J'écume

L'unique ascenseur de l'immeuble est momentanément hors d'usage. Je prends connaissance de cette tuile en arrivant dans le hall d'entrée. Ce n'est pas pour m'arranger : je reviens des courses et tiens deux lourds sacs au bout des bras sans compter mon sac à dos dans lequel j'ai fourré le maximum ; tout cela commence à peser sur ma colonne. Je me sens exténuée et pour me donner du courage pendant la montée, je n'arrête pas de songer à ce que je vais faire une fois passé le seuil de la porte, quelque chose que je retiens depuis trop longtemps à tel point que l'envie me taraude à m'en faire baver. Soudain une ombre repousse ma joie au fond de ma conscience : en avais-je mis au frais ?
Car, je dois bien l'avouer, je déteste la bière tiède.
texte écrit en 2006 pour "Paroles plurielles" (Coumarine) avec l'incipit "L'unique ascenseur de l'immeuble est momentanément hors d'usage."

Portait chinois en 10 caractéristiques

taguée par la Palatine, voici quel pourrait être mon portrait chinois :
  1. un objet : 
  2. un crayon
  3. un voyage
  4. le Japon
  5. une chanson
  6. Amen Omen de Ben Harper que j'écoute beaucoup en ce moment
  7. une série TV
  8. The Avengers (Chapeau melon et bottes de cuir)
  9. un roman
  10. Jane Eyre (j'aime l'héroïne et le héros !)
  11. une gourmandise
  12. de très bons chocolats
  13. une peur
  14. mourir après mes enfants
  15. un petit bonheur
  16. un verre de Champagne
  17. un film doudou
  18. Persuasion (avec Rupert Penry-Jones)
  19. une personne célèbre
  20. Yoko Ogawa (que j'aimerai rencontrer)

Carnivàle (HBO, 2003)


  • Création : Daniel Knauf
  • Genre : fantastique
  • Année : 2003 à 2005
  • Durée : 2 saisons : 24 épisodes en tout (1h chaque)
  • Langue : anglais
L'histoire
États-Unis, durant la catastrophe décennale des tempêtes de poussière (Dust Bowl) des années 30. A la mort de sa mère, le jeune Ben Hawkins (Nick Stahl) exproprié, trouve refuge dans une troupe de cirque ambulant dirigée par Samson (Michael J. Anderson).
Samson et Ben
D'étranges rêves et visions tourmentent Ben, par ailleurs effrayé par son pouvoir de guérison qu'il ne peut expliquer. Dans une autre contrée, le révérend Justin Crowe (Clancy Brown), charismatique mais mentalement perturbé (illuminations divines et auto-flagellation sont un peu son quotidien), devient la proie du démon suite à une sorte de "révélation". Sur fond de croyance, de confréries secrètes, de pouvoirs occultes, de racisme, délire mystique et j'en passe, Ben et Justin sont tous deux à la recherche d'une destinée qu'un certain "pouvoir" occulte semble connaître pour eux, à tel point que leurs rêves même sont manipulés.
Ben et Justin se croisent dans un premier temps dans leurs rêves
Bientôt, les deux hommes sont, chacun pour des raisons différentes à la recherche d'un certain Henry Scudder (John Savage), le père de Ben, qui a basculé dans le côté "obscur" de son pouvoir.
Les deux hommes sont l'incarnation actuelle de deux "maisons" : l'ombre qui répend le mal parmi les hommes, et la lumière qui soigne, rassure et ressuscite ; chacun va tenter d'éliminer l'autre.

Développement
L'histoire en plus
Au fil des épisodes, on découvre les personnages, leurs histoires, leurs capacités, leurs intéractions.
  • Samson (Michael J. Anderson) est le chef de la petite troupe
  • Ben (Nick Stahl) il doit apprendre à connaître et gérer son pouvoir
  • Ruthie (Adrienne Barbeau), la charmeuse de serpent, elle aime Ben (mais elle approche la cinquantaine) et son fils Gabriel (Brian Turk), une sorte d'Hercule en force mais simplet
  • Ruthie et Ben
  • Sofie (Clea DuVall) qui lit les tarots à travers la voix de sa mère, grabataire et télépathe
  • le professeur Lodz (Patrick Bauchau) aveugle et télépathe, il cherche à approcher Ben mais n'a pas la conscience (ni la morale) très nette
  • Lila (Debra Christofferson) la femme à barbe et amante de Lodz
  • Gecko (John Fleck) l'homme serpent
  • les soeurs siamoises acrobates (Karyne et Sarah Steben)
  • de nombreux autres "freaks" ,...
  • et Management (Linda Hunt), le propriétaire du cirque qui reste toujours dans son container car il est horriblement mutilé (défiguré, manchot et cul de jatte), il donne ses instructions à Samson et semble savoir beaucoup de choses sur Ben et son pouvoir (il a le même).
Acteurs sous le projecteur
  • Michael J. Anderson vu dans Twin Peaks, film et série ou encore dans Mulholland drive.
  • Nick Stahl joue John Connor dans Terminator 3, Le soulèvement des machines
  • Patrick Bauchau joue Sydney le mentor de Jarod dans la série "The Pretender (Le caméléon)"

