Eternels - Alyson NOËL




Le livre
:
Titre original : The immortals - Evermore
Date de parution : 2009
Traduction française par : Laurence Boischot et Sylvie Cohen
Editions Michel Lafon
340 pages


Le sujet
:
Ever, une jeune fille qui a survécu à un dramatique accident de voiture, est hantée par sa petite soeur Riley qui vient chaque jour lui tenir compagnie et tombe sous le charme de Damen, un étrange garçon auprès duquel elle peut enfin se départir de son don post-accident : celui de deviner la pensée de son entourage.


Le verbe :
- Ce n'est pas à moi.
- Ah bon ? Il y a une autre Ever dans la classe ?
Quoi ?
Je prends le papier qu'elle me brandit sous le nez, et constate qu'elle dit vrai. "Ever" est vraiment écrit dessus, de l'écriture très reconnaissable de Damen. Je ne comprends rien, je n'ai aucune explication logique. Mais je sais ce que j'ai vu.
Les mains tremblantes, je déplie un coin après l'autre, en prenant soin d'en lisser les plis. Et là, le souffle coupé, je découvre un petit dessin - le croquis extrêmement précis d'une magnifique tulipe rouge. (p 82)
Mon complément :
Devenue orpheline à la suite d'un accident de voiture dont elle se sent responsable, Ever, 16 ans et demi, la plus jolie fille de son lycée quitte sa ville pour s'installer chez sa tante, une jeune avocate riche et célibataire qui fait tout pour l'installer confortablement et lui prodiguer un minimum d'affection malgré son travail prenant. Mais Ever est tourmentée : depuis son réveil après l'accident, elle est devenue une sorte d'extralucide, visualisant des auras autour des gens, capable de voir les morts, de capter les pensées de ses camarades, de tout savoir d'eux si elle a la mauvaise idée de les frôler. Aussi, elle entreprend de se réfugier régulièrement dans une sorte de bulle calfeutrée dans son sweat-shirt à capuche "XXXXL" et vissée à ses écouteurs qui diffusent une musique abrutissante, seul équipement possible pour l'isoler un peu de la pensée des autres. Bien entendu, avec un tel accoutrement, elle fait partie des bizarres, des laissés-pour-compte comme Haven la copine gothique ou Miles, le bon copain attiré par les garçons.

Arrive au lycée, Damen, un beau ténébreux de 17 ans, émancipé, vêtu comme un top model, magnétique, sûr de lui, qui afffole plus ou moins toute la classe et qui entreprend de l'approcher elle, alors qu'elle ne veut en aucun cas entrer en contact avec lui. Elle se méfie de lui et préfère garder ses distances même s'il est le seul capable de lui apporter un peu de sérénité, de la rassurer et de créer du silence en la touchant, de lui apporter un peu de cette normalité qui lui manque : il n'a pas d'aura, elle ne peut deviner ses pensées, bref, il n'est pas "normal" et c'est ce qui est préoccupant !

Roman lu (dévoré ?) en une journée. Je l'avoue, les pages se tournent toutes seules, même si le roman aurait gagné à être plus concis avec moins de scènes un peu trop récurrentes à mon goût : l'arrivée en voiture au lycée et la place de parking, les coups bas des pestes de la classe, les fleurs offertes qui sortent de nulle part, ...les "je t'aime-je t'abandonne". J'ai tout de même été déçue par la lecture car je me faisais une autre idée de ce livre : j'attendais plus d'actions, plus de connivence entre les héros.

Il y a un petit air de Twilight sans les vampires ni les loups-garou, mais avec des fantômes et des immortels, mais nous restons dans le milieu des ados, avec leurs problèmes, leur sexualité, leurs tentations, leur recherche d'eux-mêmes, les rapports avec leur famille, le contact de l'autre, cet inconnu... Mention particulière pour les scènes touchantes et même amusantes sur les relations entre Ever et Riley, les deux sœurs incapables de se passer l'une de l'autre tout en n'ayant aucun avenir en commun.

Un style d'écriture quand même très en dessous de celui de Meyer, et avec beaucoup moins d'humour que celui de Fantaskey ; cependant, après avoir lu quelques avis exprimés au sujet de tome 2, je dois avouer que je suis intriguée par l'évolution du petit couple formé par Ever et Damen et que je pourrais donc bien me laisser tenter par les suivre là où ils voudront bien aller. Je suis curieuse de lire comment la Miss va s'en sortir, même si j'éprouve plus de compassion pour le pauvre Damen (qui a bien du courage pour s'acharner à séduire une telle sceptique bornée).

Les nuits difficiles - Dino BUZZATI

Le livre :
Titre original : Le notti difficili (partie 1)
Date de parution : 1971
Traduction française par : Michel Sager
Editions Robert Laffont
180 pages

genre : nouvelles (26)


Le sujet :
Italie. 26 histoires de mort, folie, relativité du temps, chaos et magie.

1/ Le croquemitaine
Un homme convainc une ville entière de l'utilité d'anéantir le monstre qui hante la nuit.

2/ Solitudes
6 courts récits sur la solitude et la perception que nous en avons.

