Dans ma maison vous viendrez d'ailleurs ce n'est pas ma maison, je ne sais pas à qui elle est, je suis entrée comme ça un jour il n'y avait personne (J.Prévert)

27 juillet 2008

Les mensonges de l'esprit - Frank TALLIS

Un roman de la série "Les carnets de Max Liebermann
titre original : Fatal lies (2008)

Le sujet
Vienne, 1903. Un jeune cadet de 16 ans est retrouvé dans la salle de sciences de l'école militaire de Saint-Florian. Dépêché sur place, l'inspecteur Oskar Reinhardt, accompagné de son fidèle ami Max Liebermann, constate que les causes de la mort sont apparemment naturelles. Pourtant, son intuition, et son statut de père de famille (la victime aurait pu être son fils), lui recommande de mener une enquête.

Le verbe
Imaginez, si vous le voulez bien, que le monde dans lequel nous vivons soit un jeu d'échecs. Du fait que le nombre de coups possibles est lui aussi limité. Par conséquent, si deux adversaires immortels disputaient une partie éternelle, à un moment donné, il leur faudrait répéter les coups joués précédemment. Ce doit donc être la même chose en ce qui concerne les atomes et l'univers...(p.31)
Mon complément
Un roman délicieux où je redécouvre Vienne et son atmosphère inimitable. Le docteur Frank Tallis sait tenir en haleine le lecteur, beaucoup de scènes, de personnages, des femmes fatales, l'ombre de Freud, l'art de boire l'absinthe, mais une constante qui traverse l'histoire : les mensonges sont toujours dangereux, même les plus anodins. J'en redemande !
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12 juillet 2008

La mécanique des fluides

Beaucoup de choses à dire. Hélas, peu de temps pour écrire. Je suppose que tel est le lot des gens actifs qui ne passent pas leur journée à cliquer sur la toile. Moi je passe déjà mes journées devant un écran d'ordinateur, alors le soir, je me suis obligée à des priorités : retrouver du temps pour moi, pour lire, pour me reposer, pour faire aussi autre chose que de donner du temps à ceux qui se fichent pas mal de moi, qui n'imaginent même pas que j'existe peut-être derrière mon écran. Mais ce soir, je déroge à ma règle et je me coucherai peut-être plus tard que prévu. Tant pis, je suis en vacances. Mais avant de partir, je tiens à noter ici quelques bribes qui me trottent dans la tête depuis longtemps et que j'ai rapidement, maladroitement, ébauché sur mes genoux dans mon train quotidien.

Il est bon de parfois se retourner en direction des chemins abandonnés, d'y vérifier si l'émotion d'alors est toujours intacte. La mécanique des fluides. Ce titre n'est pas innocent. Je l'ai choisi parce que ce fut l'origine de ma vocation. En 2ème, ma prof principale avait demandé à la classe ce que nous voulions faire comme métier. A mon tour, je répondis "chercheur". Chercheur ? Chercheur en quoi ? se moqua t'elle. J'aurai voulu disparaître, j'avais honte et en même temps j'étais révoltée par sa désinvolture. De ce jour, elle me prit en grippe, et moi je tentais de m'immuniser contre son rejet. Je n'aime pas ne pas être aimée. Je précisais tout de même une chose importante : chercheur en astrophysique, chercheur d'étoiles, de planètes. Je me voyais très bien traquer le petit point invisible, la boule de gaz inutile mais tellement existante. Après tout, la méta physique, c'est un peu comme la philosophie : pour les deux il est question d'ondes et de surfaces. Admirable, formidable reflet des choses qui n'existent que dans l'effet qu'elles produisent ou semblent produire. Très vite, je me suis spécialisée dans ma tête : j'allais être un inventeur de machines médicales, genre scanner, IRM et autres technologies qui pourraient être capables un jour de révéler, et peut-être de soigner, les dysfonctionnements du corps humain, une sacrée machine là aussi, parfois inquiétante n'est-ce pas ? Au final, j'ai bifurqué vers l'informatique, ses codes, ses procédures et processus, sa logique, un monde de l'invisible qui pourtant se laisse entrevoir par les effets qu'il produit, lui aussi.

Il n'y a pas de place au hasard. Avec le recul, tout chemin emprunté m'a conduit à cet instant. Un instant qui sans être identique à ce que j'aurais pu désirer, n'est pas moins émouvant et me permet même d'aller folâtrer dans des territoires inconnus ou je rêve de trouver ma bonne étoile, ou tout effet qui me permettrait de croire qu'elle est encore là. L'écriture, souvent, m'offre ma carte aux trésors. Je découpe les voiles de mes voyages intérieurs. Embarquée dans la vague, je me laisse dériver, je n'aspire à rien d'autre.

A bientôt !
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11 juillet 2008

Extension du domaine de la lutte - Michel HOUELLEBECQ

Editions Maurice Nadeau, 1994

Le sujet
Un homme, désabusé, perd lentement pied dans la vie à l'approche des fêtes de fin d'année.