Intérêt C'était bien parti ! Cette série mettant en scène les freaks était au moins originale. Deux hommes au pouvoir mystérieux dont ils ignorent l'origine partagent d'épouvantables visions, des gens plus ou moins bien intentionnés apparaissent pour leur servir de mentor. Et des mystères tout au long de la caravane... Hélas, cette série prévue sur 6 saisons n'en propose que 2 car la chaîne en a arrêté la production (en cours de route si j'ose dire).

La première saison est la plus fouillée et intéressante : les bases sont jetées, les personnages nombreux. Pour la deuxième saison, le rythme change, quelques explications sont esquissées via des visions de falshback, mais on voit bien que le temps presse et que 12 épisodes ne sont pas de trop pour avancer dans l'histoire.

Il est dommage que cette série ait été stoppée dans son élan car de nombreuses explications ne sont pas données. Nous sommes clairement dans une série qui démontre combien les gens sont prêt à croire à n'importe quoi pourvu que cette nouvelle "croyance" leur apporte des solutions à leur problème. C'est bien fait, la musique est prenante, les dialogues pas trop bêtifiants, les acteurs tout à fait crédibles, sales dans cette ambiance poussièreuse qui est celle du carnaval ou bien proprets pour les sédentaires. Une série qui déplaira sans doute aux amis cartésiens que la magie indiffère ou tout ce concerne dieu et le diable, les fans de fantastique seront comblés par la galerie des personnages qui nous est proposée. Tout le monde ne manquera pas de se poser des questions sur la capacité à décider de notre destin, du libre-arbitre etc...

Mon passage préféré, qui est aussi le plus mystérieux, est à Babylon, la ville ou les morts sont toujours vivants...
à Babylon, les morts sont prisonniers éternellement
Personnellement, je ne crois pas à la magie mais j'aimerai bien qu'elle existe parfois ! Par contre, je crois au pouvoir de l'esprit, et l'imagination n'a aucune limite !

J'aurais bien aimé une histoire plus étoffée et abouttie entre Ben et Sofie bien évidemment.
Ces deux-là avait plus à partager, ou à s'avouer, que ce qu'on nous donne à la fin.
spoiler :
[d'autant qu'ils se sont aimés, on peut imaginer qu'un enfant va naître de cette union, etc...]

Par ailleurs, Scudder n'a pas l'ai si terrible malgré son pouvoir, il l'est presque moins que "Management", comme quoi la frontière est ténue entre les deux maisons. Il manque bien entendu la génèse de toute cette croyance, sans parler du lien avec Saunières-Rennes le Chateau, de quoi embrouiller encore plus la piste.

Ah ! quelle dommage que cette histoire n'ait pas été poursuivie, cela ne m'étonne pas que les spectateurs aient manifesté pour que la série reprenne, mais hélas, on reste un peu sur notre fin !

Let's shake some dust est le signal de départ de la caravane que donne Samson. Une poussière qui est retombée trop vite.

1-Le fantôme de la bibliothèque

Les premiers temps, j'ai eu du mal à m'adapter. Le tunnel était assez long et je m'y suis retrouvé seul. Je n'étais pas du tout rassuré car j’avais des difficultés à avancer et j’étais quasiment devenu aveugle. J'ai donc mis du temps à en émerger. Et puis ils m'ont bien accueilli, ils m'ont demandé ce que je voulais faire, ce que je désirais plus que tout au monde. Enfin dans ce nouveau monde là.

J'étais surpris, je ne savais pas très bien quoi répondre. J'ai réfléchi et je me suis souvenu. J'ai répondu que je voulais retourner dans cette belle bibliothèque du marquis de K. entrevue dans mon jeune temps. Je me souvenais y avoir vu tant de merveilles assoupies que c'est cet instant qui est venu se déplier comme une évidence dans les sursauts de ma première volonté. Je vis bien que mon souhait fit sourire.

