Dans ma maison vous viendrez d'ailleurs ce n'est pas ma maison, je ne sais pas à qui elle est, je suis entrée comme ça un jour il n'y avait personne (J.Prévert)

22 décembre 2009

Les petites filles dans leurs papiers de soie - Morgan LE THIEC



crédit photo de l'auteur
© Josée Lambert
(en page intérieure de ce livre
)

Le livre
:
Date de Parution : 2009
Editions Pleine Lune
116 pages



Le sujet
:
14 brèves nouvelles se succèdent dans ce livre autour d'un même thème : l'enfance et les traces que l'enfance nous donne à suivre pour notre vie future.

Le verbe :
Beaucoup de belles phrases. Parmi mes préférées, citons :

Tu es de ces brasiers inexpliqués de l'enfance.
(p 27)
ou encore :
Je me demande si les gens se parlent parfois, malgré la distance. De son vivant, il y avait si peu de mots entre nous. Je me demande si les gens se parlent à travers leurs rêves. Je ne sais pas mais l'idée me plaît parce qu'il y a ces bateaux, le ciel et l'océan autour, invisible, ces couleurs sur lui et parce qu'il fait beau et froid.
(p 45)

Mon complément :


C'est en lisant un billet sur le blogue canadien Clavier tempéré de Lucie Renaud que j'ai eu très envie de lire ce livre. Et avant que j'ai pu me rendre à la librairie du Québec (30, rue Gay Lussac 5 è arrondissement Paris), Lucie me l'envoyait :

Vous pouvez imaginer ma surprise et ma joie !!!

Et la surprise ne s'arrête pas à la découverte du livre lui-même mais se poursuit avec la lecture de la prose subtile de Morgan Le Thiec, une auteure (les canadiens utilisent le féminin et j'aime bien cette orthographe moi aussi) qui me touche beaucoup.

Ce recueil est une sorte d'autopsie de l'enfance, je m'explique : lorsque celle-ci s'achève (si elle se termine un jour) que nous laisse t'elle à observer ? Que découvre t'on en décortiquant la dépouille de nos jours anciens ? Que dépose l'enfance en nous telle une couche de limon qui nourrira notre vie d'adulte, quels secrets restent enfouis au plus profond de notre être qui déterminera notre destinée, qui orientera nos choix, comme le ferait un caillou, une branche au millieu d'un cours de rivière.

C'est ce qu'explore Morgan Le Thiec dans ces 14 courts récits, qui mettent en avant des hommes, des femmes, meurtris, blessés, déséquilibrés par un souvenir, un poids qu'ils n'ont jamais pu oublier ou déposer en chemin.

Certaines histoires font venir les larmes, d'autres sont un peu plus légères et nous prenons de la distance avec le personnage principal, mais à chaque fois, il reste une constante : la délicatesse d'écriture. Et aussi le thème le plus cher à mes yeux : la vie est bien fragile, un rien peut venir la perturber et broyer les rêves que nous aurions pu faire.


Liens :
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16 décembre 2009

Déloger l'animal - Véronique OLVALDÉ




Le livre
Date de Parution : 2005
Editions Actes Sud
Mon livre en édition J'ai lu, 2009, 150 pages


Le sujet

Camerone (Mexique ?). De nos jours. Malgré ses quinze ans, Rose est une enfant dépendante de sa mère qu'elle vénère, une mère funambule sur un étrange fil de vie, une mère-enfant qui vend des bonbons et qui semble vivre à côté d'elle sans la voir. Une femme-enfant qui passe ses soirées entourée de musiciens.
Rose est différente et fréquente l'institut, un endroit déprimant pour elle qui aime tant vivre sur la terrasse ensoleillée et observer à longueur de journée les lapins qu'elle y élève.
Puisque sa mère ne la voit pas, Rose se jette par la fenêtre, se retrouve à l'hôpital et lorsqu'elle sort, sa mère n'est plus là. Disparue. Rose va chercher à recoudre le souvenir de sa mère et de son vrai père. Questionnant tour à tour son beau-père Monsieur Loyal, le directeur de cirque qui n'est autre qu'une boîte de nu, ou bien la vieille voisine du dessous, madame Isis avec laquelle elle aime aller déjeuner, Rose imagine la jeunesse de sa mère et de celui qu'elle imagine être son vrai père. Elle colmate les brèches de sa vie par une couche de fantaisie, une mère étouffée par une famille marginale, un père amoureux. Que leur est-il arrivé ? Est-ce que Rose pourra comprendre le fin mot de cette histoire et enfin s'épanouir ?

