Retour en terre - Jim HARRISON


Le livre
Date de Parution : 2007
Titre original : Returning to Earth
Traduction par Brice Matthieussent
Editions 10/18 Domaine étranger
320 pages

Le sujet

Etats unis d'Amérique, Michigan. De nos jours. Donald, un homme de 45 ans, descendant d'indiens Anishinabe se meurt de la maladie de Lou Gehrig* et dicte à sa femme l'histoire de sa famille. Tous les siens vont l'accompagner lorsqu'il va choisir de mourir, et de retourner à la Terre.
* sclérose latérale amyotrophique - note de Wictoria

Le verbe
J'ai baissé les yeux, ôté le drap et constaté que mes muscles ont presque entièrement disparu. Cynthia dit que non, mais je sais bien à quoi m'en tenir. Même un crayon ou un verre d'eau a désormais son poids. Pendant vingt-cinq ans j'ai gagné ma vie correctement en posant des parpaings, en maniant le ciment et parfois en construisant des maisons. Aujourd'hui, je souffre d'un excès de salive et je n'ai pas envie de manger. Sur Sugar Island je portais la barque jusqu'à la rivière pour les enfants et elle pesait cent cinquante kilos. Je tendais le bras à l'horizontale et ma petite fille se balançait dessus comme une guenon. Je pouvais tenir à bout de bras une pierre d'angle de quarante cinq kilos, alors que maintenant je parviens à peine à tendre le bras. Ce genre de chose arrive, mais c'est parfois difficile à supporter. Ainsi, ce matin, mon sens de la réalité a volé en éclats et je n'étais plus sûr de rien. (p.23)
Mon complément
C'est toujours difficile de choisir les mots qui convaincront de lire les auteurs que l'on aime vraiment. Pour les autres, nous parlerons du style original, ou de la forme, mais pour ceux que l'on apprécie vraiment, comme Jim Harrison qui ne m'a jamais déçue, l'exercice est complexe, car je voudrais tout dire, et en même temps laisser le lecteur choisir et découvrir par lui même.

Lorsque je prête mes livres à des collègues, ceux-ci ne manquent pas de souligner son obsession pour le sexe. Je ne nie pas. Tous les personnages de ses histoires pensent à "ça", en rêve, le font. Rien que du normal au fond. Mais le style de Harrison va au-delà de cet aspect charnel de l'amour, il est la puissance de l'être : en le lisant, nous devenons le personnage, que celui-ci soit un homme ou une femme. Il parvient à nous transcender.