3/ Equivalence
Savoir ou ne pas savoir le temps qui reste avant notre mort. Question de relativité...

4/ L'écueil
Et si les pères se transformaient en pierre dans l'attente de leur fils perdu ?

5/ Personne ne croira
Comment exploiter une faille dans le continuum espace-temps.

6/ Une lettre ennuyeuse
Une femme avoue son crime en intercalant son aveu au hasard d'une longue lettre dans laquelle elle raconte ses menues activités à la campagne.

7/ L'influence des astres
Un homme rationaliste séjourne dans une ville consacrée à l'astrologie. Il y vit une journée très stressante après avoir lu son horoscope.

8/ Alias rue Sésostris
Dans un immeuble cossu, tout le monde a lair respectable jusqu'au jour où le propriétaire meurt, les identité se révèlent alors. Toutes ? C'est à voir...

9/ Contestation globale
Les vieux partent en guerre contre la mort qui vient les chercher. Est-ce bien raisonnable ?

10/ Trois histoires de Vénétie
Un chateau hanté, un envoûtement, un amour perdu.

11/ L'épuisement
Journée ordinaire d'un homme hagard et spectateur intime des faits divers dans le journal.

12/ Accidents de la route
3 récits sur des accidents :
- 5 jeunes gens brûlent dans leur voiture après un tonneau
- 5 jeunes jouent à la "fureur de vivre", ils perdent
- Une femme qui attend son fils depuis 20 ans se réjouit qu'à chaque accident son fils ne soit pas parmi les victimes.

13/ Boomerang
La loi des séries (une véritable démonstration de la Loi de Murphy !!!!)

14/ Monstres modernes
6 observations et réflexions sur les étrangetés qui nous entourent.

15/ Délicatesse
Un condamné à mort se fait expliquer par le directeur de la prison qu'il n'y a aucune raison de craindre celle-ci. Il suffit se répéter...

16/ Le médecin des fêtes
Appelez-le pour qu'il sauve vos soirées en panne de réjouissances !

17/ Histoires d'auto
7 courts récits sur les automobiles.

18/ La tour
Un homme entreprend d'élever une tour de guêt qui lui permettra de signaler le retour de l'ignoble envahisseur ; les années passent, il n'a rien vu venir et il apprend incidemment qu'ils sont pourtant venus à plusieurs reprises...

19/ L'honneur du nom
Un professeur de renom informe un bon vivant qui semble en catalepsie que son heure est venue. Cependant le lendemain, notre moribond se sent en pleine forme, cela ne saurait se concevoir, le maître a parlé, le maître DOIT avoir raison.

20/ L'ermite
Un ascète se morfond de n'être pas assez martyr, lors de la venue d'un émissaire de Rome, ce dernier lui explique qu'il pourrait trouver une béatification possible dans le péché...

21/ Cendrillon
Une jeune poliomyelitique est convaincue de se présenter à un concours de beauté. Dès qu'elle apparaît sur scène, les gens se moquent d'elle et la catastrophe peut commencer.

22/ Que se passera-t-il le 12 octobre ?
Faisons-nous partie de l'humanité qui se trouve dans le système planétaire A ou bien Z ? Z étant le système appartenant à un atome de mouche qui évolue dans le système A. Nous le saurons après le 12 octobre, lorsqu'un homme du système A écrasera la mouche dépositaire du système Z.

23/ Chez le médecin
Un homme valétudinaire se trouve d'un coup en excellente forem, il va chez son médecin qui lui apprend qu'il est mort.

24/ Les scribes
Des milliers de scribes travaillent pour le seigneur et maître jusqu'à l'âge de la retraite, le jour où le maître décide de garder jusqu'à la mort le scribe, il allime une petite lampre à côté de sa machine, mais voilà bien longtemps qu'il n'y a pas eu d'élu.

25/ Désirs erronés
3 petites histoires de ceux qui ont pris leurs désirs pour des réalités...impossibles.

26/ La croquette
Un vieil homme trouve un paquet dans lequel est enveloppé une croquette qui a l'air succulente, trop belle pour être saine.


Le verbe :
Mais sais-tu que le printemps fait craquer le bois des meubles anciens, des pilotis préhistoriques ? Même avec la fille du garde-barrière, il me trompait, à deux pas d'ici, à l'orée du bois, sur la voie ferrée. mais sais-tu que le printemps, à l'intérieur de moi aussi, fait sauter, je ne sais pas exactement où mais sûrement au plus profond des nerfs et des sens, fait sauter des sortes de ressorts qui sont restés, Dieu sait pourquoi, comprimés très longtemps. Tsic, tsic, j'ai la sensation que d'innombrables chardonnerets microscopiques qui nidifiaient dans les parties les plus secrètes de mon corps à l'omproviste font des bonds. Sensations infimes, à peine perceptibles, et pourtant si provocantes et suaves. Toi aussi ? Dis-moi, Elena chérie : toi aussi ? Ce fut très facile, tu sais. Il dormait avec son éternel sifflotement. J'avais trouvé une longue épingle, peut-être de ma grand-mère, de celles qui servaient à fixer les chapeaux sur la tête. Une belle grosse épingle.
(p 48, "lettre ennuyeuse", j'aime beaucoup !!!)
Mon complément :
En panne de pal (*), je me suis replongée dans mes anciens livres, mes compagnons de longues dates et je ressors avec bonheur, mon cher Dino.

