Dans ma maison vous viendrez d'ailleurs ce n'est pas ma maison, je ne sais pas à qui elle est, je suis entrée comme ça un jour il n'y avait personne (J.Prévert)

22 février 2009

Monsieur Dick ou le dixième livre - Jean-Pierre OHL

Un livre aux éditions Gallimard (2004)
280 pages

Le sujet
Enfant, adolescent, puis adulte, François Daumal, le narrateur, fréquente la libraire de Krook, un ancien prêtre atypique. En cet endroit, il rencontre Michel Mangematin, un édudiant antipathique dont il accepte la compagnie, tout en supportant sa pédanterie. Alors que la boutique de Krook déborde de livres, ce dernier n'en conserve dans sa chambre qu'une dizaine ; Michel et François devinent 9 titres et butent sur le dernier ; Krook promet d'offrir le dixième livre à celui de Michel ou François qui le trouvera. Michel et François, tous deux passionnés de Charles Dickens, s'affrontent dans une joute intime pour prétendre à poursuivre l'oeuvre de Dickens. Tandis que le premier cherche activement des traces des derniers jours de Dickens, espérant ainsi percer le mystère de son dernier récit : "le mystère d'Edwin Drood" resté inachevé, l'autre préfère vivre dans l'univers de l'auteur. Jusqu'à un point de non retour...

Le verbe
Pendant mon sommeil, ils (*) me rendaient visite ; et au matin je quittais à regret leur monde en trois dimensions pour m'aplatir jusqu'au soir sur la morne page blanche de la réalité.
Mon préféré était Pip. Cent fois, j'avais relu la première phrase des "Grandes Espérances". Je la connaissais par coeur : "Le nom de famille de mon père étant Pirrip, et mon nom de baptême Philip, de ces deux mots ma langue enfantine ne sut rien faire de plus long ni de plus explicite que Pip. C'est ainsi que je me donnais le nom de Pip et que l'on vint à m'appeler Pip." J'enviais son exorbitant privilège. Je me regardais dans la glace, sondais mon propre regard, et me disais que peut-être, tout au fond de moi, il y avait aussi un nom mystérieux, inconnu, mon vrai nom. Il ne demandais qu'à sortir. Si je le découvrais, si je le formais sur mes lèvres, alors une autre vie s'offrirait à moi, comme une bobine se dévide quand on tire sur le fil. (p.60)

(*) : les personnages de Dickens
Mon complément
C'est Holly G. qui m'a donné envie de lire ce livre. Quel bonheur que cette lecture ! Incroyable, et pourtant je ne connais rien à l'oeuvre de Dickens : de lui, il me semble n'avoir lu que Le grillon du foyer que m'a offert Holly.G. En tout cas, si j'ai lu d'autres livres, je ne m'en souviens pas, mais point n'est besoin de connaître toutes ses oeuvres, les personnages de Dickens sont en effet sortis de leur oeuvre originelle et appartiennent à notre vocabulaire. Qui n'a jamais entendu parlé de Coperfield ou d'Oliver Twist ?

Ce livre est d'abord étonnant, par sa forme : une succession de chapitres qui donnent la parole à différents protagonistes (François Daumal, Borel, un étudiant qui aurait été en contact avec Dickens dans ses derniers jours...).

Jean-Pierre Ohl est intelligent, cela fait du bien. Un bémol peut-être, j'ai trouvé qu'il parlait souvent de merde, de caca, etc... Cela ressort vraiment (si j'ose dire) et c'est bien la seule chose agaçante dans cette histoire, un peu "too much".
-"Quand on mange, il n'y a pas de trace...
- Et la merde ?' (p.57)
Mais c'est bien le seul point faible que je note. Ohl tire lui aussi les fils, tisse sa toile, patiemment. A la fin, tout s'assemble dans le patchwork de son récit qui traite au fond de la création, et de son pouvoir sur la conscience.
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19 février 2009

