut les six dernières années de sa vie était vraiment très intéressant malgré le nombre de pièces de vie réduit à celui d'un modeste appartement : chambre, salle à manger, salon et petit salon, et, depuis l'actuelle boutique-librairie au fond de l'appartement (qui correspond à son ancienne bibliothèque) et en prenant l'escalier donnant sur le jardin (dont il jouissait entièrement) on accède à son immense atelier.


En prenant le temps de lire toutes les informations, je découvre un artiste très investit, très travailleur, recevant dans son salon : Victor Hugo, Georges Sand, Frédéric Chopin, Baudelaire. Delacroix avait choisi cet appartement car il était proche de l'église Saint-Sulpice où il travaillait dans la "chapelle des Saints-Anges". Delacroix fut dans sa jeunesse un grand voyageur (Afrique du Nord) et collectionneur de nombreux vêtements et meubles, car il était très intéressé par les motifs, les tissus, les couleurs et aimait être entouré de belles choses qui lui servaient ensuite pour ses peintures. Dans la boutique j'ai repéré ces livres que j'ai envie de lire afin de prolonger cette jolie découverte.

ma critique de La lutte avec l'ange sur ce lien

Les oeuvres actuellement exposées (les siennes et celles d'autres artistes) correspondent à l'actuelle présentation du musée autour du vêtement et de la mode, c'est pourquoi chaque oeuvre porte l'attention du visiteur sur le style de vêtement et les détails.

exposition actuelle jusqu'au 3 février est : "Nu comme habillé"

On y apprend par ailleurs que Delacroix appréciait parfois de peindre des figures bien connues dans des vêtements d'une autre époque comme ce tableau représentant la vierge Marie en tenue berrichonne. 

L'Éducation de la Vierge (1842)


Le jardin est joliment agencé en jardin d'agrément selon les souhaits de Delacroix, je ne pense pas qu'à l'époque il était à la vue des immeubles actuels... 


Je retournerai certainement une autre fois dans ce musée qui présente régulièrement des expositions temporaires.


Pour finir, j'insère ci-dessous une photo qui montre une foule en visite dans le jardin et sortant de l'atelier ou en en train de remonter vers l'appartement. C'est vraiment impressionnant de se trouver en cet endroit historique grâce au travail acharné je n'en doute pas, de la société des amis du musée.








07 janvier 2025

[EXPO] Guillaume Guillon-Lethière, né à la Guadeloupe


Préambule

Pour Noël 2024 j'ai reçu un très beau cadeau : un an d'abonnement au Louvre car après voir profité d'un an d'abonnement au Musée d'Orsay, je souhaite découvrir les merveilles du Louvre, petit à petit. Le Louvre, je connais mais pas si bien que cela, ayant vu plusieurs fois les égyptiens et je n'ai pas beaucoup d'autres souvenirs, à part peut-être celui de la Joconde dans son installation riquiqui et vraiment décevante. Après avoir trouvé l'entrée des artistes rue de Rivoli, me voilà entrée facilement dans la place et quelle place ! sous la fameuse pyramide datant de 1989, que j'ai pu voir en construction lorsque je passais par Paris en ces années là.



L'exposition

Un homme d'exception : premier homme de couleur à s’imposer dans le monde de la peinture occidentale.

Après avoir récupéré un plan du musée (que je trouve très mal fait !) je me suis décidée à me diriger vers l'aile Sully (autour de la Cour Carrée). Sur le chemin, j'ai rencontré... non pas "la fille du coupeur de paille" mais l'exposition temporaire consacrée à Guillaume Guillon-Lethière (1760-1832), un artiste dont je n'ai jamais entendu parlé et pour cause, il est tombé dans l'oubli contrairement aux peintres David et Ingres qui furent ses contemporains.


J'avis eu la présence d'esprit de me munir de mes écouteurs et bien m'en a pris car ils me furent indispensables pour profiter de la visite guidée grâce au flashcode à photographier à l'entrée qui nous renvoie sur le lien dédié vraiment très intéressant, où le peintre lui-même nous raconte son histoire et celle de certains de ces tableaux, en immersion musicale qui est vraiment très bien pensée pour découvrir esquisses, tableaux préparatoires et résultantes. Je ne peux que me satisfaire d'avoir visité cette exposition dans de si bonnes conditions en ce jour de "rentrée".


Les deux tableaux que possède Le Louvre : "Brutus condamnant ses fils à mort" et "la mort de Virginie" étant de très grandes dimensions (8 mètres de large) sont à voir dans l'aile Denon et je ne manquerai pas de le faire : les tableaux préparatoires sont exposés, avec bien d'autre dans les quatre espaces de la mezzanine Napoléon. Mais plus que les peintures, c'est un homme que j'ai découvert, "né en Guadeloupe", mais au-delà de son métissage, il fut un homme apprécié de son vivant par ses élèves, il fut en un sens moderne : acceptant les femmes dans ses cours, cantonnées jusqu'alors aux paysages, elles purent sous sa direction "apprendre à dessiner les corps" comme sa belle-fille Eugénie Servières.

jeune fille non identifiée qui pourrait être sa belle-fille Eugénie
(tableau relatif à l'épisode 4 "un super prof" dans le lien audio)

Un catalogue est consultable sur place, sur la couverture est représenté son tableau "Le Serment des ancêtres" qui, à lui seul, nécessiterait un article tellement l'histoire de ce tableau est riche ; cette visite m'a également appris l'histoire d'Haïti ! Le tableau représente la rencontre au sommet entre le leader de Saint-Domingue, Alexandre Pétion, et le général Jean-Jacques Dessalines (futur Jacques Ier empereur d'Haïti), lieutenant de Toussaint Louverture et leur pacte aura pour conséquence l'indépendance d'Haïti. 
catalogue (59 €)

Le tableau est aujourd'hui un trésor national et mémorise le dévouement de Guillon-Lethière à la cause de l'abolition de l'esclavage et le seul où il appose à sa signature « né à la Guadeloupe ».



05 janvier 2025

[PATRIMOINE] Des années de souvenirs de vie disparues

 


Un dernier article "coup de coeur - coup de gueule" pour clore définitivement mon site d'expatriation en Nouvelle-Calédonie à lire sur les traces de Cook.

Illustration : je suis (gilet fleuri) en compagnie d'autres associés de l'ATUP en visite à la tribu de NANIOUNI, juin 2012.