L'un d'eux haussa même un sourcil tout en griffonnant sur son cahier mais j'obtins ce que je voulais. Peu de temps après, je me retrouvais à l'endroit exact auquel j'avais songé. C'est étrange car je ne me souviens pas des détails du voyage. J'ai cligné des yeux et soudain je suis retombé sur le tapis moelleux de la bibliothèque. Il n'y avait personne, j'avançais à pas feutrés vers les rayonnages.

Ils étaient un peu plus hauts que dans mon souvenir, mais très vite je sus comment faire avec mes nouvelles capacités. Ils avaient fait ce qu'ils avaient pu pour moi dans ces circonstances et je dois bien avouer que cela aurait pu être pire. Je suis doté d'une agilité sans pareille et d'une rapidité redoutable. Je suis surtout bienheureux d'être là, de pouvoir aller et venir dans cette grande maison où je règne en maître.

Tout le monde prend soin de moi, me caresse, me dorlote. Le jour, je dors ou je joue comme un enfant, seul ou avec la petite demoiselle. La nuit, je file dans mon royaume de pages, j’y poursuis mon aventure, aussi libre que j'ai pu l’être de mon vivant. Je n’efface pas tous mes souvenirs, mais ils ressemblent désormais à une carte postale écornée, déposée dans un petit recoin de mon âme.

Je suis arrivé ici une nuit de pleine lune. Ils m’ont dit que j’avais neuf vœux à faire. La bibliothèque est mon premier. J’ignore encore combien de temps je reste là, je ne m’en soucie pas. Parfois je frémis en voyant mon soyeux pelage qui phosphore doucement dans le reflet de la fenêtre. Je me trouve beau malgré tout. Je dois même avouer que ma félicité est au-delà de toute espérance.
Eric Beddows

Hidden (BBC, 2011)


  • Réalisation : Niall MacCormick
  • Scénario : Ronan Bennett
  • Genre : thriller
  • Année : 2011
  • Durée : saison 1 : 4 épisodes d'1h
  • Langue : anglais
L'histoire
Londres. Harry Venn (Philip Glenister), un avocat dont la clientèle est surtout constituée de petits délinquants et trafiquants, divorcé et proche de la cinquantaine, reçoit la visite de Gina Hawkes (Thekla Reuten), une avocate qui travaille pour un grand cabinet et qui lui offre une belle somme d'argent pour qu'il retrouve un homme qui pourrait innocenter son client. Venn baigne dans un milieu de caïds, mais il cache surtout un drame douloureux : témoin impliqué dans un casse qui s'est terminé dans un bain de sang 20 ans aupravant, il est continellement hanté par son passé et incapable de faire le deuil de son grand frère. Lorsqu'il interroge le client de Gina Hawkes, celui-ci lui laisse entendre que son frère, de même que son complice de l'époque, ne sont pas morts. Harry Venn vient de mettre le pied dans une sombre machination politique menée par un puissant industriel incarné par James Morpeth (Matthew Marsh), lequel n'hésite pas à commander l'assassinat de ceux qui ne coopèrent pas à son schéma via une organisation de tueurs.


Développement

L'histoire en plus Harry Venn est un genre de héros "à la Chandler" : son bureau fait plus penser à celui d'un détective privé qu'à un avocat sérieux. On fait sa connaissance tandis qu'il largue sa petite amie du moment et que Gina attend patiemment que la scène de séparation s'achève. Quand Harry, appelé "H" par ses amis, aperçoit Gina, il en tombe pour ainsi dire tout de suite amoureux et malgré une sorte d'alchimie manifeste entre eux, il ne se passera rien du tout, sinon un mutuel et cordial attachement.
H (Philip Glenister) et Gina (Thekla Reuten)
Si Harry est hanté par les scènes de son passé que l'on voit à l'écran, son rôle est alors interprété par l'acteur Christopher Webster, Gina s'imagine elle aussi des scènes du passé : en particulier, l'assassinat de sa mère, une avocate elle aussi.

Au fil des épisodes, on apprend que H et Gina désirent tous deux découvrir le commanditaire des assassinats qui les lient : le frère d'Harry et son complice devaient abattre un homme mais ils ont tous deux été blessés avant de succomber à leurs blessures, le même jour, les parents de Gina sont morts dans ce qui ne fut pas vraiment un accident.
Gina fut élevé par Sir Nigel Fountain (David Suchet, LE Hercule Poirot), un grand avocat amis de ses parents. Celui-ci, bien que non impliqué dans la machination qui se prépare, en est averti, et tente par tous les moyens dont il dispose, de sauver sa fille adoptive qui se retrouve à son tour ainsi que Harry, la cible de l'organistation de tueurs.

