Persuasion - Jane AUSTEN




Le livre

Titre original : Persuasion
Date de parution : 1818
Traduction française par : André Belamich
Editions Christian Bourgois éditeur
mon édition en 10/18 domaine étranger
315 pages

Le sujet

Angleterre. 1814. Anne Elliot retrouve Frederick Wentworth, un capitaine de marine qu'elle avait repoussé alors qu'elle avait 19 ans et lui 23, persuadée par sa famille que ce n'était pas un mari qui lui conviendrait. Huit ans après, Anne retombe sous le charme de son ancien fiancé, tandis que lui semble indifférent... Le temps de la reconquête est venu, qui finira par ouvrir les yeux (et rouvrir) le coeur de l'ancien fiancé éconduit.

Le verbe
Henriette lui a demandé ce qu’il pensait de vous, lorsqu’ils sont partis, et il a dit que vous étiez si changée qu’il ne vous aurait pas reconnue.
Mary n’avait pas assez de sensibilité pour respecter, d’ordinaire, celle de sa sœur ; mais elle ne se douta pas le moins du monde qu’elle venait de lui faire une blessure particulière.
« Méconnaissable ! » Anne acquiesça totalement, en proie à une silencieuse et profonde mortification. Sans aucun doute, il en était ainsi et elle ne pouvait pas prendre sa revanche, car lui n’avait pas changé, pas enlaidi en tout cas. (p.74)
Mon complément
J'ai vécu avec Persuasion depuis si longtemps que cette lecture est un bain de jouvence, ou de connivences ou tout ce qui explique le bien-être. Bien entendu, cette attachement n'est pas rationnel. Enfin, le fait est que j'adore Persuasion.

Anne, la deuxième fille de Sir Walter Elliot, est le personnage principal de ce livre. C'est une jeune femme raisonnable, qui doit faire face à un père fat et dépensier. Celui-ci préfère nettement sa fille ainée, Elizabeth, avec laquelle ils partagent le goût du luxe. La mère est morte, et Anne trouve en Lady Russel, la meilleure amie de celle-ci, une mère de substitution.
Trop endettée, la famille Elliot accepte de louer leur château de Kellynch à un riche couple tandis qu'ils décident de se fixer à Bath, une station thermale alors à la mode et plus dans leurs moyens. Anne ne les accompagne pas tout de suite car elle reste dans le voisinage, vivre quelques mois chez Mary, la plus jeune soeur Elliot, mariée, 2 enfants. Là, elle retrouve Frederick son premier (et seul) amour. Mais celui-ci ne la regarde plus, et pire encore, semble déterminé à se marier avec une autre. Cependant, une graine de pardon s'immisce en son coeur, et peu à peu se met à croître tandis que Anne s'éloigne pour rejoindre son père et sa soeur à Bath.
Frederick l'y rejoint, prêt à lui faire comprendre qu'il l'aime.

Anne ne voyait rien, ne pensait à rien de l’éclat de la salle. Son bonheur était tout intérieur.
…/…
ces phrases commencées qu’il ne pouvait terminer…ses yeux à demi tournés et son regard plus qu’à demi expressif…tout cela proclamait au moins que son cœur retournait à elle : que la colère, la rancune, le désir de l’éviter étaient passés… (p.217)
Mais il est très vite mordu par la jalousie en découvrant qu'Anne est courtisée par un certain William Elliot, qui, non content d'être le veuf heureux d'une femme épousée pour son argent, veut désormais épouser Anne pour compléter le tableau de l'arriviste parfait : fortune, titre de barronet qui lui reviendra après la mort Sir Walter Elliot et une belle petite femme, intelligente qui lui donnera une descendance.

Frederick finit par écrire une fervente lettre où il déclare son amour et Anne le persuadera que cette fois est la bonne...