Ce roman est en 4 parties selon les 4 personnages qui racontent les faits sous une forme de journal, à chaque fois, nous devenons le narrateur. Tout d'abord Donald que l'on découvre, amoindrit, et qui ne supporte pas d'être un fardeau pour sa famille. Nous comprenons quel homme il est, sa force, ses croyances, et nous comprenons pourquoi il a choisi sa mort.
Sur le rivage il y avait un glacier qui semblait haut comme une montagne, ce glacier avançait si lentement qu'on ne le voyait pas bouger, mais d'énormes blocs en basculaient parfois vers la mer dans un fracas de tonnerre. Et bien, quand je suis tombé malade, j'ai souvent rêvé qu'une bonne manière de mourir serait de camper en haut de ce glacier et de rester sur un bloc de glace gros comme une maison quand il chuterait d'une hauteur de trois cent mètres vers la mer.(p.79)
L'histoire se poursuit avec le journal de K, son beau-fils, que Donald considère comme son fils, et nous assistons aux préparatifs de l'euthanasie.
Nous parlons de ce qu'elle appelle "le projet", dont l'échéance se rapproche douloureusement. Elle passe presque tout la nuit auprès de Donald, il parle plus aisément dans l'obscurité. Il est presque prêt. Donald croit que Dieu se trouve dans tous les êtres vivants, les humains, les insectes, les oiseaux, les animaux, les microbes, et que la terre et ses montagnes, les plaines, les lacs et les rivières font partie de Son corps. Les fleuves et les cours d'eau sont des vaisseaux sanguins. Un jour, il m'a demandé si j'avais remarqué que les éclairs ont la même forme que les systèmes fluviaux. Je l'avais en effet remarqué. Ainsi, Donald veut être enterré nu et sans cercueil. C'est bien illégal, mais on s'en fiche.(p.122)
Viennent ensuite le point de vue de David, le beau-frère de Donald, un philanthrope, qui vit entre le Mexique et le Nord de l'Amérique.
J'ai dit à mon oncle Fred, lors de son bref séjour ici durant l'été, que nous avons tendance à vivre à l'intérieur d'un oeuf gris, dont nous brisons rarement la coquille pour voir la vie telle qu'elle est, et il m'a répondu ceci :
" Non, c'est faux , nous croyons seulement vivre à l'intérieur de cet oeuf, mais nous sommes à l'extérieur. Nous avons l'impression d'être davantage en sécurité ainsi."
J'ai bien sûr été agacé, mais sans savoir quoi lui répondre. Il y avait eu une vague de chaleur exceptionnelle et après une nuit passée à transpirer nous avons plongé dans la rivière à l'aube. Un groupe de corbeaux bruyants nous observait et il y avait, en provenance du sud, des roulements de tonnerre lointains. Debout devant la fenêtre, j'ai dit :
"Maintenant, je suis en dehors de l'oeuf gris."(p.179)
Pour finir, nous abordons la fin de l'histoire, émouvante, en compagnie de Cynthia, l'épouse bien aimée.
Oncle Fred m'a envoyé une belle lettre de Hawaii la semaine dernière. Elle contenait un paragraphe fascinant sur toutes les désillusions que le décès d'un être aimé peut engendrer chez ses proches. Il citait un philosophe japonais dont le nom m'échappe maintenant : "ne pas changer la réalité pour plaire au soi." J'ai montré cette lettre à Clare (*) qui s'est mise en colère avant de s'en aller. Elle a fini par m'avouer qu'à son avis son père défunt est devenu un ours. Je considère cette conviction comme une folie, même si je sais qu'elle appartient aux croyances chippewas.(p.251)
(*) sa fille, note de Wictoria
Ainsi, nous avons 4 angles de vue des faits, chaque récit est un quartier du roman, qui, assemblés, forment un volume, une sphère, une unité. Une boule ronde comme la Terre. A chaque récit, Harrison invente un style, des pensées intimes, qui finissent par se répondre dans une sorte de chorale à 4 voix.

Dans ce roman, Jim Harrison nous transporte à travers le Michigan à la rencontre des paysages grandioses et au travers des mémoires. Il distille ici et là des anecdotes parfois terribles, parfois cocasses. On s'insurge, on s'amuse. Le récit est dense : multiplicité des personnages, des paysages, aller-retour entre le présent et le passé, mais tout cela est si bien ficelé que le voyage est d'une absolue nécessité.

Un livre que je recommande aux lecteurs qui aiment la nature et les bonnes histoires bien écrites qui invitent à la réflexion.

Notons également la traduction du titre : Retour en terre, sans la majuscule, qui invite à l'idée de retour "dans" la terre, alors que le titre en anglais : Returning to Earth signifie à mon sens le retour à la Terre, non pas le sol, mais la planète entière, avec cette fois la notion de cosmos, qui rappelle les croyances indiennes où toute particule est liée avec le reste de l'univers.

Liens externes

Persistance

La mère, attentive, regarde le teint pêchabricot de son fils tout en lui caressant la joue et lui confie : "Tu as la peau toute douce à présent, tu n'as plus du tout d'eczéma". Le fils, qui entre dans sa 6ème année et qui n'a plus aucun souvenir de son ancienne allergie, s'exclame à son tour : "Toi aussi, tu as la peau douce, mais tu as des points sur la figure" ! La mère, qui connaît bien sa tendance à faire jaillir de temps en temps un ou deux boutons va observer les intrus dans le miroir et revient rassurée. "Les points que tu as vus ce sont des taches de rousseur". L'enfant, fronçant les sourcils rétorque : "Et si tu les essuyes, elles vont partir tes taches ?"