La phrase
(j'ai choisi un moment assez drôle)
- Sir Nigel : How much do you know about Gina ?
- H : Well, a lot less than I'd like to. I mean professionally speaking.
- Sir Nigel : She's my daughter.
***
- Sir Nigel : Connaissez-vous bien Gina ?
- H : Et bien, pas autant que je le voudrais, je veux dire, professionnellement parlant.
- Sir Nigel : C'est ma fille.
Intérêt Une nouvelle série qui a du ressort bien que j'ai trouvé un peu pénible le mouvement saccadé de la caméra, c'est drôle comme les réalisateurs s'imaginent des techniques censées stimuler l'imagination : on a effectivement l'impression de pulsion mais personnellement, je préfère une image plus "propre". Pas terrible par exemple ces effets de "gros plans" des images télévisées et pixelisées, à quoi ça sert ?

Passé ce détail, j'ai aimé le jeu des acteurs : Philip Glenister, bien que fort marqué par son âge et ses excès reste assez séduisant pour que l'on se permette de penser qu'une belle jeune femme comme Thekla Reuten puisse être attitrée par lui.
Il y a donc l'aspect "court après-moi que je t'attrape" tout au long de la mini-série qui n'est pas désagréable.

Beaucoup de personnages par contre, il n'est pas facile de se rappeler "qui est qui" dans la liste des truants et autres manipulateurs. Le contexte et le fil conducteur est la manipulation des foules ou comment s'imposer en créant le chaos organisé, vaste question philosophique s'il en est ! Londres est soumis à des émeutes sur un fond de scandale lié au premier ministre, dont l'opposant est un jeune politicien promis à un bel avenir mais qui est lui aussi manipulé. Au final, c'est un peu l'histoire de l'arroseur arrosé.

Une série certes complexe, mais qui tient en haleine grâce aux fêlures des protagonistes : on a tous envie de comprendre et de résoudre avec eux le mystère qui les entoure.

Y aura-il une saison 2 ?

Je l'espère ! Car on achève la saison 1 avec un cliffanger tout à fait passionnant.
Spoiler :
[Refusant de dire à la police dans quoi il vient d'être impliqué : tentative d'assassinat du 1er ministre, Harry est accusé d'avoir participé à la tuerie 20 ans auparavant et est incarcéré, Gina s'offre à être son avocate, puis Harry rencontre enfin son frère qui, comme il commençait à s'en douter, n'est pas mort 20 ans auparavant, mais a "disparu de la circulation" pour intégrer la puissante organisation de tueurs, c'est lui qui sauve à plusieurs reprise son frère des tentatives d'assassinat auxquelles H réchappe. Lorsqu'il offre à son frère de s'évader et de le rejoindre (Mark a pris la place d'un gardien), Harry décline la proposition en répondant qu'il a un bon avocat.]

Le temps n'est qu'illusion

Loin de cette assemblée, je n'avais soudain plus peur. Mon cœur récupérait ses battements lents, je reprenais mes esprits et me mis à rire. Rire nerveusement, me moquant de moi-même, car après tout, ce n'était pas moi l'objet des innommables tortures entrevues… Dans la pénombre de cette salle des ancêtres, je distinguais enfin la chance que j'avais eue. Tel Alice au pays des merveilles (je n'ai pourtant jamais rêvé d'être une blonde ah ça non !), j'avais vécu des heures, des instants absurdes. Et toujours cette impression de sauter d'un moment à l'autre, d'un delirium à l'autre…

Soudain, une pensée angoissante se glissât sournoisement dans mon apparente normalité : m'avait-on vu quitter la basilique ? L'idée d'être rattrapé ici même, dans cette salle sereine, par des gnomes malins et infâmes ne me disait rien qui vaille. Etourdi par cette vision, je décidai de repartir en arrière pour vérifier. J'entrepris de parcourir le couloir en courant, d'escalader l'escalier escarpé, pour débouler sur la colline où la pluie m'attendait. Une pluie fine, drue et froide, comme pendant la mousson…

Un jour bleuâtre et velouté de la lune descendait dans les intervalles des arbres et poussait des gerbes de lumière jusque dans l'épaisseur des plus profondes ténèbres…

Je pensais apercevoir la silhouette de la basilique, se découpant sur le ciel marine comme une ombre chinoise mais plus rien ! Avais-je donc rêvé ? Je poursuivais mon chemin, de plus en plus sûr de moi. D'un coup, je n'étais plus effrayé par quoi que ce soit, je me sentais la force d'un chevalier, j'oubliais que je n'avais pas d'armure… Tout en m'approchant, je distinguais une bâtisse, une auberge plus précisément. Celle-ci portait un nom amusant : "Le caillou". Il y avait de la lumière. De plus en plus intéressé, je m'approchais des fenêtres pour regarder à l'intérieur.