J'adore les nouvelles, elles conviennent à mon rythme de lecture morcelé dû à ma manière de lire, par à coup, profitant de chaque instant libre, un peu comme quelqu'un court s'évader en fumant une cigarette (mais je lis moins souvent qu'eux, hélas).

Buzzati fut l'un de mes modèles, un auteur qui fait aimer la lecture (et l'écriture, ceci explique tout le reste).

A lire ou relire. Tout simplement.

(*) : pile à lire

Notes sur la mélodie des choses - Rainer Maria RILKE


 Le livre
:
Titre original : Notizen zur Melodie der Dinge
Date de parution : 1898
Traduction française par : Bernard Pautrat
Editions Allia (3 euros)
60 pages

Le sujet :
Une collection de textes courts extraits de Sämtliche Werke ou s'enchaînent des réflexions poétiques pour traduire l'observation et le ressenti des émotions.

Le verbe
:
Souviens-toi de gens que tu as trouvé rassemblés sans qu'ils aient encore partagés une heure. Par exemple des parents qui se rencontrent dans la chambre mortuaire d'un être vraiment cher. Chacun, à ce moment-là, vit plongé dans son souvenir à lui. Leurs mots se croisent en s'ignorant. Leurs mains se ratent dans le désarroi premier. - Jusqu'à ce que derrière eux s'étale la douleur. Ils s'asseyent, s'inclinent et se taisent. Sur eux bruit comme une forêt. Et ils sont proches l'un de l'autre comme jamais.
(extrait n° XIX)
cliquer pour agrandir


Mon complément :
Un petit livre indispensable, à offrir, et à s'offrir. Où l'inverse...
What else ?
Rainer Maria était alors âgé de 23 ans lorsqu'il a écrit ses textes.

Comment se débarrasser d'un vampire amoureux - Beth FANTASKEY






Le livre :
Titre original : Jessica's Guide to Dating on the Dark Side
Date de parution : 2009
Traduction française par : Elsa Ganeme
Editions Le masque
400 pages



Le sujet :
De nos jours. Jessica Packwood, une élève toute simple de terminale voit débarquer dans son lycée Lucius Vladescu, un étrange élève qui s'avère être son fiancé, mais pas n'importe lequel, c'est le descendant d'une des plus grande lignée de vampire de Roumanie et Jessica, qui s'appelle en réalité Antanasia Dragomir, représente le dernier maillon de l'autre famille. Les parents des deux jeunes sont morts et si Lucius a été élevé à la dure par ses oncles, Jessica a été prise en charge par une famille américaine qui est au courant du secret.
L'union des deux familles ennemies doit mettre fin à une guerre qui somnole depuis 17 ans, mais Lucius a beaucoup de mal à convaincre Jessica/Antanasia du bien fondé de cette entreprise...

Le verbe :
- Ce sera à Jessica de prendre sa décision, Lucius.
- Bien sûr. (Le sourire condescendant qu'arborait Lucius indiquait qu'il pensait le contraire.) Bon, où est-ce que je m'installe ?
- Pardon ?
Papa semblait ne pas avoir bien compris.
- Oui. Où vais-je dormir ? J'ai fait un long voyage et enduré ma première journée abrutissante dans ce prétendu "lycée public". Je suis épuisé.
- Tu ne comptes tout de même pas retourner au lycée ? protestai-je, prise de panique. C'est impossible !
- Bien sûr que j'irai au lycée.
- Comment as-tu fait pour t'y inscrire ? demanda maman.
- Je suis ici en tant qu'étudiant étranger pour le "programme d'échange", expliqua Lucius. Les Aïeux ont pensé qu'il serait difficile de justifier ma présence prolongée ici autrement. Comme vous pouvez le comprendre, les vampires n'aiment pas attirer les soupçons. Nous aimons passer inaperçus.
Passer inaperçus ? Avec une cape de velours en plein été ? Dans le comté le Lebanon, en Pensylvanie ? (p 45)
Mon complément :
Une histoire que j'ai lue avec beaucoup beaucoup d'intérêt : le rythme est assez prenant avec de courts chapitres qui laissent tour à tour la parole à Jessica, puis le point de vue de Lucius qui écrit à son oncle pour lui demander son avis ou de l'aide.

La première moitié du roman est consacrée à la tentative de persuasion de Lucius qui voit avec impuissance ses efforts anéantis, assiste au premier baiser de Jessica avec le petit voisin, bien gentil, et qui finit par déclarer forfait devant l'insousiance de sa promise. La seconde moitié voit Jessica tomber finalement amoureuse de son prince ténébreux, surtout qu'il semble s'être amouraché de la pom-pom girl-pétasse de la classe, son ennemie publique.

C'est bien simple, j'ai lu ce bouquin en quelques heures, c'est dire que j'ai passé un bon moment, il y a de l'humour ce qui n'est pas facile à transposer.