Le verbe
Un soir Monsieur Loyal est rentré trop tôt.
Moi j'étais au lit dans ma chambre minuscule avec sa toute petite fenêtre grillagée (ce n'était pas une chambre me semblait-il, mais bien un garde-manger, un lieu où l'on avait jadis entreposé des jambons et des pommes de terre parce qu'il y faisait sec, frais et sombre, et où l'on m'avait rangée pour les mêmes raisons, c'était, disait maman, le meilleur endroit de la maison). Je dormais et ce furent les éclats de voix qui venaient du salon qui me réveillèrent. (p.29)
Mon complément

Mon premier Ovaldé. Voilà un livre comme je l'imagine, impudique, imprudent, impromptu, impitoyable. Comme un conte : une enfant qui ne fait pas son âge : comment pourrait-elle grandir normalement alors que sa mère ne la voit pas, ne lui donne pas la place de s'envoler, comment pourrait-elle grandir et sortir de sa réserve, de son monde, elle est très bien comme cela, comme dans un cocon.
Puis la mère disparaît. Un jour, elle n'est pas là, le père imagine qu'elle a pris ses cliques et ses claques, qu'elle a eu envie de reprendre sa liberté, mais Rose n'est pas d'accord. Sa mère ne l'aurait jamais, jamais abandonnée.
Alors Rose cherche ce qui est arrivé à sa mère. Qu'a-t-elle lu dans le journal qui a bien pu la mettre dans un état de torpeur si effrayant ?
Rose accumule des preuves, des bouts de vérités. Elle brode sa version des choses sur une histoire toute effilochée. Rose n'est pas bête : elle se cache dans sa peau de petite fille attardée et sujette aux crises, mais Rose est forte. Elle veut savoir. Elle saura.

J'ai beaucoup aimé ce roman. J'aime tout : le style, l'originalité, les expressions, les images... tout.

J'ai noté une chose très singulière (plusieurs choses mais elles ne me viennent pas spontanément à cet instant) : il y a une étrange similitude entre la description de la chambre de Rose au début du livre (voir l'extrait) et l'endroit où sa mère est finalement retrouvée. Je n'en dis pas plus, au risque de révéler la chute.
Ceux qui ont lu le livre se souviendront.
Pour les autres, je ne peux que vous convaincre de tenter le voyage : c'est 4,80 € seulement en collection J'ai lu : n'hésitez plus !
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12 décembre 2009

Thomas s'en fout - Thierry WOJCIAK


Le livre
Date de Parution : 2009
Editions Tédoublevé
205 pages
13,80 euros

Le sujet

Paris. De nos jours. L'histoire déjantée, parfois désenchantée mais toujours burlesque d'un journaliste à qui tout ne réussit pas toujours, au risque de nous faire rire (non nous ne sommes pas moqueurs...).

Le verbe
On vient de se prendre un but. Rien à dire. On marchait tranquillou pour revenir dans notre camp parce qu'on pensait que le gardien était parti chercher la balle derrière ses buts, quand on a vu filer sans nous saluer un gars balle au pied qui a passé Bruno les doigts dans le nez, d'un petit crochet droit, pour marquer tout seul dans le but devenu aussi vide qu'un livre de Christian Bobin. (p.47)
Mon complément
J'avais parlé de ce livre le 15 octobre dernier dans la Chronique des temps perdus puisque c'est celui de mon ami Thierry, un être à l'écriture sensible et doté d'une plume qui va avec. Ce roman a la forme d'un journal assez singulier : il y note non seulement les jours, mais encore les heures, voire les minutes où il se passe quelque chose.

Cela donne ce genre là :
p 166
00h12. Tu trouves Thomas ? J'ai dû garder une boîte de l'époque où j'étais encore avec Rémy...y'a deux ans...

00h13. Rémy met des King size ??

00h14. Je ne l'ai jamais trop aimé ce gars-là.

00h15. J'extraie la machin du bidule.

00h16. Hm...

00h17. C'est pour un rôti de veau pour cinq ?

00h18. Déjà que dans un costard trop grand tout le monde pense que je fête Mardi-Gras, mais alors là...

00h19. Alors, tu as trouvé ?

00h20. Hélas.

00h22. Je tente bien un sinon, tu n'as pas des capotes normales ? parce que là faut au minimum que je fasse un ourlet, et j'ai râté la dernière séance du club couture...
Voilà un livre sans prétention qui donne le ton d'un monde parisien avec des vrais gens : leurs quêtes, leurs défauts, leurs obligations pas toujours funs, leurs faiblesses, leurs attentes, leus amours et petites contrariétés.

L'amour, l'Amour (grand A) sera t-il au rendez-vous ?