C'est à ce moment là que j'ai vu des jeunes gens trempés qui venaient sans doute de se mettre à l'abri. Je me regardais et me rendis compte que j'avais l'air d'un démon, mes habits étaient des lambeaux, mes cheveux étaient sales, mes mains étaient rouges et toutes écorchées comme si je m'étais roulé dans les ronces. Je ne pouvais décemment pas entrer ainsi au milieu de cette assemblée déjà fort éprouvée.

En levant les yeux, je vis un escalier extérieur qui menait sans doute à l’étage, à une pièce où j'espérais trouver de quoi me rendre figure humaine. Je montai donc, et me retrouvais dans une chambre. Après avoir pratiqué quelques ablutions, je revêtis le seul vêtement laissé là et qui, ma foi, me convenait assez… Ainsi, dans le miroir, je ressemblais à une sorte de moine encapuchonné dont le visage exprimait la douleur personnifiée. Puis je réalisai que j'avais grand soif et grande faim ! Tandis que je me disais que je n'avais pas envie de ressortir dehors pour descendre, j'aperçus l’escalier intérieur…

Je commence à descendre… et mes amis que vois-je ! Une assemblée horrifiée qui me regarde comme si j'étais le dernier des vivants ! Alors je me mets à crier d'une voix d'outre tombe : "Mais que diable l'aubergiste ! Fait péter le jaja, on n’est pas à l’enterrement !

Pour y comprendre quelque chose à ce texte, il faut connaître l'aventure de Monsieur D., une incroyable histoire écrite en 2005 sous l'initiative de mon oncle Dan (qui n'est pas vraiment le mien), le site n'existe plus.

Après minuit

Au matin, le verre était vide, comme prévu. J'en fus à la fois surprise et effrayée. La vision de Miss Marple me murmurant sur un ton qui ne laissait la place à aucune question me revint alors en mémoire et je frissonnais sous mon édredon. Tout autour de moi, la pièce était telle que la veille, les rideaux du baldaquin tombaient négligemment, mes vêtements retirés à la hâte étaient froissés sur la bergère, les volets que je n'avais pas eu le courage de fermer laissaient entrer la lumière rose de l'aube qui donnaient à ma chambre la couleur d'une joue d'enfant.

Je soupirai car il fallait que je sorte du lit où je venais de passer les heures les plus étranges de ma vie, à faire un rêve digne d'un film de David Lynch où l'ordinaire passe les frontières du réel sans tenir compte des repères, sans compter sur les certitudes. Après une rapide toilette dans la salle de bain attenante, je descendis vers la salle à manger, moitié impatiente, moitié anxieuse de ce que j'allais y rencontrer. Il était là, exactement comme Miss Marple me l'avait annoncé, sévère et attentif à mon entrée. Après les présentations d'usage, un cours échange sur mes références et l'objet de mon mémoire, nous attaquâmes le déjeuner matinal. J'avais l'estomac encore serré mais l'odeur du café et celle des muffin m'ouvrit l'appétit. Après quelques minutes de silence, il rompit notre accord tacite par la question que je redoutais : "Avez-vous bien dormi" ?

Je baissais la tête et je crois qu'il ne fut pas dupe de mon embarras. J'acquiesçais timidement en espérant qu'il n'allait pas poursuivre la conversation sur ce sujet. Je ne voulais pas avouer que ma nuit avait été une course poursuite sur des toits en carrelage, ou dans des forêts hideuses aux arbres nomades, que je n'avais pas du tout aimé la photographie aperçue dans ma chambre qui représentait un étrange château difforme, d'où sortait une main qui tentait d'attraper un oiseau.
Alain X
Je savais que c'était l'œuvre de son fils bien aimé, Miss Marple me l'avait avoué tout en me prévenant que si je voulais que son fantôme me laisse tranquille après minuit, il me fallait laisser bien en évidence un grand verre de lait sur la table de nuit.

Bien entendu, je l'avais écoutée.

texte écrit en 2006 pour "Paroles plurielles" (Coumarine) avec illustration imposée et ambiance surréaliste avec l'incipit "Au matin, le verre était vide".