Ni d'Eve ni d'Adam - Amélie NOTHOMB

Le livre
Date de Parution : 2007 chez Albin Michel
Mon livre est une édition du Livre de Poche (2009)
176 pages

Le sujet

Japon. 1989. Amélie, 21 ans, revient au Japon, son pays bien aimé et dépose une annonce pour donner des cours de français. Rinri, 20 ans, y répond, qui sera le frère samouraï de sa vie.

Le verbe

Je conversai en français afin de connaître son niveau : il se révèla consternant. Le plus grave était sa prononciation : si je n'avais pas su que Rinri me parlait français, j'aurai cru avoir affaire à un très mauvais débutant en chinois. (p.8)

Mon complément

Amélie raconte dans ce roman son amour japonais, il faut croire que ce fut une histoire vraie, et tellement émouvante ! Notons que cette histoire précède "Stupeur et Tremblements", paru en 1999, dans laquelle elle témoigne de son expérience dans le monde du travail nippon.
Début janvier 1990, j'entrai dans l'une des sept immenses compagnies nippones qui, sous couleur de business, détenaient le véritable pouvoir japonais. Comme n'importe quel employé, je pensais y travailler une quarantaine d'années. Dans mon traité de stupeur et de tremblements, j'ai raconté pourquoi j'eus peine à y rester jusqu'à la fin de mon contrat d'un an. (p.160)
Ni d'Eve ni d'Adam est donc une histoire d'amour, ou d'amitié, insolite, presque surréaliste, trop belle et en même temps, frustrante. Personnellement j'aurais dit OUI, plusieurs fois OUI à Rinri!!!!! Pauvre Rinri, abandonné avant le mariage, sans formalités excessives, sans même un véritable "au revoir", et cela m'est insupportable. Pauvre Rinri, il ne méritait pas ce traitement. Enfin, chacun sa vie.
Me fut épargné cet épisode sinistre entre tous, barbare et mensonger, qui s'appelle la rupture. Sauf en cas de crime ignoble, je ne comprends pas qu'on rompe. Dire à quelqu'un que c'est terminé, c'est laid et faux. Ce n'est jamais terminé. Même quand on ne pense plus à quelqu'un, comment douter de sa présence en soi ? Un être qui a compté compte toujours. (p.179)
Mettant de côté cette divergence d'opinion considérant la manière d'échapper à une union qui aurait pu être du genre librement consentie, ce livre est un enchantement, pour moi qui aime le Japon. Où l'on apprend qu'il ne faut pas aller au Japon en septembre si l'on est sujet aux piqûres de moustiques, mais en octobre.
Je recevais l'énorme charge d'amour de cette gent vrombissante avec une résignation qui, le supplice passé, se muait en grâce. Le sang me chatouillait de plaisir : il y a une volupté au fond de ce qui lancine. (p.118)
Où l'on apprend que, bizarrement, les étudiants japonais ne sont pas très assidus pendant leurs études.
De trois à dix-huit ans, les Japonais étudient comme des possédés. De vingt-cinq ans à la retraite, ils travaillent comme des forcenés. De dix-huit à vingt-cinq ans, ils sont très conscients de vivre une parenthèse unique : il leur est donné de s'épanouir. (p.120)
Où l'on apprend qu'Amélie adore la montagne, que c'est une très bonne grimpeuse et qu'elle se prend pour Zarathoustra. Punaise ! Comme je ne sais pas exactement qui est Zarathoustra, à part le fait qu'il ait parlé, il a fallu que je me documente (voir à la fin de ce billet).