Mais il y a aussi un peu de gravité : le pendant entre la vie normale de Jessica, dans une famille aimante et la vie de fer de Lucius, parmi les Aïeux :

- Bien sûr qu'ils me frappaient, répondit Lucius comme si c'était normal. Maintes et maintes fois. Ils formaient un guerrier. Un dirigeant. Les rois ne deviennent pas rois avec des sucreries, des bisous et des câlins donnés par leur petite maman. Les rois arborent des cicatrices. Personne n'essuie tes larmes lorsque tu es sur un trône. Il vaut donc mieux ne pas avoir été élévé dans cette attente.
- C'est...c'est faux, objectai-je en pensant à mes parents qui étaient incapables d'exterminer les termites qui rongeaient la charpente de l'étable, alors l'idée qu'ils puissent frapper un enfant... Comment ont-ils pu te faire du mal ,
Lucius balaya d'un geste ce signe de compassion.
- Je n'ai pas évoqué la discipline stricte des Aïeux pour éveiller ta pitié. J'étais un enfant rebelle. Une forte tête. Difficile à contrôler. Mes oncles devaient me préparer à devenir un chef. Et ils l'ont fait. J'ai appris à accepter mon destin. (p 81)
Dans le même genre - et si vous êtes bon public de fantastique comme moi- vous pouvez tenter l'aventure Twilight à laquelle, j'ai (moi-aussi) succombé. Mon premier billet ici.

Zoé, la nuit - Iris CASTOR

Iris Castor, aka Laure Murat et Zrinka Stahuljak




Le livre

Date de parution : 2010
Editions JC Lattès
260 pages


Le sujet
Paris, 1889. Un aliéniste adepte du contrôle des naissances est retrouvé poignardé et émasculé. Vengeance ou oeuvre d'un fou ? Sur fond d'exposition universelle et du premier congrès international sur l'hypnotisme, la police enquête, mais bientôt, le cadavre d'un deuxième psychiatre est retrouvé mort en des circonstances identiques au premier.

Le verbe
Il y avait chez la marquise un élément solaire, irradiant, qui désarmait les plus gricheux. Ce rayonnement, Zoé l'attribuait à une science peu commune de la vie - et elle avait raison. (p.48)
Mon complément
Une idée de lecture trouvée il y a quelques mois dans l'un des magazines gratuits distribués dans les transports en communs parisiens ; j'avais été intriguée par l'époque et par le côté "enquête de police" et je l'ai donc acheté. Je ne vais pas m'attarder sur ce compte-rendu de lecture pour le moins décevant. Si l'intrigue et l'époque sont prometteuses, la lecture ne fut pas trop réjouissante, heureusement que je n'ai pas suivi ma première idée d'offrir ce livre comme c'était mon intention !

Non, vraiment, les personnages sont trop caricaturaux et manquent d'un petit je ne sais quoi qui aurait pu les rendre attachants. De plus, il y a trop de digressions, de passages professoraux qui font ressembler le roman à un cours pour nous expliquer les techniques abordées : photographie, hypnotisme, électrothérapie, ... comme si le lecteur était inculte. Le roman perd alors son rythme, et son intérêt, puisqu'il ressemble un peu trop à un documentaire ou une leçon de choses.

Zoé, l'héroïne est pourtant pleine d'allant sur sa bicyclette avec ses pantalons bouffants, mais elle manque d'épaisseur.

J'ignore à qui se livre pourrait plaire, dans le même genre, mieux vaut lire les enquêtes de Claude Izner qui se situent au même endroit et à la même période, mais avec des personnages fictifs qui dispensent les auteurs de trop développer les personnages historiques, ce qui a, de mon point de vue, pour effet de casser un peu - beaucoup-, le rythme du récit.

Embrasement de la Tour Eiffel
pendant l’Exposition universelle de 1889
Georges Garen, 1889

Aux bords du Gange - Rabindranath TAGORE




Le livre
:
Titre original : Mashi
Date de parution : 1925
Traduction française par : Hélène Du Pasquier
Editions Galimard / Folio
100 pages


Le sujet :
6 nouvelles entre rêve et légendes indiennes.

1/ Le squelette
Le fantôme d'une jeune femme vient raconter son histoire à un insomniaque.

2/La nuit suprême
Un homme et une femme, amis d'enfance, se retrouvent ensemble lors d'une épouvantable nuit de tempête.

3/ Le gardien de l'héritage
Un avare finit par ensevelir vivant un enfant afin qu'il devienne le gardien de son trésor.

4/ La clé de l'énigme
Un homme décide de reprendre le bénéfice des terres que son père a inconsidérément octroyé à des nécessiteux.

5/ La soeur ainée
A la mort de ses parents, une femme prend en charge son petit frère héritier dont son mari veut se débarrasser.

6/ Aux bords du Gange
Une jeune veuve est attirée par un religieux qui ressemble étrangement à son défunt mari.


