L'automate de Nuremberg - Thomas DAY

Un livre de ma sélection "défi du nom de la rose"

120 pages

Le sujet
Melchior est un automate androïde en bois, créé pour jouer aux échecs par Viktor Hauser, un ancien médecin, inventeur génial. Au cours de la débâcle russe face aux armées napoléoniennes, le tsar lui rend sa liberté. Melchior décide alors de retourner à Nuremberg pour revoir son "père" afin de lui demander quelques améliorations et surtout, que celui-ci réponde à une question essentielle : possède-t'il une âme ?
Accompagné d'Igor, un géant chargé de sa sécurité, Melchior arrive à Nuremberg trop tard : son père vient d'être assassiné. Il décide de se réfugier en Angleterre. Mais Viktor n'a pas eu qu'un seul "fils" : deux autres progéniture sont dans la nature : Kaspar, l'aîné humain a fugué et le petite dernier Baltazar est un pur esprit (volatile) : un esprit qui a le pouvoir de s'incarner dans n'importe quel corps. Un esprit qui se prend pour un archange.

Le verbe
Il m'est déjà arrivé d'être attaqué par des parasites, ce souvenir (mes boiseries pleines de trous minuscules et, à l'intérieur, le mouvement de larves claires) est si horrible que je ne peux l'effacer de ma mémoire (j'ai essayé à plusieurs reprises, sans jamais y parvenir car je n'arrive pas à le localiser précisément, un peu comme s'il avait infecté tous mes autres souvenirs et se trouvait en eux sous forme de pièces détachées capables de s'assembler instantanément). (p.33)
Mon complément
Un excellent récit de science-fiction uchronique mettant en scène de façon très intelligente et "humaine" un automate qui rédige son journal. Le lecteur est censé lire le "cinquième journal de Melchior Hauser" (collection privée de Léopold Sédar Senghor). Nous découvrons attentivement les sentiments de Melchior, ses minutieuses observations, ses dialogues, façon de parler car Melchior n'a qu'un seul sens : la vue et il n'a pas de voix. A ses côtés, nous survolons les drames des champs de batailles, nous l'assistons en tant qu'ingénieur ferroviaire en Angleterre, nous l'accompagnons pour son dernier voyage en Afrique, où il observe avec perspicacité les comportements humains. Un très bon moment de lecture.

Le club des philosophes amateurs - Alexander McCALL SMITH

Alexander McCall Smith, 2004 « The Sunday Philosophy Club »
Editions des Deux Terres, 2005

Le sujet
Ecosse, Edimbourg. Isabel Dalhousie, la quarantaine, divorcée, philosophe fortunée, travaille dans sa grande maison victorienne à recevoir et sélectionner les articles dignes de paraître dans sa "Revue d’éthique appliquée". Elle est égalemement présidente du club des philosophes amateurs d’Édimbourg. Ayant été témoin de la mort d'un jeune homme tombé devant ses yeux un soir à l'opéra, elle décide de comprendre ce qui s'est passé, elle ne croit guère à la thèse du suicide ou de l'accident mais se persuade que le jeune a été assassiné.

Le verbe
Les murs étaient ornés de photographies et de reproductions encadrées, mélangeant sans doute les goûts du propriétaire et ceux des occupants. Les yeux d’Isabel passèrent de l’une à l’autre : une vue des chutes de la Clyde (propriétaire) , A Bigger Splash, de David Hockney, et les philosophes amateurs, de Vettriano (locataires) ; l’île d’Iona, de Peploe (propriétaire). Elle sourit au Vettriano. A Edimbourg, les autorités en matière artistique le dénigraient avec virulence, mais il restait résolument populaire. Pourquoi ? Parce que ces tableaux racontaient quelque chose de la vie de ses personnages (du moins de personnages qui dansaient sur la plage en tenue de soirée), fixaient un fragment d’histoire comme ceux d’Edward Hopper. Voilà pourquoi Hopper inspirait tant de poèmes : le spectateur avait le loisir d’inventer le reste de l’histoire. Que font là ces gens ? A quoi pensent-ils ? Que feront-ils ensuite ? (p.110)

Mon complément
J'ai peur de ne pouvoir traduire à quel point ce livre est tout simplement génial. Bien écrit, abordant des thèmes sérieux avec suffisament de finesse pour ne pas être moralisateur. Sous couvert d'une enquête autour d'une mort inexpliquée et inexplicable, il est en fait question de pouvoir, de morale, ou est le bien et le mal ? Il est aussi question d'amour ; doit-on se contenter d'éprouver une simple attirance ou chercher quelqu'un avec qui partager des idées plus profondes ? Doit-on mentir à ceux qu'on aime pour les protéger ? Isabel est une fille somme toute sympatique, voilà qui donne envie d'en savoir plus des histoires que lui a concocté l'auteur.

