Dans ma maison vous viendrez d'ailleurs ce n'est pas ma maison, je ne sais pas à qui elle est, je suis entrée comme ça un jour il n'y avait personne (J.Prévert)

29 mai 2008

La formule préférée du professeur - Yoko OGAWA

Yoko Ogawa, 2003
Actes Sud, 2005
traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle

Le sujet
La jeune mère célibataire d'un garçon de 10 ans est employée par une association en tant qu'aide-ménagère. Elle est alors envoyée auprès d'un vieux professeur qui, suite à un accident, ne dispose plus que de 80 minutes de mémoire immédiate. Jour après jour, ils doivent refaire connaissance et patiemment, elle tente de lui rendre la vie plus facile, tout en s'attachant à cet étrange personnage qui a la manie d'épingler au revers de sa veste ses petits papiers "anti sèche". Un jour, le professeur la convainc de permettre à son fils de les rejoindre après la classe et entreprend d'apprendre au jeune Root (ainsi surnommé car sa tête est plate comme la barre de la racine carrée) le monde magique des mathématiques en aiguisant son intuition. Tous les trois, ils vont traverser un morceau de temps en compagnie des nombres, car les mathématiques sont les "lettres de dieu" avec lesquelles "il" a écrit l'univers. Vertigineux aphorisme !

Le verbe
Je supposais que pour compenser sa mémoire défaillante au bout de quatre-vingt minutes il notait les choses qu'il ne devait pas oublier, et que pour ne pas oublier où il avait mis ses notes il les agrafait sur son corps, mais de quelle manière accueillir sa silhouette était une question bien plus difficile pour moi que de lui dire ma pointure.

Mon complément
J'ai acheté ce livre, convaincue par l'avis de Flo "Thétoietlis" et je ne le regrette pas : c'est un superbe roman, tout y est admirable : les personnages, les mots, l'allure des consciences qui nous transportent dans cette incroyable et tendre histoire d'amitié, de profond dévouement entre de parfaits inconnus. Pas inconnus si l'on considère les liens invisibles qui les relient, comme les nombres amis : elle est "220" et lui est "284". Ceux qui sont hermétiques aux mathématiques se consoleront avec d'autres règles, celles du base ball. Personnellement, je n'ai aucune difficulté avec les démonstrations algébriques, tant la plume de Yoko est légère et habile.
Un livre dévoré en 2 jours. Je veux me nourrir de tous les autres à présent...

Nota bene : Savez-vous qelle est la formule préférée du professeur ?

Réponse : c'est l'identité d'Euler :



la formule la plus remarquable du monde :)
Lien externe
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27 mai 2008

Neige - Maxence FERMINE

1999
Un livre de ma sélection "défi du nom de la rose"


Le sujet
Yuko veut être poète, écrire des haïku et se rend chez un maître. En chemin, il découvre une jeune femme dans un cercueil de glace et en tombe amoureux. Il apprend que c'est Neige, l'épouse chérie de son maître. Yuko conduit celui-ci sur la tombe de sa bien-aimée et le vieil homme s'y laisse mourir. De retour chez lui, Yuko reçoit la visite de Flocon de printemps, la fille du maître et de Neige, ils tombent amoureux et ont peut-être tout plein d'enfants...

Le verbe
- La poésie n'est pas un métier. C'est un passe-temps. Un poème, c'est une eau qui s'écoule. Comme cette rivière. Yuko plongea son regard dans l'eau silencieuse et fuyante. Puis il se tourna vers son père et lui dit :
- C'est ce que je veux faire. Je veux apprendre à regarder passer le temps.
Mon complément
Un (trop ?) court roman que je préfère mettre dans la catégorie "nouvelle" : 40 feuilles d'écrits, soit 80 pages, soit 30 minutes de lecture, relecture des beaux passages comprise.
Ce ci étant, de belles fulgurances poétiques, à la limite des larmes pour certains passages. Un roman léger comme la neige.
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25 mai 2008

20 mai 2008

Mystère rue des Saints-Peres - Claude IZNER

de Claude Izner (pseudonyme de deux sœurs : Laurence Lefèvre et Liliane Korb)
© 10/18, 2003