Beaucoup de bruit pour des presque riens


Le second plaisir de la journée, le premier étant d'ouvrir mon livre aussitôt assise dans le bus, est d'appuyer sur la touche "on" de mon player MP3, je suffoquerais presque de bonheur si j'avais le goût de la tragédie.
Je marche, la musique me suit, me précède, m'enrobe, m'enferme, m'éclipse dans une enveloppe que je ne connais pas parfaitement mais que j'arrive à esquisser. Mes chaussures plates absorbent sans peine quantité d'imperfections du macadam qui pourraient me faire croire que je glisse sur un tapis gris. Je sais, je le veux ainsi, ma démarche balourde ressemble à celle de mon amie C. aperçue autrefois alors qu'elle franchissait le pont Foch, son court manteau rouge oscillait timidement sur son pantalon noir, ses jambes tricotaient une écharpe entamée de trous. Les trottoirs proposent toujours des obstacles imprévisibles aux marcheurs préoccupés. Lorsque je marche, je pense toujours à C. et je tente de répéter l'expérience de cette vision fugace qui m'avait enchantée. De la même manière, je songe toujours à S. lorsque je bois mon café le matin debout devant la fenêtre, et je cherche toujours A. du regard lorsque je pénètre dans ma libraire où il ne mettra jamais les pieds. Mon trajet musical ressemble à mon défilé personnel, ruban de souvenirs hétéroclites et précieux dont je ne me lasse pas, un peu à la manière d'une poésie récitée chaque jour pour se mettre en liesse, ou une forme de prière. Je m'imagine en dehors de moi, je ne me trouve même pas ridicule, plutôt étrange et inoffensive. Tout ce que je supporte est en moi. Mes fardeaux ne me blessent plus. Mes oreilles pleines de vagues théories, de monstrueux échos, ont apaisé mes éventuelles contrariétés. J'arrive à mon bureau de très bonne humeur.
Billet musical avec Muse (Supermassive Black Hole)
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16 février 2009

La petite pièce hexagonale - Yoko OGAWA

un livre aux éditions Actes sud (collection poche Babel)
traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle
109 pages

Le sujet
Yuzuru et sa mère Midori ont un bien curieux commerce : ils trimballent une étrange pièce hexagonale, une "pièce à raconter" qu'ils installent quelque part, puis attendent les clients, ou plutôt les "patients" car quiconque entre dans la pièce en ressort plus léger après y avoir déversé son fardeau.

Le verbe
Quand je sortis de la petite pièce à raconter, je sentis aussitôt que la teneur de l'atmosphère avait changé. Comme si la membrane qui m'avait entourée jusqu'alors, brusquement desséchée, tombait en poussière. Je pris de l'argent dans mon porte-monnaie, le déposai dans la coupelle en verre. (p.71)
Mon complément
J'ai eu envie de lire ce livre après avoir lu l'avis de Lune de pluie. Ceci est donc mon 3ème livre de Yoko Ogawa. Je reste toujours sous le charme. Dans ce livre, la petite pièce hexagonale, la "petite pièce à raconter" joue le rôle d'un catharsis. Qui ne voudrait pas un jour y entrer ? Y déposer des mots que personne ne pourrait entendre, ni comprendre, ni révéler, ni renier, ni condamner... Des mots qui permettraient à celle ou celui qui les prononce de prendre corps, de prendre même une nouvelle forme.

Pour ma part, j'ai tout de suite fait un parallèle. J'ai imaginé que l'écriture est une sorte d'expédient, un remède à l'absence de cette pièce hexagonale, une pièce par ailleurs décrite comme une "colonne à six pans", exactement comme la forme d'un stylo bille ou d'un crayon. Décidément Yoko Ogawa n'en finit pas de me captiver, et j'ai bien l'intention de tout lire de son oeuvre.
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Le réfectoire un soir et une piscine sous la pluie - Yoko OGAWA

suivi de Un thé qui ne refroidit pas
deux récits traduits du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle
un livre aux éditions Actes sud (collection poche Babel)
105 pages

1) Le réfectoire un soir et une piscine sous la pluie
titre original : "yugure no kyushokushitsu to ame no puru" (1991)

Le sujet
Fraîchement emménagée, une jeune femme reçoit la visite impromptue d'un homme accompagné de son fils de 3 ans et demi. Sur le pas de la porte, puis dans d'autres occasions peut-être hasardeuses, ils échangent des impressions sur la tristesse, ce qui motive celle-ci, les circonstances ou la réminiscence de la mémoire.