Le verbe :
Les femmes saisissent très vite les voies de l'amour. Sasi s'aperçut immédiatement que Joygopal ne s'intéressait nullement à Nilmani. Aussi prit-elle l'habitude de cacher son frère de son mieux, de le tenir à l'écart du regard froid et distant de son mari. L'enfant devint ainsi le trésor auquel elle se consacrait en secret, l'objet de son affection solitaire.
(p 84, "La soeur ainée")
Mon complément :
Un petit Folio lu en un aller-retour d'une journée de travail, qui m'a permit de découvrir Tagore : j'ai été sous le charme de son style grâce à la première histoire, à tel point que je lirai certainement la prochaine un roman plus conséquent !

Mansfield Park - Jane AUSTEN





Le livre

Titre original : Mansfield Park
Date de parution : 1814
Traduction française par : Denise Getzler
Editions 10/18 domaine étranger
500 pages

Le sujet
Angleterre. Portsmouth, la jeune Fanny Price, 10 ans, quitte ses parents et ses nombreux frères et soeurs car elle est prise en charge par son oncle Sir Thomas Bertram, époux fortuné de sa tante Maria. A Mansfield Park, sa nouvelle résidence, Fanny va désormais apprendre à vivre loin des siens, se familiariser avec sa nouvelle parenté : son oncle si impressionnant, sa tante Maria, si insouciante, son autre tante Norris, si méchante, et ses cousins et cousines : Tom (17 ans), Edmond (16 ans), Maria (13 ans) et Julia (12 ans). L'intégration dans ce petit monde fortuné n'a d'autre but que de l'instruire, et de lui permettre une autre vie car sa propre famille a du mal à joindre les deux bouts.
Les années passent, au cours desquelles Fanny trouve en Edmond plus qu'un frère : un confident irremplaçable.

Le verbe
On la conduisit dans un petit salon, de dimension si modeste qu'elle crut tout d'abord que ce n'était qu'un couloir qui donnait sur quelque chose de plus grand, aussi demeura-t-elle un moment à attendre qu'on l'invitât à avancer ; mais quand elle s'aperçut qu'il n'y avait pas d'autre porte et vit sous ses yeux des marques d'habitation, elle rassembla ses esprits, se reprit, craignant qu'ils n'eussent soupçonné ses pensées. Sa mère ne resta toutefois pas assez longtemps pour soupçonner quoique ce fût. Elle était à nouveau à la porte d'entrée pour accueillir William. (p.406, lorsque Fanny revient chez ses parents qu'elle n'a pas revus depuis 8 ans !)
Mon complément
Voici de mon point de vue, l'histoire la plus poignante de Jane Austen : il y est question d'une petite fille en quelque sorte "adoptée" par ses oncles et tantes. Elle quitte donc sa famille pour s'installer à Mansfield Park, à environ 160 km de sa ville natale. Dans sa nouvelle demeure, elle se heurte à l'indifférence de tous, seul son cousin Edmond son ainé de 6 ans lui témoigne une réelle affection et devient son intime.

Sa tante Lady Bertram n'est préoccupée que de ses petits chiens, et laisse l'éducation de ses filles au bon vouloir de sa soeur Norris, épouse du révérent qui officie à Mansfield Park. Maria et julia se comportent avec leur jeune cousine comme de petites pestes hautaines et moqueuses.
Elles ne manquèrent pas de regarder de haut leur cousine lorsqu'elles s'aperçurent qu'elle ne possédait que deux ceintures bouffantes et n'avait jamais appris le français, et, quand elle découvrirent que le duo qu'elles avaient eu la bonté de jouer ne l'avait que peu impressionnée, elles se contentèrent de lui faire généreusement don de leurs jouets les moins appréciés, et de la laisser dans son coin, tandis qu'elles partaient s'adonner au divertissement favori du moment, confectionner des fleurs artificielles ou gâcher du papier doré. (p.18)
Les choses bougent un peu à Mansfield : Fanny a 15 ans, Sir Thomas part pour s'occuper de ses affaires à Antigua, et tandis que ses filles se moquent de son départ, Fanny en est toute peinée. L'oncle restera quand même absent plus d'une année !


Puis le révérend meurt et la tante Norris laisse le presbytère aux époux Grant pour s'installer dans une petite maison aux alentours. Au bout de 3 chapitres nous retrouvons Fanny en jeune fille, aimable, respectueuse, qui ne songe qu'à faire ce que l'on attend d'elle, jamais d'éclats, même si quelque chose lui déplait. Elle estime et craint beaucoup son oncle Thomas, un homme d'affaire qui semble assez ignorant des injustices qui se déroulent sous son toit, en effet Fanny est continuellement remise à sa place, essentiellement par le comportement général de la famille vis à vis d'elle : elle ne sort jamais, n'est jamais invitée nulle part en compagnie de ses cousines qui n'ont que deux et trois ans de plus qu'elle, reste continuellement en compagnie de sa tante Bertram, une femme lymphatique, fatiguée de ne rien faire et de ne penser à rien sauf à elle-même.
Sa tante Norris surtout a envers elle un comportement odieux car elle n'arrête pas de la rabaisser tout le temps.