The Little Girl Who Lives Down the Lane / La petite fille au bout du chemin (1976)


  • Réalisation : Nicolas Gessner
  • Genre : thriller
  • Année : 1976
  • Durée : 1h30
  • Langue : anglais
L'histoire
Canada, la nuit d'Halloween. Rynn Jacobs (Jodie Foster) fête ses 13 ans dans la maison qu'elle habite seule. Son père, l'écrivain et poète Lester Jacobs et elle, ont quitté l'Angleterre pour s'installer dans ce coin reculé ; malade, l'homme avait tout organisé pour que sa fille, qui était tout pour lui, puisse rester indépendante et hors d'atteinte de sa mère qui est partie alors que la petite n'avait que 3 ans. Après la mort de son père, Rynn reste seule mais bientôt, Madame Hallet (Alexis Smith) la propriétaire de la maison, s'impose, de même que Franck (Martin Sheen), son fils, un homme connu pour son goût pour les petites filles.
Franck (Martin Sheen) et Rynn (Jodie Foster)
Ron Miglioriti (Mort Shuman)

Rynn voit le piège se refermer sur elle jusqu'à l'arrivée de Mario (Scott Jacoby), le neveu de Ron Miglioriti (Mort Shuman), le policier du coin. Bien que méfiante la plupart du temps, Rynn va finir par se reposer entièrement sur le jeune homme, plus mûr et plus âgé qu'elle, mais ayant gardé assez de fantaisie pour comprendre le besoin d'indépendance qui l'anime.
Mario (Scott Jacoby) et Rynn
Les deux jeunes unissent leurs efforts contre la société des adultes qui ne pensent qu'à imposer leurs désirs.
Tea-time pour Franck et Rynn

Développement
Adaptation du roman de Laird Koenig (sorti en 1973) qui écrivit le scénario
deux couvertures du roman
L'histoire en plus spoiler entre les crochets :
[Dans la cave de la maison, sous le tapis de la salle à manger, Rynn dissimule le corps de sa mère venue lui rendre visite et qu'elle a empoisonnée sans le vouloir, pensant juste la calmer un peu, suivant en cela les conseils de son père. Lorsque la propriétaire insiste pour descendre à la cave, elle voit le corps mais la trappe se referme sur elle et elle meurt d'une commotion (voir photo). Rynn doit ensuite cacher la voiture de Mme Hallet qui est garée dans l'allée et n'arrivant pas à la démarrer, elle demande l'aide d'un jeune qui passe, il s'agit de Mario ; le jeune homme va partager son secret : le père se sentant mourir s'est avancé dans la forêt pour ne plus revenir, il avait tout prévu pour que sa fille puisse vivre seule durant les 3 prochaines années : loyer payé, argent en travellers chèques (le père et la fille viennent d'angleterre). Mario ne la juge pas et va aider Rynn à enterrer les deux corps, se faire passer pour son père pour donner le change un jour où la police insiste pour voir le maître de maison (voir photo). Lorsque Franck découvre dans la cave des objets qui n'ont pas à y être (pince à cheveux, un ongle rouge vif, Rynn est résolue à se suicider avec le poison qui reste, mais Franck méfiant, imagine que sa tasse de thé est empoisonnée et l'échange avec celle de Rynn, c'est Franck qui meurt, exactement comme la mère de Rynn quelques mois plus tôt.]

La phrase
I’d have to stay alone, keep out of trouble and make myself very small in the world.
(Je devais rester seule, éviter les ennuis et me faire toute petite pour ne pas me faire remarquer)
Rynn seule au monde
Intérêt Voilà un film que je voulais voir depuis longtemps et je suis comblée, je savais qu'il y avait une ambiance sulfureuse autour de ce film que mes parents ne voulaient pas que je voie à l'époque, maintenant je comprends.
On ne peut qu'être envoûté par cette histoire qui me touche énormément, pas tellement sur l'aspect "prédateur sexuel" de Franck qui se voit déjà vivre une double vie avec elle, ce qui est bien évidemment immonde, mais plutôt sur la volonté et la détermination de la jeune fille. C'est très beau, très pur surtout, cette force qui l'anime pour survivre en un monde hostile aux enfants seuls.

J'ai également remarqué la durée de 3 ans : la mère de Rynn l'abandonne à cet âge, et il faut encore 3 ans à Rynn pour vivre officiellement indépendante, son père a laissé une lettre-testament qui fait peut-être allusion à son émancipation.

Coup de coeur pour la musique. Rynn écoute souvent un disque sur sa platine, Chopin : le concerto n° 1.