« Je ne puis écouter davantage en silence. Il faut que je vous parle, avec les moyens dont je dispose. Vous transpercez mon âme. Je suis partagé entre l’angoisse et l’espoir. Non, ne me dites pas qu’il est trop tard, que ces précieux sentiments ont disparu à jamais. Je vous offre de nouveau un coeur qui vous appartient encore plus totalement que lorsque vous l’avez brisé, il y a huit ans et demi. Ne prétendez pas que l’homme oublie plus vite que la femme, que son amour meurt plus tôt. Je n’ai jamais aimé que vous. Injuste, j’ai pu l’être, faible et rancunier, je l’ai été… mais inconstant, jamais. C’est vous seule qui m’avait fait venir à Bath. C’est pour vous seule que je pense, que je fais des projets… Ne l’avez-vous pas senti ? N’avez-vous pas compris mes souhaits ?… Je n’aurais même pas attendu ces dix jours si j’avais pu lire vos sentiments comme je pense que vous avez dû pénétrer les miens. J’arrive à peine à vous écrire. J’entends à tout moment quelque chose qui me bouleverse. Vous baissez la voix, mais je puis distinguer les inflexions de cette voix, quand même elles échapperaient à d’autres… O parfaite, excellente créature ! Vous nous rendez bien justice. Vous êtes sûre que l’attachement et la constance véritables existent parmi les hommes. Soyez assurée de les trouver infiniment fervents, infiniment fidèles chez
F. W.
Il faut que je parte, incertain de mon sort ; mais je reviendrai ici ou bien je rejoindrai votre groupe dès qu’il me sera possible. Un mot, un regard suffiront à décider si j’entrerai chez votre père ce soir, ou jamais. »
Il ne s'agit bien évidemment pas seulement d'une histoire d'amour, qui commence mal et qui finit bien. Pas tout à fait. Jane Austen nous guide, avec son style réjouissant, dans le monde conventionnel de la société qui fut la sienne, une société qui faisait la part belle à la descendance, la prestance, et qui n'avait que faire de la cordialité et de l'intelligence.

Je décide de ne pas parler dans ce billet de tous les personnages de ce roman, il y aurait beaucoup à dire. Juste ajouter que la multitude n'est pas du tout encombrante : Jane Austen situe parfaitement les protagonistes, les noms ne sont pas compliqués (c'est important) et l'imagination du lecteur garde une certaine liberté.

Je suis (je n'ai aucune honte !) certainement un peu amoureuse de Frederick moi aussi... J'ai d'ailleurs noté que nous "perdons" le personnage de FW durant 62 pages (c’est très long !!!) :
  • départ de FW à la fin du chap XII (p 141)
  • retour de FW au chap XIX (p 203)


ancienne carte d'Angleterre (1812)

L'action du récit se situe dans des contrées fictives de régions identifiables : Bath dans le Sommerset Shire (sud-ouest), Lyme dans le Dorset Shire (sud)
Kellynch est situé à 50 miles de Bath (80 km environ)
Uppercross est à 3 miles (5 km) de Kellynch

Lienx externes
  • la république de Pemberley (un site sympathique par une communauté de fans de Jane Austen, en anglais) où l'on peut trouver, entre autres, quelques objets comme l'horloge ci-dessus, photos et beaucoup d'informations originales.

La marche de Mina - Yoko OGAWA





Le livre

Titre original : Mina no koshin
Date de parution : 2006
Traduction française par : Rose-Marie Makino-Fayolle
Editions Actes Sud
317 pages

Le sujet

Japon, Okayama. 1972. A la mort de son père, Tomoko 12 ans, part vivre chez la soeur de sa mère durant l'année où celle-ci décide de reprendre des études de couture à Tokyo qui lui assureront un métier plus stable.
A Ashiya, chez sa tante, Tomoko fait la connaissance du reste de la famille : Erich-Ken, l'oncle, un bel homme élégant qui semble avoir une double vie, Rosa, la grand-mère allemande, Mme Yoneda, qui fait office de cuisinière-dame de compagnie-nounou, M. Kobayashi, le jardinier-soigneur d'animaux, Ryuchi, le grand-frère qui étudie en Suisse, Minako, dite Mina, sa cousine d'un an plus jeune qu'elle. L'oncle est directeur de l'usine Fressy, une sorte de limonade faite à base d'eau d'une source locale.

Vous voulez connaître le contenu ? Il y a du sucre, des arômes, et de l'acidulant entre autres. Là se trouvent les secrets de la fraîcheur et du goût du Fressy, mais nous ne pouvons pas tout vous dévoiler, malheureusement, je vous prie de nous excuser. (p.268)
Tomoko apprend à vivre dans son extraordinaire nouvel environnement. Mina est une petite fille souffrant d'asthme et qui va à l'école à dos d'un hippopotame nain, collectionne des boîtes d'allumettes illustrées autour desquelles elle écrit de petites histoires qu'elle cache dans diverses boîtes sous son lit, et lit passionnément. C'est Tomoko qui lui raporte de la bibliothèque les livres qu'elle choisit. Entre Tomoko et Mina, des liens se tissent comme des fils que rien ne peut couper, même l'éloignement est source de rapprochement...