Ma parole, Fanny, vous avez grandement de la chance d'être l'objet de tant d'attentions et de marques de complaisance ! Vous devriez témoigner la plus grande reconnaissance à madame Grant qui a songé à vous, et à votre tante qui vous permet de vous rendre au presbytère, et cela devrait vous apparaître comme une chose extraordinaire : car j'espère que vous vous rendez compte qu'il n'y a aucune raison réelle pour que vous vous joigniez ainsi à cette compagnie, ou que vous soyez du tout invitée à dîner ; et comptez bien que cela ne se reproduira plus. (p.235, où Fanny 18 ans quand même est invitée au presbytère, à 800 mètres de Mansfiel Park, sa tante Norris en est toute mortifiée !!!)
L'arrivée des Grant amène la soeur et le frère de madame Grant : Mary Crawford et monsieur Crawford, deux jeunes gens fortunés qui viennnent semer un peu le trouble de la petite vie pépère de Mansfield park. Alors que Mary tombe amoureuse d'Edmond mais se refuse à devenir le femme d'un clergyman peu fortuné, Crawford jette son dévolu sur Maria, fiancée à un homme sot mais riche, feint d'être attiré par Julia, pour finalement courtiser la pauvre Fanny qui n'a que faire de ce soupirant dont elle se méfie et qu'elle a du mal à estimer.

Tandis qu'Edmond est déçu par le comportement de Mary Crawford car il sent qu'elle prend ses distances malgré leur estime commune, Fanny est désespérée car elle ne peut répondre à l'offre de mariage de Crawford qu'elle n'aime pas.

Non ma chère, pareille idée ne me viendrait pas à l'esprit, en un moment où une offre comme celle-ci se présente à vous. Je me passerai de vous, si vous épousez un homme qui possède comme monsieur Crawford une si belle demeure. Et il faut que vous vous rendiez compte que c'est le devoir de toute jeune femme que d'accepter une offre aussi irréprochable que celle-là. (p.356)
Tous les ingrédients sont distribués pour permettre à Jane de nous mitonner sa recette préférée, à savoir une bonne petite comédie dramatique des plus relevées, saupoudrée d'ironie, liant le tout grâve à l'observation sans concessions des comportements des individus, plus portés par leurs devoirs et les convenances que par leur véritables affections.

Comme je le disais en début de ce paragraphe, j'aime infiniment cette histoire que je trouve la plus émouvante de toutes car elle met en scène le destin d'une petite fille arrachée à sa famille. Elle se retrouve au sein d'une famille qui ne lui porte aucune affection, mais au contraire lui fait ressentir sa différence, vis à vis de ses cousines notamment. Certes, elle vit dans une belle demeure, mange à sa faim, est bien habillée, mais sa solitude serait infinie s'il n'y avait la sollicitude de son cousin Edmond que je trouve extrêmement attachant.

Mention particulière pour le portrait de la tante Norris, que Jane égratigne avec beaucoup d'inspiration.

Et pour finir ce billet, un extrait qui m'a bien amusée :

"Ecoutez ce que j'ai à vous dire, Fanny, et c'est plus que je n'en ai fait pour Maria, la prochaine fois que mon carlin aura une portée, je vous donnerai un de ses chiots." (p.356, où Lady Bertram promet un petit chien à Fanny parce qu'elle a été demandée en mariage)

The Bower Meadow par Rossetti
Ainsi s'achève ma présentation des 6 romans de Jane Austen auxquels j'ai consacré un site me permettant de mieux les présenter :

Northanger Abbey - Jane AUSTEN




Le livre

Titre original : Northanger Abbey
Date de parution : 1818
(livre achevé par l'auteur en 1803, avertissement de l'auteur en préface)
Traduction française par Josette Salesse-Lavergne
Editions Christian Bourgois (10-18)
267 pages

Le sujet

Catherine Morland, 17 ans, influençable, sensible et crédule, aime à s'identifier aux héroïnes des romans gothiques dont elle aime à se repaître. A l'occasion d'un séjour à Bath en compagnie du couple Allen, de vieux voisins et amis de ses parents, elle fait connaissance des Thorpe et se lie d'amitié avec la jeune Isabelle Thorpe, puis rencontre un jeune clergyman, Henry Tilney (25 ans) au cours d'un bal durant lequel il se montre charmant. Tinley est bientôt rejoint à Bath par sa soeur Eléonore, et leur père, le général Tilney. Quelques semaines plus tard, Catherine est invitée par les Tilney à séjourner dans leur propriété de Northanger Abbey, ce qu'elle accepte avec un empressement non dissimulé, autant attirée par le nom de l'endroit que par les secrets qu'elle imagine y trouver.