Le sujet
Paris, 1889. De mai à juin, de mystérieuses morts inexpliquées ont lieu à l'ombre de la Tour Eiffel, le monument "phare" de l'exposition universelle qui attire la planète entière. Seule constante : tous les morts semblent avoir succombé à une piqûre. Celle d'une abeille ? Mais alors pourquoi ces morts semblent s'être trouvés au même moment pour signer le livre d'or du Figaro, le journal installé dans la tour en guise de souvenir ? Victor Legris, libraire dans la rue des Saints-Pères et chroniqueur littéraire dans le Passe Partout, le tout nouveau journal capital, va mener son enquête, persuadé que Kenji Mori, son associé, qu'il considère comme son père, est impliqué dans ce mystère.

Le verbe
"Notre esprit est une succession de chambres où nous entreposons nos souvenirs. Certains sont rangés bien en évidence sur des étagères, d'autres sont jetés en vrac au fond de grenier poussiéreux. Quand tu n'arrives pas à te saisir de l'un d'eux, sers-toi de ton oeil intérieur comme d'une lampe, visite les pièces une à une, observe attentivement le rayon lumineux que tu projettes en toi. Alors tu finiras par atteindre la chambre où se trouve le souvenir désiré."
Mon complément
Toute histoire qui se passe à Paris m'attire, surtout s'il s'agit d'un polar ! Dans ce mystère, nous sommes entraînés dans une époustouflante découverte des rues de Paris, des habitations médiocres des artistes. Croyez-moi, ces galetas existent toujours ! Ce livre, le premier d'une longue série, présente le sympatique  Victor Legris, graphe de son état. Les auteurs donnent des informations sur les techniques et évènements de l'époque telles des touches impressionnistes, à la manière des peintres qui traversent le roman. Une belle découverte que ce héros que je vais m'empresser de suivre dans ses périgrinations ! Impossible de ne pas dévorer cette histoire. (ce que j'ai fait !).
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14 mai 2008

Au bois dormant - BOILEAU-NARCEJAC

© Denoël, 1956
Boileau-Narcejac est la signature commune de Pierre Boileau et de Pierre Ayraud, dit Thomas Narcejac.

Le sujet
Bretagne, 1818. Fidèle à la promesse qu'il a faite à sa mère, le jeune seigneur de Muzillac revient sur ses terres afin de reprendre son bien. Après avoir été la propriété de deux hommes morts dans d'étranges circonstances, le château est devenu celle de la famille Herbeau, des gens discrets que le village ne fréquente guère. Aurélien va être le témoin gênant d'une étrange affaire : ils trouve les Herbeau morts, puis vivants, quel est ce sortilège ? Il décide d'épouser Claire, leur fille, mais celle-ci se comporte de façon très étrange...

Epilogue, de nos jours. Des randonneurs donnent une explication cartésienne sur les évènements qu'ils viennent de lire dans le testament d'Aurélien. Le mystère est levé, à moins que...

Le verbe
Je ne dirai point l’émotion que je ressentis quand je foulai le sol de ma patrie, mais mon visage parlait pour moi, du moins je le suppose, car je fus l’objet, pendant les premiers jours de mon voyage, de mille délicates attentions de la part des hôteliers et des maîtres de poste aussi bien que de ces gens, artisans, étudiants, ou bourgeoises endimanchées qu’on coudoie, d’ordinaire, dans les diligences.

Mon complément
Découverte chez Praline, cette nouvelle est un pur mini polar gothique : au programme, un château , des ombres, des secrets, un amour impossible, des tourments, de quoi écrire des poèmes mélancoliques !
L'escalier s'enfonçait dans de profondes ténèbres, et, bouleversé, le coeur battant, ma petite lumière agonisant à mon poing, je descendis dans la paix affreusement silencieuse du tombeau.
Une belle surprise pour moi qui ne me souviens pas avoir lu d'autres "BOILEAU-NARCEJAC". J'ai bien aimé la construction : tout d'abord, nous faisons connaissance avec Aurélien qui rédige son journal et qui prend à témoin le lecteur de son infortune, sans toutefois la révéler trop vite. Puis, au fait des éléments survenus, dont on ne doute pas de l'issue, nous sommes projetés dans le futur, en compagnie d'Alain, l'arrière petit-neveu d'Aurélien, et d'Eliane, une amie. Celle-ci, peu encline à croire aux esprits, et encore moins aux mauvais, déroule de manière implacable les évènements passés en en donnant une explication plausible : une sorte de "chute" qui illustre combien croire au surnaturel, c'est déjà en être victime.
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12 mai 2008