Voici les tableaux dont il est question dans l'extrait choisi :




Hockney




Vettriano




People

Lumineux regrets - Frédéric TAILLEUX

Editions Miroir du sud, 2008

Le sujet
Le livre est un recueil de nouvelles, des récits tour à tour sulfureux, dramatiques, gothiques, romantiques, frissonnant sous l'emprise d'un univers onirique.

Le verbe
Mes jambes vacillantes me trahissaient à chaque rebord imprévisible du terrain. Des aiguilles tétanisaient mes muscles à chaque pas. Des plantes s’amoncelaient à mon passage, dans un dédale de confusion. Depuis combien de temps marchions-nous ? Je découvris que ce que j’avais pris pour le silence était en fait une sorte de grondement sourd qui emplissait l’espace de son bouclier menaçant. (p.100)
Mon complément
Je connais Frédéric via son blog et c'est avec émotion que je suis entrée dans son autre monde, son autre lui : j'ai touché ses visions, ses hantises, ses facéties, je pense à la fameuse Renault 5 dont il est fait mention à plusieurs reprises (Fred, j'ai eu moi aussi cette voiture dans ma jeunesse !). Il est question également de personnages évanescents, troubles, inquiétants. Ainsi, j'ai souvent eu devant les yeux, des images calquées sur les atmosphères mélancoliques que reproduisent les photographies de Lewis Caroll. Ma nouvelle préférée est intitulée Le voyage, un voyage dont on ne revient peut-être pas toujours...

Le bois Duncton - William HORWOOD

1979, Duncton wood
1997, aux édition l'atalante
traduit de l'anglais par Pierre Goubert
plus de 750 pages

Le sujet
Brin-de-Fougère, Rebecca et Boswell, trois taupes extarordinaires qui ont transformé, par leurs actes et leur personnalité hors du commun, le monde autour du Bois Duncton, une contrée au delà des possibles, à la vie rythmée par les croyances dans de mystérieuses pierres.

Le verbe
Tu verras Rébecca, que parfois il y a des taupes que tu peux aider et qui paraissent ne pas en valoir la peine. Tu te demandes pourquoi tu tentes quelque chose. Elles sont faibles ou égoïstes, ou stupides, ou paresseuses. Mais tu verras que si tu leur donnes ton aide, autrement dit ton amour, elles te le rendront souvent d'une manière à laquelle tu n'aurais jamais songé. C'est comme cela qu'agit la Pierre tu comprends ? C'est ça. Des années après ces mêmes taupes réapparaissent, tu ne les attends pas, et brusquement le mystère s'éclaircit. Tu saisis pourquoi elles ont traversé ta galerie et fait un petit tour dans ta vie. Et alors il devient clair pour toi qu'il existe des forces qui te dépassent, sur lesquelles tu n'as aucune prise, et devant lesquelles on doit se sentir tout petit. C'est une chose que beaucoup d'entre nous ont oubliée. Ne l'oublie jamais. (p.90) 

Mon complément
Il me semble à moi que "Le bois Duncton" se situe dans le royaume de Gormenghast, ou plus exactement dessous. Il s'agirait en quelque sorte d'un univers inversé, une sorte de miroir anamorphosé où les taupes de Duncton et des environs seraient plus humaines que certains habitants de Gormenghast. Pour preuve de mes allégations, une incroyable chambres des racines, qui, dans le château est remplie de celles des arbres qui poussent le long des murs, et qui, dans le terrier, est envahie par celles, mystérieuses, d'arbres détenteurs de sombres histoires. Un livre fabuleux qu'il ne faut pas craindre d'aborder sous prétexte que c'est un pavé (plus de 750 pages) : car ces taupes sont des petits être formidables, et ce n'est pas un vain mot.

Madame Bovary - Gustave FLAUBERT


Le sujet
Dans la province normande du XIXème siècle, une femme au romantisme exacerbé en arrive à tromper son époux, un officier de santé qu'elle trouve ennuyeux. Désirant une sorte de "vie de chatelaine", elle s'endette de manière insensée. Désespérée, n'osant avouer à son mari ses actes et encore moins ses infidélités, elle choisit de s'empoisonner et meurt.