Le verbe
- Vous ne souffrez pas de détresse ?
Au moment où l'homme a prononcé ces mots, j'ai pensé qu'il devait appartenir à une secte. ces gens-là m'embarrassent à chaque fois, car ils choisissent souvent des jours où le temps est pourri et en plus ils viennent avec des enfants.
Mais ils ne dégageaient pas la même impression que les marchants de religion que j'avais rencontrés jusqu'alors. D'ailleurs il flottait autour d'eux une atmosphère particulière qui ne cadrait pas avec celle de n'importe quel représentant de commerce, fût-ce un vendeur de religion.
Tout d'abord, ils avaient les mains vides. (p.14)

2) Un thé qui ne refroidit pas
titre original : "Samenai kocha" (1990)

Le sujet
Lors de l'enterrement d'un ancien camarade de classe, une jeune femme retrouve un ami d'école. Celui-ci vit avec la bibliothécaire de leur ancienne école. Cette rencontre bouleverse ses habitudes. A leur contact, elle va entreprendre une remise en ordre dans ses affaires. Au point de se perdre peut-être.

Le verbe
Pendant ces dix dernières années, ce garçon n'avait été présent que dans mon souvenir. Il n'y a rien d'organique dans la mémoire. Et il est très difficile d'y effacer le souvenir d'une personne en particulier. Même si la mémoire est personnelle, il est impossible, volontairement, d'y mettre de l'ordre en brûlant ou en jetant certains souvenirs. C'est pourquoi, malgré sa mort, je m'en souvenais encore. L'obscurité de la nuit, les sanglots, le froissement des vêtements de deuil, tout cela était lié au froid. J'ai sorti un mouchoir de mon sac à main pour en couvrir mes lèvres glacées. (p.56)
Mon complément
Parler de Yoko Ogawa m'est difficile. Lire Ogawa me plonge comme en moi-même. Cela peut certainement sembler prétentieux. Ce n'est que la vérité.

Lire Ogawa, c'est comme se régaler d'une pâtisserie sophistiquée comme celles de Pierre Hermé :

impeccable à l'extérieur, paraissant si simple, mais pourtant travaillé en dedans, composé d'une matière fragile, de couches subtiles, qui font un ensemble harmonieux. Je suis donc accro aux friandises de Yoko, mon cerveau y puise ses endomorphines.

Dans le premier récit, l'homme repense aux années où il ne savait pas nager, et qu'il devait se débattre avec sa peur de l'eau. J'ai vécu cela moi aussi ! L'horreur, à l'état pur. Au point qu'encore aujourd'hui, alors que je sais nager, j'ai encore la trouille d'entrer dans une piscine, l'odeur de chlore qui m'assaille me révulse l'estomac, en me ramenant à cette époque où j'avais l'estomac souffrant durant toutes les séances de natation de mes années de primaire.

Dans le second récit, la femme se souvient de la mort, particulièrement du jour où elle fut envoyée à la pharmacie chercher un flacon d'alcool pour nettoyer le corps de son grand-père qui venait de mourir. Là, elle reste subjuguée par les maquettes de corps humains représentant le corps, les vaisseaux, les organes, le cerveau coupé en deux. Le fait de cotoyer ses amis qui lui semblent parfaits, recevant bien, servant un thé qui malgré le temps qui passe en leur compagnie ne refroidit même pas, elle prend conscience de son trouble. Elle se met à faire le "ménage". Elle retrouve même un livre emprunté à la bibliothèque 10 ans auparavant qu'elle n'avait pas rendu. Elle le rapporte, et apprend que tout à brûlé. Que son livre est le seul rescapé de cette époque.