Le maître de fengshui perd le nord - Nury VITTACHI

The Feng Shui Detective goes South, 2002
Editions Philippe Piquier, 2004

Le sujet
Singapour de nos jours. C.F.Wong, un vénérable maître de fengshui, a son cabinet de travail de consultant en art de l'agencement, de l'harmonie. Il partage son espace de travail entre ville entre sa secrétaire incompétente qui passe son temps à téléphoner et sa jeune stagiaire, Joyce Mc Quinnie, une australienne de 17 ans.

Ses "études" le mènent parfois vers des terrains dangereux, surtout lorsqu'il rencontre des membres des triades chinoises. Dans cet opus, aidé de ses amis médiums Dilip Sinha et Xu Chong Li, Wong va résoudre plusieurs mystères : retrouver la cache d'une jeune fille enlevée, empêcher le déroulement de la funeste destinée d'une des amies de Joyce et enfin, mettre à jour le vrai visage du fantôme qui hante un cabinet dentaire.

Le verbe
Les gens ne comprennent pas l'importance de l'élimination, songea-t-il. Il doit y avoir autant de destruction que d'acquisition dans la vie d'une personne. Sinon le résultat est la stagnation, l'accumulation, et pour finir un blocage total de la circulation des énergies à cause d'éléments morts. Et cette inertie se transmet immédiatement à l'esprit de la personne qui vit dans l'endroit saturé.
Mon complément
Excellent polar qui change de tout ce que j'ai connu jusqu'ici ! Trouvé en fouinant en librairie il y a quelques mois. Je ne suis pas déçue de ma découverte : voilà un auteur qui ne manque pas d'humour, qui tisse entre ses personnages des liens qui se démèlent au fur et à mesure, confortant l'idée que nous sommes tous du même univers, et que nous interagissons les uns sur les autres. Rien ne se perd, tout se transforme et surtout, tout à une raison d'être. Le tandem surréaliste entre Wong, un chinois maigrichon d'un certain âge et Joyce, une sorte de punk qui passe ses nuits dans les boites underground de Singapour donne de savoureux dialogues où s'affrontent la tradition et la modernité pour notre plus grand plaisir.




pour situer Singapour
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Le grillon du foyer - Charles DICKENS

édition bilingue
The cricket on the hearth, 1845

Le sujet
Mary Peerybingles, surnommée Dot, est l'heureuse mère d'un adorable bébé et l'épouse de John, un homme plus agé qu'elle. Son amie May est sur le point d'épouser Tackleton, un homme des plus antipathiques, propriétaire d'un magasin de jouets pour lequel travaille Caleb Plummer et Bertha, sa fille aveugle.
Caleb cache à sa fille la réalité et lui fait croire que leur maison est confortable alors qu'elle est en ruines, de même il tait la véritable nature de Tackleton.
Au risque de mettre son foyer en péril , Dot va aider May à retrouver son premier amour.

Le verbe
Il fait nuit noire, chantait la bouilloire ; les feuilles mortes s'entassent, pourrissantes, au bord de la route ; au-dessus tout est brouillard et ténèbres, au-dessous argile et boue ; un seul allégement à toute cette triste et fuligineuse atmosphère, et je ne suis pas sûre que c'en soit un, car c en'est qu'un éclat de pourpre sombre et violente où le soleil et le vent se sont entendu pour embraser les nuages coupables d'un pareil temps ; la plus grande étendue perceptible n'est qu'une longue bande noire et lugubre ; le poteau indicateur est tout engivré, le verglas recouvre le chemin, la glace n'est point de l'eau et l'eau n'est plus courante : on ne peut pas dire que rien soit dans l'ordre ; mail il approche, il approche, il approche...!
Mon complément
Je n'avais pas encore lu Dickens, mais Holly G. a remédié à cette déficience en m'offrant cette version bilingue des plus touchantes. Comment en effet rester sans voix devant un tel esprit ? A travers ses contes, Dickens avait l'art et la manière d'illustrer la misère, l'exploitation de l'homme par l'homme, propos qui, tout en étant réalistes, ne manquent pas d'humour ni de compassion.
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Les nouvelles provinciales - Emmanuelle de BOYSSON