Vous le saurez en vous rendant sur le site de Thomas s'en fout pour une petite commande parfaite pour Noël si vous avez des amis qui aiment les surprises (bonnes) et rire (pas jaune) !
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09 décembre 2009

Le symbole perdu - Dan BROWN

Le livre

  • Date de Parution : 2009
  • Titre original : The lost symbol
  • Editions française JC Lattès
  • 594 pages

Le sujet
Washington, de nos jours. Andros, un fou furieux qui se prend pour un ange déchu attire le professeur Robert Langdon dans un piège pour que ce dernier l'aide à trouver le symbole perdu qui doit lui permettre de découvrir les derniers secrets de l'humanité et devenir ainsi un dieu. Il a tort car Langdon va s'avérer être un adversaire corriace, le grain de sable dans sa parfaite machination.

Le verbe
Après ce lourd préambule, Langdon s'attendait à quelque chose de plus impressionnant qu'un cube de sept ou huit centimètres de côté, emballé dans du papier kraft attaché avec une ficelle. A en juger par la taille et le poids considérable de l'objet, il s'agissait probablement d'un bloc de pierre ou de métal. C'est tout ? pensa Langdon en le retournant entre ses mains. Il remarqua que la ficelle était fixée à l'une des faces par un sceau à la cire, tel un édit ancien. Le sceau représentait un phoenix à deux têtes avec le numéro 33 sur la gorge - le symbole du plus haut degré de la franc-maçonnerie. (p.134)
Mon complément :
Un livre reçu "direct" de la maison d'édition JC Lattès grâce aux volontaires de blog-O-book que je remercie pour cette heureuse manne. Très honnêtement, c'est un livre a comblé mes attentes : j'avais lu il y a quelques années le Code da Vinci, que j'avais dévoré, j'ai vu le film adapté (je n'ai pas trop apprécié le jeu d'Audrey Tautou qui ne ressemble pas à l'héroïne que je m'étais imaginée à l'époque) et, un soir de la semaine dernière j'ai -enfin- pris le temps de regarder "Anges et démons" sur ma télé (pas mal du tout, j'aime les films d'action, même si j'avais plus ou pressenti la chute...).

Bref, Dan Brown reste dans le registre des secrets, de l'ésotérime, des initiés et des drames qui se jouent à la barbe et la conscience des pauvres âmes que nous sommes.
Et alors ? Moi j'aime bien être sur un petit nuage, j'aime avoir l'esprit emporté. J'aime absolument tout ce qui est déraisonnable.

J'ai aimé me faire mener en bateau depuis la macabre découverte sous la coupole du Capitole, jusqu'au sommet de l'obelisque,

j'ai aimé me triturer la cervelle avec les codes et les carrés magiques et pouvoir me replonger à chaque instant possible dans mon "pavé" afin de progresser dans ma lecture en même temps que le pauvre Langdon tâtonnait dans son énigme.

Notons que l'histoire se déroule en une soirée, exception faite de quelques souvenirs des uns et des autres qui hachent un peu le récit, ce qui donne un rythme digne d'un livre d'aventure : pas le temps de souffler. Certains personnages sont très caricaturaux mais assez sympatiques (sauf le méchant vraiment ignoble mais je ne peux en dire plus). Sinon, j'ai eu ma dose de bondieuseries, mais pour un livre qui parle de franc-maçonnerie j'imagine qu'il faut ne passer par les livres saints de toutes époques, histoire de rappeler l'universalité de la croyance en un démiurge suprême pour expliquer l'inexplicable.

Cependant, j'aime aussi le scepticisme du personnage principal : Langton à qui il ne faut pas trop en compter s'en tire très bien au milieu des plus puissants, la CIA et les franc-maçons qui ont bien des secrets à ne pas mettre entre toutes les mains.

Washington, la bibliothèque du Capitole
chez Eric Sibert

Je suis restée sur ma faim concernant la fameuse nouvelle science : la noétique, je m'attendais à des démonstrations de capacités extraordinaires qui viendraient en aide à nos héros, mais non, ce sera peu-être pour le prochain volume...

Au final, un sacré livre de fiction qui tient sa promesse : pas seulement celle de l'aube, mais aussi celle d'un voyage intérieur, car qui que nous soyons, nous sommes forcément confrontés à nos propres croyances en lisant ce genre de livre ; nous sommes renvoyés à nos questions intimes : qui suis-je ? pourquoi et pour qui ? qui me regarde ?

Liens externes
  • Le site officiel du livre
  • des photos sur les monuments dont il est question dans le livre sont visibles sur le site de Sebyoda (vous y reconnaîtrez quelques images vues dans la Nuit au musée II pour ceux qui connaissent)
Sinon, j'ai cherché à quoi ressemble la Freedom Plaza dont il est également question dans ce livre :
photo Wikipedia
(clic sur l'image pour l'agrandir)
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