Le verbe
- Ce gentleman m'aurait vraiment mis hors de moi s'il était resté avec vous trente secondes de plus. Il n'a pas à détourner de moi l'attention de ma cavalière. Nous avons passé vous et moi un contrat de mutuelle amabilité l'espace d'une soirée, et pendant que tout ce temps, l'amabilité de chacun de nous appartient exclusivement à l'autre. Nul ne peut imposer à l'attention de l'un sans insulter les droits de l'autre. Je vois la contredanse comme un emblème du mariage. La fidélité et l'obligeance y sont également les devoirs principaux, et les hommes qui ne désirent ni danser ni se marier n'ont point à s'occuper des cavalières ou des femmes de leurs voisins.
- Mais ce sont là des choses si différentes...
-...qu'on ne peut pas les comparer, pensez-vous.
- Certes. Les gens qui se marient ne peuvent plus jamais se séparer. Ils doivent au contraire sortir ensemble ou rester ensemble chez eux. Les gens qui dansent, eux, ne font que rester face à face pendant une demi-heure dans une grande salle.
(p.83, où Henry est bien fâché que le jeune Thorpe ait abordé Catherine comme si elle lui appartenait et il se met à délirer sur le mariage, j'ai trouvé ce passage irrésistible de drôlerie !! surtout quand on connaît la suite)
Mon complément
Ce livre parle, avant tout (d'après moi), de l'importance de la lecture dans son influence sur notre vie quotidienne : dès le début, Jane Austen apostrophe le lecteur en le prenant à témoin de ce qu'elle va écrire ou ne pas dévoiler, puis le récit est largement parsemé des raisons qui déterminent une longue description ou un bref développement. Très vite, nous adhérons au rôle qui nous échoit : être au spectacle.
Et quel spectacle !

Catherine aime les livres qui évoquent les jeunes héroïnes maltraitées, persécutées, dans le genre de celles d'Ann Radcliff (Les Mystères d'Udolphe) : Jane exprime là son point de départ pour matière de son inspiration et traduit toute sa sagacité.

Son séjour à Bath en compagnie des Allen la fait entrer dans la société d'une ville à la mode : elle y découvre les plaisirs du shopping, celui des promenades en ville ou en intérieur dans des salles telles que la Pump Room.
la "Pump room" à Bath
Peu après son arrivée à Bath, alors qu'elle ne connaît personne, elle se lie d'amitié avec Isabelle Thorpe, la fille d'une ancienne amie d'enfance de Mme Allen. Isabelle Thorpe la comble dans sa solitude, elles partagent le même goût pour la littérature des romans "noirs" fabriqués pour impressionner le lecteur. Puis Catherine fait la connaissance d'Henry Tinley, le cavalier qui lui est présenté lors d'un bal, elle tombe sous son charme sincère, et elle est si heureuse que ce jeune homme semble apprécier sa compagnie, de même que sa jeune soeur Eléonore.

Dans le même temps arrive l'impitoyable John Thorpe, incroyablement sûr de son charme qui pourtant est assez balourd : il se présente comme le prince charmant, mais lui impose trop sa propre volonté : faire ceci, dire cela, Catherine n'est pas si dupe : elle sent bien que quelque chose cloche et décide assez rapidement de prendre ses distances avec ce jeune homme bien présomptueux.

Les liens entre les Morland et les Thorpe risquent cependant de se resserrer dans la mesure où le frère de Catherine, le beau James et Isabelle sont épris l'un de l'autre et annoncent leur prochain mariage.

Histoire de prendre un peu de distance avec Bath et parce que rien n'est immuable, Catherine voit d'un très bon oeil l'invitation qu'elle reçoit des Tinley à venir passer quelques semaines chez eux, à Northanger Abbey où elle estime qu'elle pourra tour à tour assouvir sa soif d'aventure, pénétrer dans un monde, des lieux qu'elle imagine formidables, et dans le même temps se rapprocher d'Henry qui semble si attentionné envers elle.

Northanger Abbey ! Ces mots étaient tellement impressionnants que Catherine en connut une véritable extase. Elle parvenait à peine à garder son calme en exprimant toute sa reconnaissance et sa joie.
.../...
Contempler, explorer les remparts et le donjon de l'un ou le cloître de l'autre. Etre plus que le visiteur d'une heure lui avait paru trop proche de l'impossible pour qu'on se risquât seulement à le désirer et c'était pourtant là ce qui allait se produire. (p.151-153)
Nous en sommes à la moitié du livre voyez-vous, et déjà nous ne voulons pas aller dormir sans savoir la suite ! Le séjour à Northanger Abbey est des plus amusants : d'abord effrayée par Henry qui lui décrit avec force détails une maison complètement étrange et hantée, Catherine est surprise par la grandeur et le confort de la maison de ses hôtes. Tout le monde est parfait, même le père de ses deux nouveaux amis est affable et semble ne souhaiter que son bien-être. Mais Catherine ne peut ôter de son esprit qu'avec tous ses mystérieux corridors, ses chambres impossibles à visiter, le général Tinley doit bien cacher un secret inavouable.

On nage en plein délire et on en redemande, d'autant que la suite est parsemée de quelques coups de théâtre bien vaudevilesque. Catherine est le personnage principal de ce roman, je l'aime beaucoup et je ne la trouve pas si irréfléchie vu son âge (17 ans) et les principes de son éducation : une grande liberté parmi une fratrie nombreuse, des parents cordiaux. Je trouve Henry pas mal du tout, et même moderne : il est observateur, lecteur lui aussi, il ne déteste pas ce qu'aime Catherine et il la complimente souvent.
-Vous ressentez, comme toujours, ce qui fait honneur à la nature humaine. Il faut que de tels sentiments se fassent clairement jour pour qu'on en ait soi-même conscience. (p.226)
Voilà ce que je souhaite écrire ce soir sur ce roman, je me garde de dévoiler trop de choses pour conserver un peu de suspens mais je me devais d'écrire au moins cela car ce livre n'est pas, au final, ce que j'imaginais à la lecture de certaines critiques : ni la 4ème de couvertue, ni le fait de savoir qu'il s'agit d'une parodie des romans gothiques (alors appréciés à l'époque où Jane a imaginé cette histoire) ne peut suffire à expliquer à quel point ce roman est intelligent, drôle, et toujours "classe", même si dans cette histoire nous avons affaire à quelques coureurs de dots fort bien attrapés par leur vénalité.