Le verbe
Lequel est votre pays de naissance, grand-mère Rosa ? questionnai-je et elle me répondit en secouant la tête :
- Ni l’un ni l’autre. Moi, c’est l’Allemagne. Quand je suis venue me marier au Japon, le pays a été divisé en deux sans qu’on me demande mon avis.
L’ordre d’entrée, les uniformes, les drapeaux étaient différents, mais pour grand-mère Rosa, ils appartenaient tous à un seul pays, l’Allemagne, qu’il était impossible de diviser. (p.204, il est question des jeux olympiques de Munich, en 1972)
Mon complément
Avec ce long roman, j'achève mon cycle Ogawa entrepris il y a un peu moins de 2 ans, en mai 2008, grâce à la découverte de cet auteur chez une ancienne blogueuse Flo du blog Thetoietlis (le blog n'existe plus, seul le profil Babelio est resté accessible) - Flo si tu passes par ici, salutations.

Dans la maison de sa cousine, Tomoko découvre un monde hors du commun. Dans le jardin, Pochiko, une femelle hippopotame nain (Hexaprotodon Liberiensis) venue du Liberia lorsque l'oncle avait 10 ans barbote dans son bassin et sert de moyen de locomotion à Mina lorsqu'elle se rend à l'école.
La grand-mère aime se pomponner avec une multitude de produits de beauté qui envahissent sa coiffeuse, de biens singuliers cosmétiques marqués de deux petites jumelles sur l'étiquette. La tante passe son temps dans son fumoir, à boire et fumer tout en cherchant les coquilles qui se sont glissées dans toute sorte d'imprimés. L'oncle disparaît des jours entiers de chez lui, sans que personne ne lui explique pourquoi. Et Mina l'invite dans son monde emprunt de poésie.

Les deux cousines s'immergent dans un monde où les frontières s'étirent au delà du temps et des origines.

Noël vint. Il était prévu que ma mère et moi nous profitions des vacances de l'école de couture de Tokyo pour retourner fêter le Nouvel an à Okayama, mais ma mère avait attrapé la grippe, ce qui l'avait empêchée de revenir. On décida finalement que je resterai à Ashiya pendant les vacances d'hiver. Mais cette nouvelle désolante fut vite balayée par le pressentiment d'un Noël merveilleux, tel qu'on ne peut pas croire qu'il y en ait en ce monde, que j'allais vivre pour la première fois. Au contraire, je fus plutôt reconnaissante à ma mère d'avoir attrapé la grippe. (p.286)
Beaucoup d'émotions dans ce roman qui condense un grand nombre des thèmes récurrents chez Ogawa : les collections (les boîtes d'allumettes), la mort (le père de Tomoko, Irma la soeur jumelle de grand-mère Rosa), l'eau (la pluie, le Fressy, le bassin de Pochiko), la beauté, l'ordre, la famille, la mémoire, les liens, l'absence, l'écriture, l'invention.

Ogawa aborde aussi pour la première fois me semble-t-il la déportation des Juifs avec l'histoire de la famille de la grand-mère.

C'est ma tante qui m'a appris que toute la famille de grand-mère Rosa, à commencer par Irma, était morte dans les camps de concentration nazis pendant la Deuxième Guerre mondiale, et que grand-mère Rosa avait été la seule à échapper au massacre parce qu'elle se trouvait au Japon.
- Un jour, on a sonné à la porte de leur appartement à Berlin et toute la famille d'Irma a été emmenée. On les a envoyés dans les chambres à gaz tu sais.
Nous savons qu'Ogawa a été très touchée par la lecture du Journal d'Anne Franck, je pense qu'elle veut intégrer à ses oeuvres les choses qui lui tiennent à coeur : une référence à la Shoah ici, une allusion à la cachette dissimulée dans Cristallisation secrète.

Dans ce roman, Ogawa parle aussi d'un auteur apprécié : Yasunari Kawabata.