Les deux récits symbolisent tout ce qui fait ressurgir l'inconscient. Les rencontres que font les personnages ressemblent à des fantômes, des êtres surgis de nulle part mais ayant une certaine intéraction avec la réalité. Après ses rencontres déterminantes, rien ne peut être "comme avant", nos personnages se réveillent, en quelque sorte, ou plongent dans une autre réalité. Difficile de conclure simplement, mais cela ne me déplait pas du tout ; au contraire, nous pouvons nous offrir notre propre version des épilogues, ce qui participe au mystère de la création de l'auteure.
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13 février 2009

Le fait du prince - Amélie NOTHOMB


Un livre aux éditions Albin Michel (2008)
170 pages

Le sujet
Un homme décide de prendre la place d'un autre qui est mort chez lui et qui lui ressemble un peu. Dans la maison du mort, il fait connaissance de l'épouse, qui ne se nourrit que de Champagne.

Le verbe
En 1897, une expédition en montgolfière avait commencé par survoler le pôle Nord. A bord, deux hommes et une femme devaient filmer et photographier en vue de travaux scientifiques. Au bout de trois jours, on perdit le contact avec eux, on ne put ni les localiser ni suivre leur trace. Trente années passsèrent. Par hasard, on retrouva leurs cadavres dans un genre de crique où la montgolfière avait chuté. La femme tenait encore la caméra avec laquelle elle avait filmé jusqu'au bout. (p.119)
Mon complément
Etrange livre, à la mesure de cette étrange fille qu'est Amélie Nothomb. Un livre cependant décevant pour ma part. Je m'explique. Dès le début, cet échange d'identité ne me dit rien qui vaille : j'ai flairé l'arnaque. Quelques pages plus loin, à partir de l'arrivée dans la villa de Versailles, j'ai songé à Huis-clos de Jean-Paul SARTRE.

Une ambiance diffuse de malaise, un "en-dehors" du temps et de la réalité, des comportements absurdes pour ne pas écrire anormaux, m'ont fait opté pour cette pente douce que prenait le récit. Un récit de mise en abyme, A.Nothomb en donne d'ailleurs une piste avec la nuisette sur laquelle sont imprimées des nuisettes. Le héros mort s'imagine ne pas l'être et décide que c'est l'autre qui a disparu du monde des vivants. Une mort plus acceptable, mais cousue de fil blanc. Blanc comme cette étendue du pôle Nord ou de la page blanche, qui sait, tout est truqué.

Je reconnais à Nothomb ce qu'elle a toujours eu : l'art d'écrire. Les mots tombent justes, à point, comme un bon steak dans une assiette, mais où est la sauce ? Au final, ce qui aurait pu être un bel exercice de style est creux car il manque quelque chose. Une intention. Un désir de conter une histoire originale et amusante comme avec "Stupeur et tremblements" (1999) que j'ai beaucoup apprécié.

Ici point d'histoire, juste un sacré tour de prestidigitation.
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Voyage au bout de la nuit - Louis-Ferdinand CÉLINE

  • Un livre écrit en 1932.
  • Mon édition : Folio 2008
  • 505 pages

Le sujet :
Survivant d'une guerre absurde, un homme, Ferdinand Bardamu, recherche dans le monde une chose capable de le réconcilier avec la nature humaine. De l'Europe à l'Afrique, puis l'Amérique, et de retour en France, il ne trouve rien de tout cela. L'amour même lui échappe à maintes occasions. Devenu médecin pour se donner une certaine conscience d'être, il affronte encore le déni de bonheur et poursuit sa vie en "marge" des autres, comme un observateur.

Le verbe
Une longue raie grise et verte soulignait déjà au loin la crête du coteau, à la limite de la ville, dans la nuit ; le Jour ! Un de plus ! Un de moins ! Il faudrait essayer de passer à travers celui-là encore comme à travers les autres, devenus des espèces de cerceaux de plus en plus étroits, les jours, et tout remplis avec des trajectoires et des éclats de mitraille. (p.46)