Chez les parents de Rinri, le château de béton, il y a un tableau de Nagakami ; j'ai cherché à quoi il pouvait ressembler :

Nagakami
Où l'on est obligé de constater qu'Amélie Nothomb est capable de tout : faire rire, pleurer, amuser, agacer.
La partie se déroulait entre les trois Nippons, tandis que je digérais en extase et que l'Américaine perdait en criant de colère. Elle bénit ma présence car je jouais encore plus mal qu'elle. Chaque fois que c'était mon tour, je traçais sur le papier quelque chose qui ressemblait à des frites. (p.22, le jeu du Pictionnary)
Où l'on apprend qu'Amélie et sa soeur Juliette (qui est cuisinière) sont quasi inséparables.
Notre vie à deux reprit comme avant 1989. Vivre avec sa soeur, c'était bien. La sécurité sociale belge avait officialisé cette union en me donnant le statut authentique de ménagère : sur mes papiers, il était inscrit : "Ménagère de Juliette Nothomb". (p.178)
Où l'on apprend à quel point Amélie adore certains mets, et notamment, l'okonomiyaki (omelette aux crevettes, chou et gingembre, arrosé de sauce aux prunes rapportée d'Hiroshima).

Un petit focus sur "le livre dans le livre"
Où il est question d'"Hiroshima mon amour" de Marguerite Duras :
- Je n'y suis jamais allé.
- Ça tombe bien. Tu n'as rien vu à Hiroshima, rien.
- Pourquoi dis-tu ça ?
Je lui expliquai que je parodiais un classique du cinéma littéraire français.
- je n'ai pas vu ce film, s'indigna-t-il.
- Tu peux lire le livre.
- Quelle est l'histoire ?
- Je préfère ne pas te raconter et te laisser découvrir.
Et, comme dans le scénario de M. Duras, l'histoire d'Amélie et de Rinri est celle d'une impossible complicité intime. Quoique l'on en pense, quoiqu'on lise sur Nothomb, tout est vrai. Elle est inégalable, comme le château de Versailles : fastueux, hors du temps, simplissime et sophistiqué, tout cela en même temps. Mais le plus beau, qu'elle garde pour la fin, c'est le coup du samouraï, lorsque les deux anciens amants se retrouvent plusieurs années après leur histoire, lors d'une séance de dédicace absolument renversante et atrocement émouvante. Je n'en dis pas plus. Lisez vite ce petit roman qui passe comme une lettre à la poste.

Musique pour caméléons - Truman CAPOTE

Le livre
Date de Parution : 1975 à 1980
Titre original : Music for chameleons
Traduit par Henri Robillot
Editions Gallimard, format Folio
300 pages
3 parties, 14 récits.
  • MUSIQUES POUR CAMELEONS (6 nouvelles)
  • CERCUEILS SUR MESURE (un récit)
  • PORTRAITS ET CONVERSATIONS (7 histoires)
Les sujets et verbes
Etats unis d'Amérique. XXème siècle. 14 courtes histoires.

