Dans ma maison vous viendrez d'ailleurs ce n'est pas ma maison, je ne sais pas à qui elle est, je suis entrée comme ça un jour il n'y avait personne (J.Prévert)

28 février 2010

La petite fille de Monsieur Linh - Philippe CLAUDEL




Le livre

Date de Parution : 2005
Editions Stock/Le livre de poche
180 pages

Le sujet

Un vieil immigré débarque dans une ville parmi d'autres réfugiés qui attendent d'être placés. En se promenant dans la ville, il fait la rencontre de Monsieur Bark dont la femme défunte tenait le manège du jardin, il lui présente son étrange petite-fille silencieuse. Les deux hommes vont à la rencontre l'un de l'autre au travers leurs propres souvenirs.


Le verbe


Mon complément

Avouons le, j'ai été déçue par ce court roman dont j'attendais autre chose. La mémoire, la douleur de l'absence, la folie aussi, sont les ingrédients qui d'habitude nourrissent mon imaginaire. Mais je n'ai pas réussi à entrer à fond dans ce récit dans lequel beaucoup de belles phrases, mais au global, j'ai peiné à achever ce roman. Je ne sais pas expliquer pourquoi je n'ai pas trouvé les personnages attachants, malgré les thèmes abordés : la guerre, la mort, les choses qui nous rattachent à la vie. Dommage...
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20 février 2010

La piscine


Nous y étions. J’avais emmené le petit à la piscine parce qu’il était pressé de me montrer qu’il arrivait à nager « la tête sous l’eau ». Evidemment, moi, je ne pouvais pas lui dire non, ou lui promettre d’y aller une autre fois. J’avais bien tenter de lui expliquer qu’il ferait mieux d’y aller avec papa, mais non, il avait insisté d’y aller avec moi, parce, disait-il, c’est moi qui l’avais fait. Certes. Bien vu.

Pourtant, la piscine n’est pas l’endroit dans lequel j’évolue avec bonheur. Me reviennent trop de souvenirs angoissants, à l’odeur écoeurante, aux bruits furieux qui se confondent avec les protestations de mon coeur. Petite, je ne savais pas nager ; je désespérais de ne jamais comprendre le « truc » salvateur qui m’éviterait de gober d’immondes tasses salées foisonnant de salive, pipi et autres sécrétions inavouables.

Pour le petit j’avais surmonté ma répulsion. Bien entendu, je dois dire que maintenant je sais nager, enfin, je patauge, j’observe, je m’ennuie, j’encourage, je soutiens. Puis, le petit a voulu quitter le bassin (dans lequel de gros mammifères mal dégrossis ne peuvent s’empêcher de nous en mettre plein la vue – mais qu’ils aillent dans le 25 mètres faire leur plongeon et leurs longueurs !!!) pour aller au toboggan.

Nous attendons notre tour parmi les enfants excités, livrés à eux-même sans un adulte pour surveiller. Suis-je donc d’une autre espèce ? De toutes petites filles hurlent en descendant dans le boyau (je les comprends, c’est très impressionnant !) et à peine arrivées dans le terminus clapotant se précipitent pour remonter par le tunnel. Inquiète, je tente de les en empêcher. En vain.

Enfin, le petit a voulu partir, il devait avoir faim, l’idée d’un bon goûter lui avait mis l’eau à la bouche.
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19 février 2010

La neige (encore ?)

Nous ne l’attendions pas. Ce matin, j’ouvre bien large les fenêtres dans la nuit et me parvient le bruit d’un froissement, de quelque chose qui semble frôler les feuilles, ce n’est pas de la pluie, je ne sais pas ce que c’est, peut-être un esprit. Un peu plus tard, les ombres se poussent sous la couverture de neige, le temps de se rendre compte d'une certaine immobilité des choses, d'un monde éphémère sur lequel je ne m'avance pas, que je surveille derrière ma fenêtre fermée.
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12 février 2010

Mort de Bunny Munro - Nick CAVE



Le livre
Date de Parution : 2009
Titre original : The Death of Bunny Munro
Editions Canongate, Flammarion pour la version française
Traduction par Nicolas Richard
330 pages


Le sujet

Angleterre. Bunny Munro, un père fragilisé par sa dépendance au sexe, à l'alcool et à la drogue, anéanti suite au suicide de son épouse chérie mais largement trompée, tente de prouver à son jeune fils qu'il est vraiment le papa le plus formidable au monde. Munis de la liste des clientes potentielles des produits de beauté que Bunny vend en porte à porte, ils partent tous deux à bord de la Punto à la rencontre de leur destin.