Il existe pour le pauvre en ce monde deux grandes manières de crever, soit par l'indifférence absolue de vos semblables en temps de paix, ou par la passion homicide des mêmes en la guerre venue. S'ils se mettent à penser à vous, c'est à votre torture qu'ils songent aussitôt les autres, et rien qu'à ça. On ne les intéresse que saignants les salauds ! Princhard à cet égard avait eu bien raison. Dans l'imminence de l'abattoir, on ne spécule plus beaucoup sur les choses de son avenir, on ne pense guère qu'à s'aimer pendant les jours qui vous restent puisque c'est le seul moyen d'oublier son corps un peu, qu'on va vous écorcher bientôt du haut en bas.
Comme elle me fuyait Musyne, je me prenais pour un idéaliste, c'est ainsi qu'on appelle ses propres petits instincts habillés en grands mots. (p.82)
Mon complément
Céline à 38 ans quand est édité Le voyage. Il s'est inspiré de sa propre expérience pour inventer ce personnage de Bardamu, une âme soeur. Céline (de son vrai nom Louis-Ferdinand Destouches) a participé à la Première Guerre mondiale en 1914 et en fut à jamais bouleversé. Cette époque-là lui a disséqué la véritable nature humaine. Malgré tous les artifices, ce n'est qu'une combinaison de cellules destinées à pourrir, ni plus, ni moins. Et rien ne sert de lutter contre cette évidence, juste peut-être tenter quelque soulagement, et de manger de temps en temps à sa faim.

Pour se faire une meilleure idée de ce que raconte le livre sur plus de 500 pages, je dirais que c'est une sorte d'épopée, une odyssée, découpée en 11 tranches :
  1. à Paris, l'engagement à partir de la place Clichy
  2. au front, avec son cheval purulant, il croise Robinson
  3. blessé, retour à Paris, rencontre de Lola, l'infirmière chargée de faire des beignets, puis Musyne, violoniste
  4. séjour à l'hospice de Bicêtre, avec les vieillards et les fous
  5. en partance pour l'Afrique, sur le bateau Amiral Bragueton
  6. à Bambola-Fort-Gono, puis Bikomimbo, il tient un magasin en pleine forêt et succède à Robinson
  7. malade, il est évacué vers l'Amérique et cherche à retrouver Lola ; enrichie, celle-ci le dépanne mais se débarrasse vite de lui
  8. il travaille dans les usines Ford à Détroit et retrouve Robinson, se lie avec Molly, une prostituée au grand coeur, la seule personne qui lui témoigne de l'amour sans rien demander en échange
  9. retour en France, il devient médecin, ne peut sauver le jeune Bébert, un garçon de 7 ans qui meurt d'une pneumonie, travaille dans l'asile du Dr Baryton avant que celui ne parte en "voyage"
  10. à Toulouse, il visite Robinson et sa fiancée Madelon, dont il devient l'amant
  11. à Paris, Madelon tue Robinson qui ne veut plus d'elle.
Holly G. me disait que chaque page du Voyage méritait qu'on s'y attarde pour relever une perle, une phrase à méditer. Je suis d'accord.
p 49 - Il existe comme ça certaines dates qui comptent parmi tant de mois où on aurait très bien pu se passer de vivre.

le métro aérien de NY - p 198 - Il bondissait en face, entre deux rues, comme un obus, remplis de viandes tremblotantes et hachées, saccadait à travers la ville lunatique de quartier en quartier.

p 210 - L'égoïsme des êtres qui furent mêlés à notre vie, quand on pense à eux, vieilli, se démontre indéniable, tel qu'il fut c'est-à-dire, en acier, en platine, et bien plus durable encore que le temps lui même.

p 216 - Tout pouvait continuer. La guerre avait brûlé les uns, réchauffé les autres, comme le feu torture ou conforte, selon qu'on est placé dedans ou devant. Faut se débrouiller voilà tout.