- Ce monsieur Kawabata Yasunari, c'est un ami de la famille ? questionnai-je à la cantonade.
- Non, répondit grand-mère Rosa en décroisant ses mains.
- C'est que vous avez toutes tellement l'air sous le choc...
- Ce n'est pas une connaissance. Nous ne l'avons jamais rencontré. Mais monsieur Kawabata, c'est un écrivain, n'est-ce pas ? Quelqu'un qui écrit des livres. Même ici, il y a des livres de monsieur Kawabata. Ce n'est pas une connaissance, mais nous avons un lien. Monsieur Kawabata a écrit des livres, qui sont ici. Ces livres, tout le monde les lit. C'est pourquoi nous sommes tristes. (p.82)
.../...
J'ai commencé à fréquenter la bibliothèque municipale d'Ashiya après le suicide de Kawabata Yasunari.
- J'ai quelque chose à te demander, commença Mina un samedi après-midi, tu ne voudrais pas aller me chercher des livres à la bibliothèque ? (p.85)
.../...
Le titre des "Belles endormies" convenait parfaitement à Mina. Peut-être que ce jeune homme qui se trouvait devant moi avait tout deviné. N'avait-il pas découvert que je n'étais qu'une messagère et que la véritable belle qui voulait un livre de Kawabata attendait dans une maison de style occidental sur la colline ? (p.89)
Autre chose à dire à propos de ce roman. Je trouve qu'Ogawa investi les enfants d'une véritable conscience, de maturité : les cousines s'amusent, mais elles sont aussi très réfléchies, elles éprouvent des sentiments dignes d'être pris au sérieux. Ce ne sont pas que des petites filles modèles, elles ont un univers, des secrets, des pouvoirs...

J'aime la manière dont Ogawa donne vie à ses personnages, leur laissant une liberté, celle de nous bouleverser, de nous attendrir, de nous atteindre.

Je fais un voeu : que Rose-Marie Makino-Fayolle soit en train de travailler à la traduction d'un des quatorze livres encore non traduits...

Lien externes

Une dent pour la souris

Ce matin, le petit a perdu sa première dent de lait. Cela faisait quelques jours qu’elle se balançait, et au petit-déjeuner, elle est tombée avec un petit peu de sang. Je ne me souvenais pas qu’il y avait du sang, mais le petit n’avait pas l’air inquiet, alors j’ai caché mon dégoût et je me suis dépêchée d’emballer la dent dans un « sopalin ». Le petit m’a demandé pourquoi la souris a besoin de sa dent. J’ai été surprise qu’il se souvienne de cette histoire, et étonnée qu’il n’en ait pas peur. Il me semble qu’autrefois la souris m’aurait plutôt effrayé, lui non : il souhaitait juste que je lui explique ce qu’allait devenir sa dent. Déconcertée, je lui ai répondu qu’elle s’en servait pour se construire un petit pont. Cette explication a dû lui convenir. Ce soir, j’ai ressorti de son papier de soie la petite boîte à dent que des amis ont offert pour la naissance du petit. Je ne pensais pas m’en servir un jour. Je trouvais cette boîte argentée bien luxueuse pour contenir une dent « pour rire », et entretenir je ne sais quel rêve auquel il est difficile de croire. Pourtant, personne n’a rien dit au petit, que la souris n’existait pas, qu’elle n’avait pas besoin de ramasser les dents des petits enfants. J’ai placé la petite dent tachée de sang séché dans la boîte sur la table de nuit du petit. Il s’est couché en promettant de surveiller la venue de la souris. Il n’avait pas du tout peur, et semblait même heureux. Je suppose que le sommeil a pu construire un pont vers son monde des rêves. Demain, la dent aura disparu remplacée par un euro. Je continuerai à construire mon pont des souvenirs.

Le Montespan - Jean TEULÉ


Le livre :
Date de Parution : 2008
Editions Julliard
333 pages





Le sujet
:
France, les années 1660. Louis XIV est le roi. Louis-Henri de Pardaillan, marquis de Montespan a épousé Françoise de Rochechouart de Mortemart (Mademoiselle de Tonnay-Charente). Ils sont jeunes, beaux et se plaisent l'un à l'autre, au moins durant quelques années car ensuite, le couple peu fortuné, malheureux aux jeux trouve une solution à leurs dettes lorsque Françoise devient la dame de compagnie de la Reine. Hélas, Versailles est un piège, Françoise s'y rue et s'y complait, ne tarde pas à être la favorite du roi, d'abandonner son infortuné mari qui, toujours amoureux, se retrouve obligé de vivre reclus dans ses terres, après être passé par la case "prison". Durant 35 ans il n'aura de cesse de protester contre le roi, refusant son argent, allant jusqu'à ajouter des cornes à ses armoiries, à son carosse, attendant désespérement le retour de son épouse.