Le verbe
Il remarque que les ombres derrière lui ont commencé à dégouliner, à s'étaler et se repositionner. Elles semblent s'allonger et prendre des personnalités qui ne leur seraient pas attribuées en temps normal, comme si elles avançaient sur lui en provenance du monde des esprits. Bunny a le sentiment inattendu de sa mort imminente - pas nécessairement aujourd'hui mais bientôt - et se rend compte non sans perplexité qu'il en éprouve un certain réconfort. (p.76)
Mon complément :
J'ai envie de commencer par dire que ce livre est une sorte de mélange, un cocktail sans modération aucune : un road-movie frénétique d'un homme perdu qui descend de plus en plus dans l'oubli de lui-même, incapable de reprendre pied dans une vie où l'attend patiemment son garçon de 9 ans en consultant sa chère encyclopédie, tandis qu'il fait du gringue aux desperate housewives d'Angleterre façon Hank Moody (de la série Californication) et se montre impuissant à s'occuper de son fils qui pourtant l'adore.
Bunny Junior espère que rien de vraiment terrible n'arrivera à son père, car même si sa mère a dit qu'il était perdu, et même s'il n'a probablement pas été un bon père comme ceux qu'on voit à la télé, dans les magazines, dans les parcs et tout ça - eux qui par exemple achètent du collyre pour ne pas que leur enfant devienne aveugle, ou qui joue au frisbee dans les jardins publics, des trucs dans ce genre - il aime son père de tout son coeur et pour rien au monde il ne l'échangerait contre un autre. (p.278)
Un style nerveux qui ne manque pas d'audace, de poésie, de fantasmagorie, de réalisme, d'humour, de désespoir, de fierté et de honte. Un cocktail avec une dose de Big Lebowski et une de Donnie Darko :


Impossible d'en dire plus si je veux éviter de révéler quelques clefs... Disons simplement que nous avons là une sorte de livre-boutis formé par des pièces de vie rattachées entre elles par des fils ténus comme l'espoir, l'espoir d'un autre monde, d'une autre chance.

Notons les passages hilarants côtoyant les plus sordides, les blancs et les noirs, les lumières et les ombres :
  • orange le fantôme de la mère vêtu de sa petite robe orange qui tournoie dans les pages, tantôt pour épouvanter son mari, tantôt pour rassurer son fils
  • bordeaux la bétonneuse Dudman (l'homme-camelote) qui apparaît à plusieurs reprises
  • blanche la brume qui arrive à l'approche du fantôme
  • noirs les nuages qui s'amoncellent dans le ciel troublé
  • bleu le ciel "comme une piscine"
Un roman jubilatoire que nous n'avons jamais jamais envie d'achever... mais puisqu'il le faut, alors avouer qu'à la fin j'ai pleuré.
Photo de l'auteur sur l'avant dernière page du livre


Nick Cave est également chanteur, j'en ai parlé dans le billet du film "Les ailes du désir".
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07 février 2010

Le bon français - Maurice DRUON


de Maurice Druon


Le livre
:
Date de Parution : 1999
Editions du Rocher
250 pages

Le sujet
:
Ce livre condense 100 chroniques parues dans le Figaro entre 1996 et 1999. L'idée maîtresse est de préciser l'usage et l'emploi de mots et tournures afin d'écrire et de parler correctement.

Le verbe :
On ne dit pas "parque des Princes" mais "parc des princes".
(chap 43)

ou encore :

On ne dit pas "préparer un diplôme" (à moins que vous ne soyez vous-même le fabriquant dudit diplôme) mais "préparer un examen".
(chap 61)
Mon complément :

Un livre qui se prête bien volontiers et qu'un récent ami a eu la bonté de me confier quelques jours. Il est vrai que, si l'on est souvent surpris par ce qu'on y découvre, il est également impossible de tout retenir ; aussi, je vais tenter de me le procurer sans tarder !