p 337 - Ce corps à nous, travesti de molécules agitées et banales, tout le temps se révolte contre cette farce atroce de durer. Elles veulent aller se perdre nos molécules, au plus vite, parmi l'univers ces mignonnes ! Elles souffrent d'être seulement "nous", cocus d'infini. On s'éclaterait si on avait du courage, on faille seulement d'un jour à l'autre. Notre torture chérie est enfermée là, atomique, dans notre peau même, avec notre orgueil.
Jacques Tardi
Elle est belle la "petite musique" de Céline, la langue qui lèche les mots comme on enveloppe un enfant stupéfié, venu au monde par hasard et s'évertuant à y trouver son compte sans se payer de mine. Il me tarde de lire Mort à crédit, annoncé comme une suite à ce voyage. Je ne sais ce que je vais y trouver. Mais ce qui est certain, c'est que ce genre de livre ne choque plus désormais. La réalité est bien plus atroce. Laissons les poètes s'amuser comme ils le veulent et laissons les nous divertir, pour peu que nous sachions à quoi cela nous sert.
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11 février 2009

Révélation - Stephenie MEYER

un livre aux éditions Hachette (2008)
Titre original : Breaking Dawn
760 pages

Le sujet
Bella épouse Edward, ils partent en voyage de noces durant lequel ils conçoivent un enfant. Bien entendu, cet enfant hybride va bouleverser leur vie et celle de leur famille, voir celle de tous les vampires sur Terre.

Le verbe
Je le suivis en traînant des pieds comme un zombie. Et avec à peu près autant de neurones. Mais avais-je le choix ? Quelque chose n'allait pas. Il fallait que je vois ce que c'était. Je n'y pourrais rien, et je me sentirais encore plus mal. Bref, la routine. (p 287, livre 2 Jacob)
Mon complément
Voilà, c'est fini. Ma belle aventure-lecture de quelques jours en compagnie de ces héros improbables s'achève, s'est achevée il y a quelques heures. Je ne m'aurais jamais cru capable d'un tel marathon, si je puis dire. C'est que je suis tombée à fond dans cette troublante histoire de processus de développement : mystification de la période de maturité. C'était pas si mal, c'était bien. Quelques remarques sur les mots traduits, un peu trop de "marmoréen", de "derechef", des mots qui ne sont pas très communs et qui finissent par agacer au bout de plusieurs milliers de pages. Mais tout cela est secondaire.

Résumer l'histoire des 4 tomes ? Bien sûr. Mais il ne faudra pas trop s'attarder sur des détails, je récite "de mémoire".

C'est donc l'histoire quasi impossible de Bella Swan, une jeune fille de 17 ans qui s'éprend d'Edward Cullen, un garçon de son âge qui est éternel car il est un vampire. Edward a un don : il lit dans la pensée de gens, sauf en Bella qui lui reste bizarrement hermétique. Bella vieillit, Edward décide de la quitter pour qu'elle puisse vivre une vie normale, il ne veut pas entendre qu'elle désire vivre une vie de paria auprès de lui. Devenir vampire n'est pour lui pas un choix délibéré, c'est juste une conséquence pour échapper à la mort. Impossible donc de permettre une mise à mort délibérée.

Abandonnée à son triste sort, son ami Jacob la réconforte autant qu'il le peut, mais il finit par se transformer en loup-garou, conséquence de la présence de vampires dans les parages de sa zone de protection. Désoeuvrée, Bella s'adonne à toutes sortes d'activités dangereuses. Quand elle saute dans la mer depuis une falaise, Alice, la soeur d'Edward qui a pour don de voir l'avenir prévient son frère que Bella est morte. Afin de ne pas lui survivre, Edward se rend en Italie, dans le but de révéler sa nature singulière au milieu d'une foule : les vampires scintillent au Soleil comme s'ils étaient recouverts de diamants. Avec cela, ils ne passent vraiment pas inaperçus...

Or, en agissant ainsi, Edward désire provoquer la colère des Volturi dans leur propre ville. La famille Volturi est la plus importante pour les vampires, représentante de l'autorité des vampires et gardienne des lois, dont la première est de ne JAMAIS réveler leur véritable nature aux humains. Un vampire qui outrepasse cette règle est automatiquement condamné à mort (découpé puis brûlé). Apprenant le funeste destin qui attend Edward par sa faute, Bella se précipite en Italie et finit par permettre son sauvetage. Les Volturi laissent repartir les amoureux à une condition : que Bella devienne vampire elle aussi. Mais Edward repousse l'échéance et oblige Bella à accepter le mariage. Bella de son côté, oblige Edward à l'aimer charnellement avant qu'elle ne perde son humanité.