Mon complément :
J'ai laissé passer ce roman lors de sa sortie, pourtant je me souviens de l'enthousiasme de l'auteur interrogé, et j'avais très envie de découvrir le malheureux destin de ce mari abandonné. Il y a peu, nous avons pu le revoir à la TV pour promouvoir la sortie de ce roman sous forme de bande dessinée. L'occasion de m'intéresser à ce roman qu'un ami m'avait prêté (et qui était dans ma pal depuis un ou deux mois, le temps passe si vite...).
J'ai été touchée par cette histoire tragi-comique, car la plume de Teulé à beaucoup de panache ma foi ! La pauvre marquise de Montespan n'a rien pour elle, à part sa beauté et sa grande voracité : elle ne nous apparaît pas du tout sympatique cette mère qui accepte d'abandonner sa petite fille âgée de 3 ans et qu'elle ne reverra pas.

Montespan nous apparaît comme l'homme de la farce dont tout le monde se moque, y compris les auteurs de l'époque, tel Molière, qui relance le récit de l'Ampritryon dans une pièce qui fait les choux gras de la cour. On a envie qu'il la laisse tomber cette Françoise/Athénaïs et qu'il refasse sa vie avec une autre !!! Notons aussi qu'on en apprend de belles avec les us et coutumes de l'époque : on rit, on grimace, certains passages sont très drôles, d'autres scatologiques, polissons et effrontés, ou même émouvants. J'ai passé un bon moment de lecture, même si après les premières pages, je me suis demandée comment Jean Teulé allait s'y prendre pour nous tenir en haleine avec son histoire de cocu. Et bien non, le temps passe bien vite, les courts chapitres sont rondement menés, et on est pressé de lire la suite, de Paris aux Pyrénées où Montespan, l'époux inséparable (quoique séparé) est maintenu à résidence de longues années durant lesquelles il va trimballer partout où il pourra passer, le deuil de son amour.

La bénédiction inattendue - Yoko OGAWA



Le livre

Date de Parution : 2000
Titre original : Gūzen no shukufuku
Editions Actes Sud en 2000 pour la traduction française
Traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle
190 pages

Le sujet

7 nouvelles sur le thème de l'imaginaire, où l'on découvre que le fantastique est en notre coeur et notre âme.

1) Le royaume des disparus
Un écrivain avoue que lorsque l'inspiration lui échappe, elle s'enfonce dans une épaisse forêt où l'attendent les disparus.

2) Plagiat
Un écrivain se souvient de la mort de son jeune frère, de sa rencontre avec une femme qui lui inspira son premier succès littéraire.

3) L'échec de mademoiselle Kiriko
Uns femme se souviens d'une ancienne domestique qui avait le don de retrouver des onjets disparus.

4) Edelweiss
Un écrivain aborde un inconnu en train de lire un de ses romans, mais cet inconnu a un comportement étrange : son manteau est cousu de poches qui contiennent tous les livres qu'elle a écrit et se met à la suivre partout, comme un fantôme familier.

5) Lithiase lacrymale
Un jour de pluie, une femme se perd dans une ville qui semble être déserte, à la recherche de la clinique vétérinaire pour son chien, alors qu'elle désespère d'arriver à temps, un conducteur inconnu la prend en stop, et soigne le chien avant de disparaître.

6) L'atelier d'horlogerie
Un écrivain assimile son travail d'écriture à celui d'un horloger.

7) Résurrection
Une femme se fait enlever une boule qui a poussé sur son dos et perd la parole.


Le verbe
La situation financière de ma tante semblait de plus en plus précaire. Le rythme de sortie des choses de la maison se précipita. Lampe à vitraux, sculpture en bronze, service à thé chinois, manteau de fourrure, cabinet anglais, koto, bijou et boîte à bijoux, lit de la chambre d'amis...
Chaque fois que j'allais la voir, il y avait toujours une nouvelle cavité. Ces espaces vides ne cessaient de s'étendre avec une énergie telle qu'ils envahissaient toute la maison. (p.33)
Mon complément
Après ce livre, il ne me reste qu'un seul roman d'Ogawa à découvrir. Autant dire que ces instants sont précieux. Je les savoure. Tout comme j'ai aimé être dans la lecture de ces 7 précieuses nouvelles, inspirées par l'étrange, l'imagination. L'écrivain est bien entendu au centre des thèmes, comme souvent chez Ogawa : la création, ce qui y conduit, aiguise l'inspiration de mon auteur préféré.