  • MUSIQUES POUR CAMELEONS
1) Musique pour caméléons.
Fort-de-France. Une villa. Installés dans la véranda, TC et son hôte, une vieille dame martiniquaise, évoquent l'assassinat d'un des amis musicien du narrateur.
Donc : l'objet dans le salon de Madame est un miroir noir. Il a dix-huit centimètres de haut sur quinze de large. il s'encastre dans un boîtier de cuir noir usé en forme de livre. En fait, ce boîtier est posé ouvert sur une table, comme s'il s'agissait d'une édition de luxe faite pour être ramassée et feuilletée ; mais il n'y a là rien à lire ni à voir - excepté le mystère de notre propre image projetée par la surface du miroir noir avant qu'elle s'enfouisse dans ses profondeurs insondables, ses corridors d'obscurité. (p.27)
2) M. Jones
Brooklyn. Un homme de 40 ans, aveugle, infirme, tient un salon de conversation dans son appartement qu'il ne quitte jamais. Un jour, il disparaît subitement. Plusieurs années après, le narrateur à l'impression de le reconnaître dans un homme tout à fait valide et voyant.
J'ignorais complètement pourquoi ils venaient le voir, ces gens d'apparence plutôt ordinaire, et de quoi ils parlaient, et j'étais bien trop préoccupé par mes propres problèmes pour beaucoup m'interroger sur à ce sujet. (p.36)
3) Une lampe à la fenêtre
Connecticut. Après un mariage, sur la route du retour, le narrateur est ramené à New York par un couple ivre. Profitant d'un arrêt accidentel, il s'échappe de la voiture et erre dans la campagne. Guidé par la lueur d'une lampe à la fenêtre, il trouve refuge dans la maison d'une vielle dame qui adore les chats.
"Vous avez fait exactement ce qu'il fallait. Je ne mettrais pas le pied dans la voiture d'un homme qui aurait flairé un verre de sherry. C'est comme ça que j'ai perdu mon mari. Quarante années de mariage, quarante années de bonheur et je l'ai perdu parce qu'un ivrogne au volant l'écrasé. Si je n'avais pas mes chats..." Elle caressa une chatte orange qui ronronnait sur ces genoux. (p.41)
4) Mojave
Manhattan. Depuis ses grossesses, Sarah ne supporte pas d'avoir des relations sexuelles avec son mari, ceci est différent avec d'autres hommes. De fait, son mari lui aussi à des aventures.
Elle disposa une pile de disques de Lee Wiley et de Fred Astaire sur un phonographe, se servit un verre de vin blanc frappé, se déshabilla entièrement, se vaselina et s'étendit sur le lit, chantant avec le divin Fred et guettant le cliquetis de la clef de son amant à la porte. (p.49)
5) Hospitalité
Le Sud. Mary Ida Carter, la tante du narrateur, a le coeur sur la main et l'hospitalité généreuse : à sa table, il y a toujours de la place pour rajouter une assiette pour le passager inattendu. Mais que faire d'une fille-mère qui tape l'incruste ?
J'étais assis dans la balancelle du perron, en train de lire un vieux numéro du Saturday Evening Post quand je les ai vues remonter le sentier, Mary Ida portant une valise déglinguée et cette fille aux pieds nus avec un bébé dans les bras. (p.76)
6) Eblouissement
Nouvelle-Orléans. En échange d'une prédiction, un jeune garçon accepte de voler pour le compte d'une sorcière le pendentif de sa grand-mère. De honte, il gardera toujours ses distances avec cette femme qui l'adore jusqu'à son lit de mort.
Elle tendit une main rouge et épaisse, la paume en l'air, et j'y laissais tomber le collier. Le rhum avait déjà contribué à modifier son regard habituellement inexpressif ; la brillante pierre jaune accentua la transformation. (p.90)

  • CERCUEILS SUR MESURE
TC suit de loin une série de meurtres qui reste non élucidés grâce à Jake Pepper, un enquêteur privé qui le tient au courant. Chaque victime a reçu dans les mois précédant sa mort un petit cerceuil contenant une de leur photo prise à leur insu.
Il était cinq heures passées lorsque nous partîmes, l'air était calme, libre de neige, et baigné des lueurs rougeoyantes du soleil couchant et des pâles rayons de la lune qui se levait : une pleine lune roulant sur l'horizon comme une roue blanche ou un masque, un masque blanc menaçant et sans traits, qui nous considérait par les portières de la voiture. (p.137)