Quelques bleus sur les bras (le corps d'un vampire est dur comme la pierre) et quelques oreillers en charpie plus tard, elle se retrouve enceinte. Mais le foetus se développe anormalement rapidement puisque la grossesse ne dure que quelques semaines (un rêve ????). Le bébé épuise sa mère (il est vraiment trop fort et lui casse même quelques côtes en bougeant !) puis il finit par sortir (genre césarienne, je vous passe les détails sanguinolents). C'est une fille ! Mi-humaine (son coeur bat et elle grandi à une vitesse stupéfiante), mi-vampire (elle se nourrit de sang humain : des poches de sang pour les âmes sensibles). En la voyant, Jacob s'imprègne d'elle (il en devient le protecteur attitré). Bella mourante est (enfin) transformée en vampire par son cher et tendre. Je ne vous parle pas du désespoir (compréhensible) du pauvre Jacob, l'ami de coeur de cette incroyable Bella, Jacon, loup-garou de son état (faut suivre mes petits agneaux !), un ennemi juré pour la race des vampires, qui accuse le choc que Bella soit à jamais perdue.

Mais voilà que les Volturi décident de débarquer en Amérique au grand complet pour venir vérifier de visu l'abomination : il est en effet INTERDIT aux vampires de créer des vampires enfants. La famille Cullen, protégée par la horde des loups-garous, attend le verdict des Volturi, entourée de ses amis qui ont été témoins de la croissance de la gamine qui a atteint, quelques semaines après sa naissance, la taille d'un enfant de quelques années. S'ensuit une bataille mentale de vampires qui affrontent et confrontent leurs "dons" (celui de l'illusion, celui de la douleur, celui de détecter les mensonges etc...). Mais le don qui va les épargner et éviter le carnage, c'est celui de Bella.

Car Bella est un bouclier : elle peut à sa guise englober dans une sorte d'un parapluie de protection maléable tous les siens et les rendre ainsi imperméables à toutes les attaques des Volturi et de leur garde. Les Volturi finissent par accepter que l'enfant n'est pas une menace pour leur survie, et repartent, vaincus. Une nouvelle race est née avec l'enfant hybride de Bella et Edward.

Je me relis et je ne peux pas moins dire. Après avoir vu le film qui a été fait en adaptant le premier tome (Twilight), j'avoue m'être laissée emportée dans une lecture assez visuelle mais pas désagréable. J'avoue même avoir hâte de voir le résultat sur écran, un peu comme j'ai eu hâte de voir les films de la saga Harry Potter.

Tous les livres sont écrits du point de vue de Bella. Dans ce dernier, j'ai bien aimé la structure en 3 parties qui insère le point de vue de Jacob. En première partie, le livre de Bella débute par le mariage et s'achève au moment où elle découvre sa grossesse. Puis le livre de Jacob, génial, où le jeune homme s'y découvre de manière très drôle mais pas si désespérée. Enfin, pour la dernière partie, nous retrouvons Bella à partir du moment de son douloureux accouchement qui précède de peu sa transformation en vampire, jusqu'au final.

Preuve s'il en était encore besoin, je suis incurable. Je dois donc avouer sans honte que j'ai pleuré tout le chapitre 22 (Promesse) qui est celui où Bella fait connaissance avec sa fille. Globalement ce dernier livre est celui qui me fut le plus intime, sans doute à cause de la maternité. Etape vraiment bien retranscrite : la peur, la douleur, le sang, la sensation de ne plus être soi, d'être hors limite, d'être à côté de la plaque.

Je n'ai pas trop envie de chercher plus d'explications à l'enthousiasme que j'ai eu en compagnie de ces livres. Même si le style de Stephenie Myer n'est pas très "littéraire", il n'empêche qu'il sait plaire, et c'est déjà beaucoup puisque d'autres auteurs n'ont (malheureusement) ni le fond ni la forme... Je le reconnais, je fus une mordue de plus.