Ou encore :

A l'occasion de l'installation d'un nouveau logiciel en province, un homme comprend que sa vie est vide, n'a plus de goût à rien, et, pour couronner le tout, est entouré de personnages qui eux-mêmes ne sont pas des symboles de réussite (affectivement parlant).

Le verbe
Vous aussi, vous vous êtes intéressé au monde. C'était il y a longtemps. (p.13)

Mon complément
Billet dédié à mon ami DNM sans qui je ne serai plus là. A moins que ce ne fut le contraire. Et qui m'a fait connaître ce livre. Et qui aime ce livre, il me semble, au point d'aimer le relire. Tout comme un autre ami que nous nommerons R.

Dans ce roman :

  • Houellebecq nous prend à témoin :

Il se peut, sympathique ami lecteur, que vous soyez vous même une femme. Ne vous en faites pas, ce sont des choses qui arrivent. D'ailleurs ça ne modifie en rien ce que j'ai à vous dire. Je ratisse large. (p.15)
  • passe à la moulinette diverses choses :

Tout est sale, crasseux, mal entretenu, gâché par la présence permanente des voitures, le bruit, la pollution. Je ne sais pas qui est le maire, mais il suffit de dix minutes de marche dans les rues de la vieille ville pour s'apercevoir qu'il est complètement incompétent ou corrompu. (p.68, au sujet de Rouen)
La Vendée me rappelait de nombreux souvenirs de vacances (plutôt mauvais du reste, mais c'est toujours cela). (p.84, la Vendée)
Sous couvert de reconstitution du moi, les psychanalystes procèdent en réalité à une scandaleuse destruction de l'être humain. (p.103, la psychanalyse)
Officiellement, je suis en dépression. la formule me parait heureuse. Non que je me sente très bas : c'est plutôt le monde autour qui me parait haut. (p.135, la dépression)
Il fait rire, parfois sur des sujets dramatiques :
J'ai mangé une pizza, debout, seul dans un établissement désert - et qui méritait de le rester. (p.71)
Malgré l'avalanche d'humiliations qui consituaient l'ordinaire de sa vie, Brigitte Bardot espérait et attendait. A l'heure qu'il est elle continue probablement à espérer et à attendre. Une vipère se serait déjà suicidée, à sa place. Les hommes ne doutent de rien. (p.91)
Avant de poursuivre, je reviens à R. qui m'a dit que ce livre était un "livre pour hommes", il veut dire par là qu'on y parle de sexe, et plus précisément de masturbation, et autres pensées intimes que doivent avoir les hommes, comme celles de se demander à quoi pensent les femmes, surtout si elles sont laides et ont l'air de se chercher un mec (les pauvres). Je n'aime pas les catégories. Je dirai que ce livre est un peu "cru" mais la seule chose qui m'ait déplue, c'est plutôt l'épisode où le personnage principal incite son collègue à commettre un meurtre. Là, j'ai trouvé cela franchement vulgaire et artificiel.

Extension du domaine de la lutte, c'est l'idée du libéralisme. Un jour, on veut se défaire de nos chaînes, et alors on part à la dérive, luttant contre les évènements qui viennent nous percuter, luttant surtout contre nous même.

Sinon, ce livre est tout à fait plaisant à lire et pour moi, c'est une sorte d'anthologie du vécu de certains prestataires en informatique, moi qui suit du "métier", j'ai trouvé le trait du tableau très ressemblant.

Houellebecq est un auteur qui me convient : pour ce que j'en sais de lui. Je dirai qu'il pratique l'autodérision avec un humour qui me sied.
Depuis des années je marche aux côtés d'un fantôme qui me ressemble, et qui vit dans un paradis théorique, en relation étroite avec le monde ; j'ai longtemps cru qu'il m'appartenait de le rejoindre. C'est fini.
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09 juillet 2008

Elle s'appelait Sarah - Tatiana de ROSNAY

Editions Héloïse d’Ormesson, 2006 (Sarah’s key)
Editions Héloïse d’Ormesson, 2007 pour la traduction française

Le sujet
Paris, juillet 42. Rue de Saintonge. Des policiers français viennent chercher la famille Starzynski, soi-disant pour 2 ou 3 jours. Incapable de bouger, le petit Michel, 4 ans, demande à sa sœur Sarah, 10 ans, de l’enfermer dans leur cachette et de revenir le chercher plus tard. Il y a de l’eau, des biscuits, des livres d’images. Il attendra.
Paris, mai 2002. La France s'apprête à organiser la commémoration du drame survenu au Vel'd'hiv', 60 ans après les faits. Julia Jarmond, une journaliste franco-américaine, doit écrire un article sur ce sujet dont elle ignore tout. Côté vie privée, elle est sur le point de déménager rue de Saintonge, dans l'appartement de sa belle-famille. Son enquête va lui faire découvrir qu'une famille juive habitait ce même appartement, que sa belle-famille y réside depuis juillet 42, que Sarah, la petite fille qui habitait là, n'a pas été déportée en même temps que ses parents, qu'elle n'est pas morte dans un camp de concentration.
Julia est bien décidée à retrouver sa trace, quitte à perdre une certaine forme de son ancienne existence.