Mention spéciale pour les travers de langages usés dans les médias, je n'imaginais que des professionnels puissent faire autant de fautes !

Mais comme le résume Druon :

D'une manière générale, tout terme à sonorité un peu savante qui n'est pas employé dans son sens exact a tôt fait de devenir une cuistrerie. A défaut de maîtriser un grand style, l'élégance du langage est dans la simplicité. Il n'est rien de plus ordinaire que le faux raffinement.(chap 52)
A bon lecteur...
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06 février 2010

Tout pour plaire - Chester HIMES




Le livre

Date de Parution : 1959
Titre original : The big gold dream
Traduit en français aux Editions Gallimard
245 pages

Le sujet

Années 60. Harlem. La disparition inexpliquée du corps d'une petite cuisinière au cours d'un baptême de foule par le "Gentil prophète" met tout le monde en émois. D'abord les policiers qui enquêtent sur sa mort soudaine, puis sa résurrection, et enfin le cambriolage fort à propos de son appartement. Puis les petites frappes de Harlem qui sont après un certain magot que cette ingénue employée de cuisine aurait gagné à la loterie des nombres... Il n'y a pas à dire, il y a un "truc" ! Mais lequel ?

Le verbe
- Laissons les morts reposer en paix, je vous en prie, messieurs, répondit pieusement le prophète. Cette pauvre femme le mérite particulièrement, étant donné qu'elle a travaillé dur toute sa vie.
- Oui, Prophète, mais voilà, rétorqua Fossoyeur, c'est qu'elle n'est pas morte...
- Comment ? Pas morte ! s'exclama "Gentil Prophète" en roulant des yeux en billes de loto. Est-ce que vous voulez dire qu'elle n'a pas cessé de vivre ou est-ce qu'elle est ressuscitée ?
- Remettez-vous, Prophète, dit Fossoyeur, elle n'a jamais été morte.
- Mais bon Dieu ! je l'ai vue mourir ! protesta le prophète.
- Elle était seulement évanouie.
- En extase plutôt, rectifia "Gentil Prophète"
(Il pêcha dans la poche de sa robe de chambre à rayures un mouchoir jaune et s'épongea le front.) Je n'aurais jamais pensé à ça...vous me stupéfiez.
- Et, ce que nous essayons de faire, poursuivit Fossoyeur sans se départir de son calme, c'est de recueillir son histoire.
- L'histoire de cette femme tient en une phrase, dit le "Gentil Prophète" : mise au monde par des ânes, elle a travaillé comme une mule.
Mon complément

Avouez qu'après un tel extrait vous avez envie d'en savoir plus ! Je confirme que vous auriez tort de ne pas suivre mon conseil : avec ce livre, un polar il est vrai, on rit bien malgré tout, on sourit, ricane, on s'amuse. L'intrigue policière tient la route, le coupable n'est connu que dans les dernières pages, mais ce que je retiens, c'est surtout le style : du vrai cinéma ! Chester Himes avait l'art de raconter avec humour, finesse, et si peu d'exagération, les travers du ghetto de Harlem, la prostitution, la misère, la racaille, les coups fourrés, la drogue etc... et malgré tout ce tableau un peu "noir", si j'ose le terme, on en voit de toutes les couleurs en compagnie des deux supers flics aux noms improbables de Cercueil et Fossoyeur !

Encore !
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Cristallisation secrète - Yoko OGAWA





Le livre

Date de Parution : 1994
Titre original : Hisoyakana kessho
Traduit en 2009 pour les Editions Actes Sud
Traduction par Rose-Marie Makino-Fayolle
340 pages


Le sujet

Sur une île isolée. De nos jours. Une jeune femme écrivain tente de ne pas disparaître alors qu'autour d'elle, les choses et les gens se retrouvent du jour au lendemain mystérieusement oubliés. Dans son nouveau roman, elle imagine une héroïne muette, qui finit par être assimilée dans les objets qui encombrent le grenier dans lequel elle se retrouve enfermée.