L'histoire d'amour, puisqu'il s'agit de cela, est plutôt "amusante" et enthousiasmante. Quant à moi, j'y ai vu de nombreux clins d'oeil, pas mal d'humour aussi, comme quand Bella demande au bout de combien de temps les couples vampires finissent par se lasser l'un de l'autre. Dix ans, une "paille" pour eux qui ont l'éternité. On aurait pu imaginer pire.

Stephenie Meyer est assez fine pour savoir écrire une histoire qui puisse plaire à une large public, le fait que ce soit des créatures mystiques n'est qu'une manière de dire que quelques soient nos "talents", il reste toujours une vulnérabilité, nul n'est infaillible. Nous sommes tous plus ou moins le monstre de l'autre, nous rejetons ce qui est inconnu et différent, il y a de nombreuses pistes de lectures, c'est sans doute pour cela que les livres ont eu tant de succès.

Précédemment
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Hésitation - Stephenie MEYER

Un livre aux éditions Hachette (2007)
Titre original (amérique) : Eclipse (2007)
610 pages

Le sujet
Bella aime Edward bien qu'elle se sente inexplicablement attirée par son ami Jacob qui voudrait bien ne pas être que cela. D'un côté l'amour, son vampire au sang froid qu'elle s'apprête à épouser, de l'autre son ami, le loup-garou au sang brûlant, un protecteur. Il faut choisir. Mais Bella pressent que Jacob est un élément vital pour elle, sans pouvoir définir pourquoi. Elle va tout tenter pour ne pas le lâcher. Sous aucun prétexte.

Le verbe
Il me fallait être patiente avec Edward. Il n'était pas tant buté qu'ignorant. Il n'avait aucune idée de ce que je devais à Jacob Black - ma vie, à de nombreuses reprises, la raison certainement. J'évitais d'évoquer ma traversée du désert et ma tentation de la folie, surtout avec Edward. Il avait juste voulu me préserver en rompant avec moi, sauver mon âme. Je ne lui tenais pas rigueur des bêtises que j'avais commises en son absence, ni de ma profonde souffrance.
Lui, si. (p.43)

Etais-je un monstre ? Pas un comme celui que je croyais être mais un vrai. De ceux qui font du mal aux autres et ne s'imposent aucune limite quand il s'agit d'obtenir ce qu'ils désirent. Je voulais qu'il soit sain et sauf, avec moi. Avais-je des limites ? Je n'en savais trop rien. (p.415)
Mon complément
3ème volet de cette quadrilogie fantasmagorique. Une histoire dévorante, comment peut-il en être autrement avec tous ces vampires et autres loups-garous affamés ? Ne charchons pas trop loin des explications à cet envoûtement. Qu'importe, il me reste cette ivresse. Ne me plaignez pas d'aimer ce type de livre, j'ai droit moi aussi à ma récréation...

A noter : de nombreuses références littéraires  : Les hauts de Hurlevent, Romeo et Juliette...

Précédemment
La suite
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07 février 2009

Tentation - Stephenie MEYER

Un livre aux éditions Hachette (2006)
Titre original : New moon (2006)
570 pages

Le sujet
"Ce sera comme si je n'avais jamais existé".
Edward prend la décision de quitter Bella afin qu'elle puisse vivre une vie humaine normale. Bien entendu, Bella en est bouleversée et n'arrive pas à surmonter l'oppression due à cette abandon. Seul Jacob, son ami, lui redonne espoir en la vie ; mais Jacob se transforme en loup-garou ! Il devient un des "protecteurs", les descendants d'une ancienne tribu indienne chargé de défendre les humains contre les vampires...

Le verbe
(Edward croit qu'il est enfin en enfer avec Bella)
Je n'en reviens pas que ça ait été aussi vite, chuchota-t-il en appuyant ses lèvres contre mes cheveux. Je n'ai rien senti. Ils sont vraiment très fort. (p.432)
Mon complément
Deuxième tome de la quadrilogie de Twilight. Stop. Toujours aussi accrochée à l'histoire. Stop. Même si j'ai triché en allant lire tout ce que je trouvais sur internet. Stop. Même sans suspens puisque je sais tout je continue ma lecture. Stop. A suivre donc...

Précédemment
La suite
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