Un film à voir !
autres affiches

The Pale Horse (2010)

UNE ENQUÊTE DE MISS MARPLE


  • Réalisation : Andy Hay
  • Genre : policier
  • Année : 2010
  • Durée : 1h30
  • Langue : anglais
L'histoire
Miss Marple (Julia McKenzie) est bouleversée d'apprendre l'assassinat de son vieil ami le père Gorman (Nicholas Parsons) qui venait juste de recueillir les dernières confessions d'une certaine Mme Davis. Juste avant de mourir, il avait envoyé à Miss Marple une liste de noms lui promettant une explication qu'il ne put jamais donner. L'inspecteur Lejeune (Neil Pearson) enquête et Miss Marple est bien décidée à apporter toute la lumière sur cette affaire pour venger son cher ami. Lors d'une discrète visite chez la défunte, elle trouve, cachée dans un soulier, la même liste de noms qu'elle a reçu du père Gorman sur un papier à l'enseigne de la pension "Pale Horse" et décide d'y séjourner.
Paul Osbourne (JJ Feild, vu dans Northanger Abbey et aussi Mort sur le nil), le voisin de Mme Davis affirme à Miss Marple qu'il a vu, peu avant la mort de Mme Davis, un étrange monsieur portant une cicatrice en forme de lune sous son oeil droit. Lorsqu'elle arrive à l'hôtel, Miss Marple aperçoit l'homme en question mais il est en chaise roulante, est-ce une fabulation ?
haut : séance de magie noire pour que la mort vienne chercher son dû
bas : Miss Marple et Paul Osbourne (JJ Feild)

Développement
Adaptation du roman d'Agatha Christie



L'histoire en plus Une histoire tout à fait terrifiante qui mêle les paris sur le décès d'individus et la magie noire dans un village où survivent les dernières sorcières, de quoi en perdre son latin ! Miss Marple va découvrir une véritable organisation pour qui la vie et la mort n'est qu'une question d'argent.


Intérêt Toujours sous le charme infini des séries policières anglaises, une sorte d'addiction !

Twin banana

J'ai trouvé dans mon panier à fruit ces bananes siamoises,
elles ont été mangées par les deux bouts.

L'ours et la poupée (1970)


  • Réalisation : Michel Deville
  • Scénario : Nina Companeez
  • Genre : comédie
  • Année : 1970
  • Durée : 1h25
  • Langue : français
L'histoire
A la suite d'une soirée bien arrosée, Félicia (Brigitte Bardot) s'est fait racompagner par son soupirant du moment Reginald (Xavier Gélin). A présent, elle doit aller rechercher sa voiture en banlieue et demande à son ancien mari Ivan (Daniel Ceccaldi) de l'accompagner. Mais Félicia est frivole et distraite autant que superbe : aucun homme de lui résiste. Aucun ? c'est sans compter Gaspard (Jean-Pierre Cassel) avec qui elle rentre en collision. L'homme, assez distrait lui aussi, voit d'un mauvais oeil cette femme prête à tout pour le rendre dingue.
Gaspard resiste autant qu'il peut à la poupée Félicia

Développement
La phrase
-Arthur : Il y a au moins deux mois que Maman n'est pas venue me voir. Elle se fiche de moi cette femme.
-Gaspard : Est-ce que tu as écrit à Grand-mère ?
-Arthur : non.
-Gaspard : Donc tu ne l'aimes plus.
-Arthur : Si moi je n'aime plus Grand-mère ? Mais t'es fou !
-Gaspard : Pourquoi tu ne lui écris pas ?
-Arthur : J'y pense pas.
-Gaspard : Et bien ta mère c'est pareil, les autres sont comme comme toi, ni mieux ni pire.
-Arthur : Toi t'es mieux.
-Gaspard : Oui, mais on n'en fait plus. Allez ! au lit !
Gaspard et sa petite famille
Arthur, son fils et les 3 cousines hébergées dans la maison

Intérêt J'adore ce film. Je l'ai vu 100 fois, j'ai usé une VHS spécialement customisée avec des photos du tournage, j'ai maintenant un dvd, c'est l'une de mes comédies préférées.
Félicia (Brigitte Bardot) et Gaspard (JP Cassel)
J'aime les acteurs principaux que je trouve tout à fait irrésistibles, ils avaient à cette époque 36 (elle) et 38 ans (lui) et je les trouve très bien assortis.