Ecrit la même année que le Musée du silence, La bénédiction inattendue aborde plusieurs autres thèmes chers à Ogawa : l'eau, les collections, la disparition, les liens avec la famille (frère, enfant, parent), la natation (on trouve le personnage champion de natation qui sera évoqué de nouveau dans la nouvelle "Backstroke" appartenant à l'oeuvre Les paupières - 2001).

Notons un lien entre les différentes histoires : Appolo le chien dans Edelweiss, Lithiase lacrymale, et L'atelier d'horlogerie,

Avec Ogawa, le fantastique côtoie le réel, on peut basculer en une seconde dans l'inconnu, l'absurde, l'impossible, voire la folie.

Avec Ogawa, l'impossible est une promesse.

Le voyage de l'éléphant - José SARAMAGO




Le livre
:
Date de Parution : 2008
Titre original : A viagem do elefante
Editions Caminho (Portugal)
Paru en Français en 2009 aux éditions du Seuil
Traduction par Geneviève Leibrich
215 pages

Le sujet
:
1551-1553, de Belem à Vienne, l'épopée de l'éléphant Salomon offert par Joao III, le roi du Portugal à Maximilien, l'archiduc d'Autriche.
Le cortège qui accompagne le pachyderme, composé de la suite autrichienne, des hommes de main, de la garde militaire et de Subhro le cornac, va devoir affronter le désert, la mer, les montagnes avant de parvenir à destination au rythme du pas pesant mais néanmoins optimiste de Salomon, rebaptisé Soliman par ses nouveaux propriétaires.


Le verbe :
Qu’en pensez-vous, quelle idée vous suggère cet animal, se décida enfin le roi à demander au secrétaire, dans sa recherche d’une planche de salut qui ne pouvait venir que de ce côté-là, La beauté ou la laideur, sire, sont seulement des notions relatives, pour la chouette même ses petits sont beaux, ce que je vois ici, pour prendre ce cas particulier d’une loi générale, c’est un exemplaire magnifique d’éléphant asiatique, avec tous les poils et toutes les mouchetures imposés par sa nature et qui enchantera l’archiduc et éblouira non seulement la cour et la population de vienne, mais aussi les gens du commun partout où il passera. Le roi soupira de soulagement, Je suppose que vous avez raison, J’espère avoir raison, sire, si de l’autre nature, la nature humaine, j’ai quelque connaissance, et si votre altesse me le permet, je me hasarderai aussi à dire que cet éléphant avec ses poils et ses mouchetures va se transformer en un instrument politique de premier ordre pour l’archiduc d’Autriche, s’il est aussi astucieux que ce que j’ai pu déduire des preuves qu’il a fournies jusqu’à présent, Aidez-moi à descendre, cette conversation me donne le vertige. Avec l’aide du secrétaire et des deux pages, le roi réussit à descendre sans difficulté majeure les quelques échelons qu’il avait gravis.
Mon complément :
Voilà exactement le genre de livres qui fait plaisir à lire, qui "respire" l'intelligence, le goût, la dérision, le tout dans un emballage digne de ce nom : un roman épique où chaque page recèle un trésor, si ce n'est une perle.

Nous découvrons l'aventure selon le point de vue d'un narrateur omniscient : nous connaissons le passé, le présent ; les précisions ainsi apportées soulignent l'ironie de situation, ou la tragédie d'une autre.

Si le fond est riche en réflexions et pensées, José Saramago nous offre une forme assez singulière, laquelle peut surprendre, voire troubler ; je me suis pourtant assez vite habituée à faire ma petite gymnastique car la ponctuation est fantaisiste (je serais curieuse de connaître la raison de ce choix) :
  • il n'y a aucune majuscule, exception faite en début de phrase : les noms propres en sont donc privés,
  • il n'y a pas de retour à la ligne lors d'un changement de personnage, même pour les dialogues.
Enfin un mot sur le fond de cette histoire pour le moins étonnante : un tel voyage s'est-il réellement produit comme l'indique à la fin du livre José Saramago ? Je veux y croire. C'est une très belle histoire toute en finesse d'observation des moeurs de cette époque, et des suivantes...

Liens externes :