  • PORTRAITS ET CONVERSATIONS
1) Une journée de travail
New York, 1979. TC accompagne Mary Sanchez, sa femme de ménage, une femme énergique, dans les maisons où elle passe ses journées à briquer.
Mary : Vous priez ?
TC : Oui.
Mary : Je ne vous entends pas.
TC : Je prie pour vous. Je veux que vous viviez éternellement. (p.206)
2) Bonjour, l'inconnu
New York, 1977. Un ami de TC lui raconte que, suite à plusieurs méprises, il se retrouve considéré comme un exhibitionniste.
Ma mère a trouvé vos lettres hier soir, les lettres que vous m'avez écrites. Elle est dans tous ses états et son mari aussi. Ils s'imaginent un tas de choses terribles et, ce matin très tôt, elle a emmené Jimmy, mais je ne peux pas vous parler plus. J'essayerai de rappeler plus tard. (p.219)
3) Jardins cachés
Nouvelle-Orléans, Jackson square, 1979. TC rencontre une prostituée qui affronte son mac, puis Big Junebug Johnson, une ancienne amie d'école, et de nouveau la prostituée à laquelle il avoue son homosexualité devant son insistance de faire de lui son prochain client.
Certaines villes, comme des boîtes enveloppées de papier sous les arbres de Noël, dissimulent des présents inattendus, des délices secrètes. Certaines villes resteront toujours des paquets cadeaux recelant des énigmes qui ne seront jamais résolues ni même entretenues par les touristes en vacances, ou même par les plus curieux, les plus persistants des visiteurs. Pour connaître de telles villes, pour les déballer, en vérité, il faut y être né. Venise est ainsi. (p.235)
4) Au culot
Los Angeles, 1970. Refusant de coopérer avec la police pour faire condamner un criminel, TC tente de prendre l'avion incognito pour quitter Los Angeles et rejoindre New York.
Là, devant la porte vitrée de ma minuscule prison, passe une superbe et arrogante amazone qui porte sur elle pour un million de dollars de diamants et de zibeline dorée, une star environnée d'une troupe virevoltante et volubile de chorus-boys sapés comme des princes. (p.245)
5) Et tout est parti de là
Californie. TC interview Robert Beausoleil dans sa prison. Celui-ci lui explique comment on en vient à devenir meurtrier sans état d'âme.
RB : Ce qui arrive, arrive. Et c'est toujours bien.
TC : Tu considères que c'est bien de tuer des innocents ?
RB : Qui a dit qu'ils étaient innocents ? (p.263)
6) Une enfant radieuse
New York, 1955. TC et Marilyn Monroe assistent à l'enterrement d'une vieille amie, puis déambulent dans la ville.
TC : J'espère qu'on ne va pas monter sur un bateau ? J'ai oublié ma Damamine.
Marilyn (réjouie, gloussante) : Sur le quai seulement.
TC : Puis-je te demander pourquoi ?
Marilyn : C'est un endroit que j'aime bien. Ca sent les pays lointains et je peux donner à manger aux mouettes.
TC : Leur donner quoi ? Tu n'as rien pour les nourrir.
Marilyn : Si. Mon sac est plein de gâteaus-présages. Je les ai fauchés dans ce restaurant. (p.285)

2) Virages nocturnes ou le sexe des frères siamois
TC dialogue avec lui-même et passe en revue sa vie, ses amours, ses emmerdes.
Cependant, nos peurs véritables sont les échos des pas résonnants dans les couloirs de notre esprit et les angoisses, les transes qu'ils engendrent. (p.285)


Mon complément

J'aime TC, j'aime son style, ses histoires, sa touchante singularité. Mes histoires préférées sont :
  • M.Jones pour son mystère
  • Une journée de travail est la plus émouvante
  • Une enfant radieuse est la plus touchante
TC sait planter les décors, les humeurs, les émotions, son acrimonie me fait rire :
Il y a deux choses dont j'ai peur : les serpents et les femmes. Ils ont beaucoup de choses en commun ces deux là. Et une chose, entre autres : ce qui meurt en dernier chez l'un comme chez l'autre, c'est l'arrière train. (p.59)
Lire TC, c'est plonger dans la société, ses mystérieuses convenances, ses secrètes dépravations, on jubile, on grimace, on applaudit de tant de présence, de prestance, d'intelligence. Cela fait un bien fou !

Cercueils sur mesure - Truman CAPOTE

Des trucs de strip-tease

Samedi dernier, nous étions, ma fille (11 ans) et moi, sorties entre filles pour les emplettes de mademoiselle. En passant devant la vitrine d'un magasin de lingerie, j'indique à voix haute que j'irai y faire un tour pour moi une autre fois. Horrifiée, ma fille s'écrie Bah ! Oh non ! Mais c'est des trucs de strip-tease (sic). Vraiment, j'ai éclaté de rire tout en protestant mollement : Mais non, pas du tout, bon, c'est vrai les mannequins en vitrine n'ont rien de naturel mais c'est pour attirer les regards .../...
Décidément, ces gamins n'ont aucun maintien.