Brigitte Bardot est magnifique dans son rôle de poupée (robe de soirée Christian Dior en lamé argent)
La poupée et son univers snob et superficiel
et Jean-Pierre Cassel tout à fait charmant dans son rôle d'ours. Qui plus est, son personnage joue du '"gros violon" comme le dit si bien la poupée et c'est mon instrument préféré !
L'ours, son violoncelle et sa petite famille tranquille
Beaucoup d'humour dans ce film que je connais par coeur, j'aime particulièrement la scène où la petite Julie (Sabine Haudepin) sort de la voiture et demande à Gaspard s'il va épouser la maîtresse d'école de son fils, Gaspard, piqué lui rétorque que "non" en démarrant et la gamine hurle dans la rue "suborneur" choquant en cela les passants (et rentrant les fesses).
"Suborneur"
Julie (Sabine Haudepin)
J'aime aussi la maison, MA maison pour tout dire, du moins celle que je pourrais acheter un jour. Une maison en coins et recoins, des escaliers labyrinthes et un jardin de fleurs
MA maison (idéale)
J'aime aussi Gaspard en "papa" poule, le petit déjeuner en commun, les veillées tous ensemble dans le salon. J'aime bien globalement le souffle des années 70 qui je pense, me ramène à ma propre enfance. Et puis, dans cette forme de conte de fée qui est un peu comme les autres, l'ours se transforme en prince à la fin, à moins que la poupée ne consente à être enfin naturelle.
Connaissez-vous la fable de l'ours et de la poupée ?
Une très bonne comédie qui oppose deux êtres qui n'ont rien en commun et qui ne sont pas du même monde : la mondaine en Rolls et le bohème en "deuche", mais qui ne fait pas oublier le propos féministe aussi : la femme poursuit l'homme qui se dérobe. Elle lui explique que les préjugés qui veulent que la femme doive attendre que l'homme fasse le premier pas sont idiots et doivent être dépassés. C'était tout à fait dans l'air du temps à cette époque.

A LIRE : Histoires de tournages

Agnosia (2010)


  • Réalisation : Eugenio Mira
  • Genre : thriller
  • Année : 2010
  • Durée : 1h50
  • Langue : espagnol (vu en fr)
L'histoire
Barcelone, 1899. Joana Prats (Bárbara Goenaga), la fille de l'inventeur et industriel Artur Prats (Sergi Mateu) souffre d'agnosie, une étrange maladie neurologie qui affecte les sens de la vue et de l'ouïe, ce qui la rend incapable de reconnaître "qui est qui" dans son entourage. Seules, les couleurs lui facilitent la vie et chaque membre de la maisonnée arbore une corcade bien visible pour lui permettre d'identifier son interlocuteur.
La maladie de Joana date du jour où Prats fit une démonstration de sa nouvelle invention optique : un téléobjectif capable d'être adapté sur un fusil. Suite à l'accident de sa fille, il décida que cette invention ne serait pas produite et refuse obstinément d'en révéler le secret de fabrication, encore moins de le vendre, alors que son ancienne assistante (Martina Gedeck) insiste pour l'obtenir. A la mort de son père, Joana semble être la seule détentrice de ce secret, elle serait peut-être capable de le confier à la seule personne de confiance qui lui reste : Carles, son fiancé qui était également le bras droit de son père ; Carles, ou quelqu'un qui lui ressemble étrangement...

Développement
L'histoire en plus Le docteur Meissner (Jack Taylor) qui soigne Joana préconise un enfermement de 3 jours dans une totale isolation visuelle et phonique, c'est durant ces 3 jours que Joana va être la marionnette de la machination organisée pour lui soutirer le renseignement qu'elle détient. Vicent (Eduardo Noriega, vu dans L'échine du diable), qui ressemble à son fiancé sera le maillon n° 1 de cette chaîne diabolique qui s'enroule autour de la jeune femme, mais celui-ci, déjà amoureux, est bien décidé à ne pas laisser passer sa chance, de même qu'il est bien décidé à la sauver.
Joana et Vicent (Eduardo Noriega)
Intérêt Un film qui mêle le suspens et l'esprit "cabinet de curiosité" entre l'invention optique révolutionnaire
et la maladie de Joana, pas mal rendue grâce à une déformation visuelle et accoustique des effets cinématographiques

J'ai trouvé superbe la pièce de confinement réalisée pour la "retraite" de Joana toute de noire vêtue (l'une comme l'autre). Très belle aussi l'histoire d'amour entre Joana et son "écuyer".

Un film qui vaut pour son étrangeté et son suspens aussi (non non je n'ai pas tout raconté, juste l'essentiel).

A voir !

Autres affiches (que je trouve très réussies)