Le verbe
Elle se débattit de toutes ses forces, bec et ongles, griffant, donnant des coups de pied, et réussit à revenir devant la porte ouverte. Au fond de la cachette, elle aperçut un petit corps immobile et recroquevillé, puis le visage chéri, bleui, méconnaissable. Elle s’effondra en criant. Elle appela dans un hurlement de désespoir, sa mère, son père, Michel. (p.235)
Mon complément
Je suis parfois ainsi : je tourne autour d'un livre, je le regarde, je l'apprivoise, je crains qu'il ne puisse répondre à mes attentes, je suis le contraire d'une impatiente et je mesure cette attente. Ainsi j'ai attendu Sarah, je l'ai rejointe ce week-end et elle a accompagné les premiers jours de cette semaine. Un livre éprouvant, émouvant ; je l'ai déjà dit, je suis une fille sensible.

Je hisse ce roman au même niveau que le "journal d'Anne Franck", avec lequel je vis depuis plus de 30 ans (depuis que je l'ai lu adolescente). Durant plus de la moitié, le roman intercale les histoires comme les panaches d'un éventail. Un chapitre sur deux, nous suivons l'histoire vécue par Sarah ou nous entrons dans le monde de Julia. Ainsi nous oscillons sans cesse entre le passé et ses horreurs, et le présent, dans lequel Julia doit affronter d'autres démons : son mari, qui ne se supporte pas devenir père à l'approche de la cinquantaine, et le secret que sa belle-famille transporte depuis 60 ans et finit par libérer.
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07 juillet 2008

Un certain gout pour la mort - Phyllis Dorothy JAMES

"A taste for Death", 1986

Le sujet
Deux hommes sont retrouvés égorgés dans la sacristie d'une église de Paddington, l'un ayant apparemment tué l'autre avant de se donner la mort. Seulement, le pseudo-suicidé est Sir Paul Berowne, un aristocrate qui vient d'abandonner la politique en démissionnant de son poste de secrétaire d'état. Il aurait eu une révélation divine et aurait été sur le point de divorcer, de faire table rase de sa vie passée. Le commandant Adam Dalgliesh mène l'enquête et nous traîne dans une course à la preuve matérielle, la seule qui pourrait étayer la thèse du meurtre prémédité.

Le verbe
Dalgliesh s'étonna de nouveau de l'étrangeté des relations humaines, du fait que les gens pouvaient se dire amis et trouver normal de ne pas se voir pendant des années ; puis, lors de leur prochaine rencontre, reprendre leur ancienne intimité, comme si cette longue période d'abandon n'avait jamais existé. (p.362)
Mon complément
OK, le livre fait 800 pages, mais franchement, elles se lisent aisément.
PD James est LA référence en matière d'enquêtes tirées au couteau, mais cette auteure est une "pro" : elle est d'ailleurs du métier. Ce que je trouve de différent chez PD James, c'est le détail des moindres choses. Les situations, les ressentis : tout concoure à faire entrer le lecteur au coeur de son intrigue. Je devrais dire que tout concoure à nous infuser à l'instar d'une mousseline maléable trempée dans la tasse remplie de suspens. Chaque personnage est d'ailleurs plus ou moins approché dans un chapitre qui nous dévoile sa psychologique : ses pensées, ses désirs, il n'a aucun secret pour nous.

Et puisque nous sommes à Londres, visitons un peu :



le quartier et l'église indiquée par la flèche




l'église de Saint-Matthew via
GEOGRAPH



le siège de New Scotland Yard



la gare de Victoria
Il y a de nombreuses références victoriennes chez PD James, mieux vaut les avoir en tête si l'on ne veut pas lire toutes ses descriptions sans la perdre, la tête. Shakespeare n'est pas oublié, ni par moi qui me suit promis (pour ceux qui suivent) de lire cet auteur avant la fin de l'année, qui sait, peut-être cet été ? Un bémol toutefois sur cette histoire : je n'ai pas trop apprécié le spectacle grandguignolesque de la fin. Cela jurait franchement par rapport à la minutie de l'enquête. Je vous laisse juge : d'abord Kate Miskin (elle est dans l'équipe de Dalgliesh) qui s'avance vers le coupable en tendant ses mains rouges du sang du foie de veau de son repas (pour lui faire peur ? nous ne sommes pas dans la nuit des morts vivants...), ou encore le bas de la tête arrachée de la dernière victime du tueur (une balle en plein front aurait été suffisant). Déjà que les deux cadavres du départ de l'enquête ne sont pas piqués des vers (en attendant d'y être jeté en pâture), j'ai trouvé notre Phyllis Dorothy un peu trop trash sur la fin. Cela étant, c'est une des meilleurs enquêtes que j'ai pu lire ces derniers temps.
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