Emma - Jane AUSTEN





Le livre
Titre original : Emma
Date de parution : 1815
Traduction française par : Josette Salesse-Lavergne
Editions Christian Bourgois (10-18)
550 pages

Le sujet

Angleterre, début du 19ème. Village de Highbury dans le Surrey, à 18 km de londres. Au départ de sa chère Miss Taylor, qui fut sa gouvernante, confidente et amie , la jeune Emma Woodhouse, 21 ans, fait la rencontre d'Harriet Smith, une jeune fille de 17 ans, une petite orpheline, et s'entête à lui trouver un mari qui lui permettra de s'élever dans la société. George Knightley, 37 ans, un vieil ami de la famille n'approuve guère les divagations d'Emma et préfèrerait qu'elle s'en tienne à ses propres affaires.

Le verbe
Je devais taire mes sentiments tant que vous vous demeuriez indécise, mais je n'hésite plus à vous approuver en vous voyant si nettement résolue. Chère Harriet, je suis vraiment ravie. J'aurais été tellement malheureuse de vous perdre ! Je ne vous ai rien dit tant que vous n'aviez pas pris de décision, car je ne voulais pas vous influencer, mais ce mariage nous aurait forcément séparées. Jamais je n'aurais pu aller rendre visite à une Mrs. Robert Martin d'Abbey Mill Farm, mais à présent, je suis assurée de vous garder toujours pour amie.
Harriet n'avait pas du tout soupçonné le danger qu'elle courait et elle fut bouleversée rien qu'en y songeant.
- Vous n'auriez pas pu venir me voir ! s'écria-t-elle, stupéfaite. Non, bien sûr... C'aurait été impossible, mais je n'y avais pas pensé. Mon Dieu, ç'aurait été trop affreux ! Je l'ai échappé belle ! Chère Miss Woodhouse, je ne renoncerais pour rien au monde au plaisir et à l'honneur d'être de vos intimes. (p.65)
Mon complément
J'ai choisi cet extrait entre quelques autres relévés car je le trouve édifiant : il exprime en quelques mots toute la fragilité des relations : Emma serait donc prête à abandonner son amie sous pretexte qu'elle est "mal mariée", c'est à dire mariée à un gueux, un fermier, indigne de sa condition.

Cet extrait explique aussi que mes débuts avec la lecture d'Emma ont été difficiles car Emma ne me paraissait pas très sympathique, voire carrément antipathique. Mais l'hostilité ressentie est de courte durée, car Jane est très habile : elle prend le lecteur à témoin et nous entraîne dans son spectacle. Nous réagissons, et nous nous perdons avec bonheur dans le labyrinthe de ce roman.

Pauvre Emma, obligée de tenir compte de l'avis de son père, un homme valétudinaire qui est absolument contre tout mariage qui pourrait lui enlever ses chers intimes ! Du coup, Emma, qui désire plus que tout ne pas contrarier le pauvre homme, a décidé de ne jamais tomber amoureuse.

Après avoir désiré marier son amie Harriet au curé du coin, elle lui trouve un nouveau prétendant par ailleurs secrètement fiancé à une autre jeune fille, pour finir par entendre de la jeune impudente que celle-ci est amoureuse de son chez ami Knightley !

Cette révélation choque tellement Emma, très souvent interpellée "notre héroïne" (une appellation un peu désagréable je l'avoue) qu'elle se rend compte que c'est lui l'élu de son coeur.

Elle se rendait clairement compte qu'elle aimait Mr. Knightley, mais depuis quand lui était-il si cher ? Quand avait-il pris dans son coeur une place que Franck Churchill y avait occupée pendant une courte période. Elle essaya de se remémorer le passé et compara l'estime qu'elle portait à chacun des deux hommes depuis sa rencontre avec Franck Churchill. (p.471)
Je peux le confimer à mon tour : Emma est un très beau roman, toujours élégant, souvent humoristique, parfois moralisateur (dénonciation des travers et de la fatuité d'une certaine société).

On peut, semble-t-il, se passer de danser car on a vu des jeunes gens rester des mois et des mois sans assister au moindre bal et ils n'en ressentaient aucun trouble physique ou moral sérieux. Pourtant, lorsqu'on a commencé et lorsqu'on a goûté une fois au plaisir d'évoluer vivement sur une piste, il faut que ces débuts aient été bien tristes pour ne pas vous donner envie de récidiver. (p.283)
Est-il nécessaire de rappeler à quel point Jane m'est précieuse ? Je ne crois pas. Et je suis souvent prête à tomber sous le charme désuet des amants qui font leur cour si délicatement !

Couverture du livre : Beata Beatrix par Rossetti