Lattès, 2008

Le sujet
Diane, originaire de Mulhouse, retourne dans sa ville pour écrire un article, mue par une étrange envie de "retour aux sources". Elle emporte dans ses bagages une chemise de nuit qui appartenait à sa mère et que lui a prêtée Philo sa cousine. Une mère mal comprise, distante, une mère qui préfèrait s'occuper des autres que de sa propre famille. Diane emporte aussi le journal de son père, un père qui avoue "sentir peser sur lui la solitude et l'ennui". A la recherche de l'ombre des "garçons ardents", Diane trouve les Brodeuses, des femmes douées et si chaleureuses, découvre la vie de clandestins qui ne demandent qu'à vivre et s'épanouir. Ce retour en province, à la rencontre de ses anciennes camarades Mirabelle, Sidonie, va lui permettre de se retrouver face à elle-même, voire de se redéfinir de nouvelles priorités.

Le verbe
Soudain, l'envie me prend d'aller me balader à l'autre bout de cette planète qui tourne à vide. De mettre le cap plein sud, vers une mer chaude. J'ai quelques jours creux devant moi. mes ados sont en classe de neige. Si je partais maintenant, même et surtout parce que ça me fout le bourdon ? Se laisser aller à l'attraction magique, traiter le mal par le mal. De toute façon, autant se débarrasser.
Mon complément
Ce livre, construit comme un journal à plusieurs voix (4 narratrices-héroïnes y confient leur états d'âme) est je crois bien moins frivole qu'on ne pourrait le croire : Emmanuelle de Boysson y aborde plusieurs thèmes importants :
  • l'amour maternel : à travers ses amies, Diane découvre que sa mère faisait figure de modèle alors qu'elle même à souffert de son indifférence, de ses absences

  • le travail clandestin et la solidarité qui s'opère entre les Brodeuses

  • la trahison (celle de l'amour et de l'amitié) et ses conséquences

  • la réussite sociale

  • les préjugés : entre Paris et la province, mais aussi entre les gens "riches" ou estimés ainsi et les autres, plus modestes, aux possessions moins ostentatoires et les rivalités entre les deux mondes

Une bonne surprise que ce livre acheté sur un coup de coeur au salon du livre 2008 (Paris).
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Le principe de Peter - Laurence Johnston PETER et Raymond HULL

1969 "the Peter principle"
William Morrow and Compagny
Stock, 1970

Le sujet
Une rencontre (réelle ou fictive ?), entre le journaliste Raymond Hull et le Docteur Laurence J. Peter donne lieu à ce petit essai sur l'incompétence, écrit sur un mode humoristique mais non dénué de certaines raisons.

Le verbe
...mes références étaient excellentes, mes formulaires bien remplis ; un tampon officiel indiquait que tout avait été bien reçu, mais mon dossier était accompagné d'une lettre me disant en substance : "Les nouveaux réglements exigent que ces demandes soient expédiées en recommandé sinon elles ne peuvent être prises en considération par le ministère. Veuillez nous renoyer votre dossier en recommandé."
Mon complément
Honnêtement, ce livre devrait pouvoir être lu par tous et ce, au plus tôt, au plus vite. Tout d'abord, il relativise le monde du travail : qui n'a jamais croisé un collègue, un subordonné ou un patron incompétent (ou incapable) et qui pourtant garde sa place sans que personne n'y trouve à redire, se délestant sur les autres de leur charge de travail ? Ce livre, que je considère comme un pamphlet plutôt stimulant, n'a d'autre ambition que de divertir à défaut de convaincre. C'est ce que j'ai apprécié à sa lecture, n'en déplaise à ceux qui n'aiment pas ce genre d'âneries.
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