Le verbe
Mais elle, sa vie était froide comme un grenier dont la lucarne est au nord, et l'ennui, araignée silencieuse, filait sa toile dans l'ombre à tous les coins de son cœur. (p.105)
Mon complément
J'ai certainement lu Flaubert à l'école, je n'en ai pas gardé un souvenir impérissable. Mais lorsque l'année dernière, le magazine littéraire a fait un numéro spécial sur cet auteur, j'ai eu envie de le relire. "Madame Bovary" m'a semblé être un bon choix. J'avoue que cette histoire m'a délicieusement enchantée.
N’importe ! elle n’était pas heureuse, ne l’avait jamais été. D’où venait donc cette insuffisance de la vie, cette pourriture instantanée des choses où elle s’appuyait ? (p.357)
J'ai beaucoup apprécié, avec le recul de l'âge, le style de Flaubert. J'ai lu avec attention la longue introduction, ainsi que le réquisitoire et la plaidoirie du procès qui fut intenté à l'auteur présents dans cette édition. L'auteur fut accusé d'atteinte aux bonnes moeurs et d'être mécréant ! Heureusement que les choses ont évolué car sinon, les tribunaux seraient remplis d'écrivaillons. Une chose qui nous semble incroyable de nos jours où tant de livres ineptes sont publiés sans que personne n'y trouve rien à redire.

L'affaire Jane Eyre - Jasper FFORDE

Un livre de ma sélection "défi du nom de la rose"


Le sujet
Nous sommes dans un monde alternatif au nôtre (uchronie). Un monde fantastique où les règles de la physique et de la génétique ne sont pas celles que nous connaissons, un monde où les livres ont une grande importance, les personnages en sortent parfois, à moins que ce ne soient les humains qui y entrent. Tout se mélange, se dérange, s'arrange. Des sauts dans le temps, des animaux génétiquement modifiés comme le dodo, que l'on peut faire naître soi-même à partir d'un kit vendu dans une boite de conserve (d'où la mystérieuse couverture...), un terroriste qui désire s'enrichir en menaçant de modifier le roman de Jane Eyre, et plein d'autres détails absolument jubilatoires pour ceux qui, comme moi, aiment le surréalisme, l'humour, et aussi les situations qui rebondissent mais qui retombent bien comme il faut.

Le verbe
- Tu veux que je te lise ? demanda une voix pleine de bonté.
C'était la touriste japonaise. Elle me sourit, et je la remerciai pour son obligeance.
Après s'être bien assurée qu'il n'y avait personne d'autre dans la pièce, elle déplia ses lunettes de lecture et se mit à lire. Son anglais était excellent, et sa voix, très plaisante à mon oreille ; les mots se détachaient de la page pour pénétrer dans mon imagination au fur et à mesure qu'elle parlait. (p.82)
Mon complément
L'affaire Jane Eyre est le premier opus d'une série de 5 tomes à ce jour, dont 4 ont été traduits en français. L'héroïne, Thursday Next, travaille pour les OpSpec (Opérations Spéciales), une organisation parallèle à la police qui s'articule en plusieurs sections chargées d'une activité particulière. Thursday travaille pour les OpSpec 27, la section chargée de résoudre les affaires littéraires.
Un livre que j'ai dévoré : une histoire absolument incroyable et bien racontée, j'ai très envie de poursuivre avec d'autres romans de Fforde.

Peau rouge

Ce matin, quelque part en France

- Oh c'est joli, qu'est-ce que c'est ? (Mister Matt, 5 ans)
- Cela s'appelle un soutien-gorge : c'est pour les filles, il sert à tenir leurs seins, pour qu'ils ne tombent pas, car ce ne serait pas agréable. (J'agrafe le soutien-gorge).
- Oh ! il est beau ton rouge-gorge Maman !

Coule la Seine - Fred VARGAS

Editions Vivianne Hamy, 2002

Le sujet
Ce livre est un recueil de 3 nouvelles mettant en scène le personnage récurrent des aventures policières de F. Vargas : le commissaire Adamsberg.

1- Salut et liberté
Adamsberg reçoit des lettres anonymes tandis qu'un mystérieux clochard s'installe avec son bric-à-brac en face du commissariat. Ceci n'est pas un hasard...

2- La nuit des brutes
La nuit de Noël, une femme est précipitée dans la Seine, son corps est retrouvé deux jours plus tard. Adamsberg se met sur la piste du tueur de Noël.

3- Cinq francs pièce
Pi, un pauvre diable au prénom à moitié effacé sur le registre d'état civil vend des éponges pourries qu'il trimballe dans son Caddie Martin, un soir ; il est témoin d'une tentative de meurtre.

Le verbe
Ses actes précédaient ses pensées, et jamais l'inverse. Ainsi, avec ce vieux, Vasco de Gama. Il tenait à ce qu'il demeure encore sur son banc, mais il n'aurait pas su dire pourquoi. Il y tenait, c'est tout. Et puisqu'il y tenait, il devait exister une bonne raison pour cela. Un jour, il saurait laquelle, il n'y aurait qu'à attendre qu'elle se manifeste à son heure. Un jour, en marchant, il saurait pourquoi. (p.19)
Mon complément
Un bon petit bouquin facilement lu ; les intrigues ne sont pas très complexes non plus, à lire à défaut de trouver du même auteur Dans les bois éternels ou Sous les vents de Neptune, que j'ai trouvé un peu plus passionnants.