Le verbe

Nous parlons de toutes sortes de choses en prenant le goûter. La plupart du temps il s'agit de souvenirs. De mon père, ma mère, ma nourrice, de l'observatoire ornithologique, de la sculpture, du lointain passé où l'on pouvait se rendre dans d'autres endroits avec le ferry... Mais nos souvenirs de jour en jour ne font que diminuer. Parce qu'ils sont emportés avec chaque disparition. Nous partageons le peu qui reste du goûter et nous répétons les mêmes histoires que nous laissons fondre lentement sur nos lèvres. (p.27)

Mon complément


Ecrit en 1994, la même année que l'Annulaire, Cristallisation secrète évoque de nombreux thèmes chers à Ogawa :
  • L’eau (la maison de la narratrice est au bord d’un lavoir, le ferry sur la mer, la neige qui tombe)
  • La dactylographie, la machine à écrire
  • L’ouïe, les sons
  • La transformation des corps
  • Le base-ball,
  • La dépendance
  • Les liens
  • La mémoire
  • La pièce secrète (la chambre secrète, la petite pièce hexagonale)
  • Les collections (le meuble de sa mère, les objets disparus cachés dans des sculptures)
Mon résumé plus détaillé est le suivant :
Sur une île, de nos jours. Des choses disparaissent, pour lesquelles il est désormais interdit de se souvenir ou de garder une trace. Ainsi en est-il des tickets de ferry, des bonbons à la limonade, des pétales de roses,… qui finissent par disparaître au point que plus personne ne se souvient de leur existence passée, ou même de leur usage. Un jour, ces choses existent, le lendemain, plus personne ne s'en souvient. Personne ? Non, car certains ne peuvent pas oublier. Une police secrète est donc chargée de détecter ceux qui contreviennent à la loi, qui sont chargés de souvenirs. Ceux-là sont alors emmenés par les traqueurs de souvenirs, on ne les revoit jamais. Certains décident de se cacher. Mais les cachettes finissent toujours par être découvertes. Une jeune femme écrivain, décide de cacher R, son éditeur, à partir du moment où il lui avoue être de ceux qui gardent les souvenirs en eux. Aidée par le grand-père, un ami de la famille qui vit sur le ferry oublié de tous, elle aménage une cachette dans sa maison et l’y installe. C’est la chambre secrète, une pièce tout en longueur dissimulée entre deux niveaux de la maison. Pendant ce temps, elle poursuit la rédaction d'un roman et présente à R son travail pour qu'il ne s'ennuie pas. Il s’agit de l’histoire d’une femme qui a perdu sa voix, et qui décide de prendre des cours de dactylographie pour s’exprimer. La salle de cours est aménagée dans une église. La jeune femme tombe amoureuse du professeur, mais celui-ci finit l’enfermer dans une pièce oubliée dans le clocher, avec pour seule compagnie le mécanisme de l’horloge et de vieilles machines à écrire cassées.

On le comprendra. Ceci est un roman à énigme, pour lequel la fiction pourrait rejoindre une certaine réalité, passée ou future. J'ai trouvé ce récit de toute beauté, parce qu'il exprime de manière très fine l'enfermement, la peur, l'absurdité, la suppression de liberté.

J'ai également noté l’émouvant témoignage que Yoko offre à Anne Franck, puisque son Journal est l'un de ses livres préférés. La chambre cachée de R, toute en longueur, où l'on n'est bien qu'allongé sur le lit, ressemble à un cercueil.

Une cristallisation dans le secret de l'auteur, une métaphore qui exprime l'effacement de l'écrivain qui ne laisse que sa voix quand les mots disparaissent (l'impression, ce qui reste après une lecture de ce genre) et la créature, cet autre que l'on créé à son image ou à l'inverse, une sorte d'anamorphose du comportement : une créature qui n'a plus de voix alors que soi-même n'avons plus que cela, une créature qui finit soudée dans les encombrements (de l'esprit) alors que soi-même finissons par disparaître, invisible, uniquement présente par le corps ténu du souvenir, de l'évocation, de l'inspiration aussi. Forcément !
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