08 mai 2019

[JIACO] Ecrire est une matière vivante

Je suis un chien qui s’ébroue. Débarrassé de mes parasites, je peux sentir une forme d'extase, infime mais manifeste. Parfois, je m’enfonce dans cette forêt qu’Ogawa arpente, sans le vouloir car je n’ai rien prévu ; mes mains sont d'ailleurs vides. Quelques idées me poursuivent comme des bêtes ou se cachent au fond de ma tête, elles resurgiront plus tard. Ces équipées me stimulent et me giflent, m’enivrent et me fouettent. Je me sens comme une enfant qui passe la tête par la fenêtre.

Je tresse des mondes qui n’existent que pour moi, je les emmêle, les déforme, leur élasticité m’étonne à chaque fois. Je cherche à déchiffrer la carte qui tapisse ma conscience. Je prends mon stylo du bout des doigts. Je voudrais des citrouilles et des feuilles endormies sous les roues d'un vélo d'automne qui dévale jusqu'au plan d'eau. J’ai beau savoir que la plupart des souvenirs sont déformés par le temps comme l’anamorphose de la tasse, certains me semblent aussi nets que l’image reconstituée alors que d’autres n’y voient qu’une déformation approximative. Beaucoup de souvenirs surgissent d’ailleurs d’une manière tout à fait inattendue. Autrefois, je m’asseyais au bord du lit de ma mère en lui demandant de m’écouter. Je lui lisais un poème qui ne semblait pas l’émouvoir autant que moi. Je ne m’en désolais pas car elle m’encourageait, mais au fond, j'avais l'impression que personne ne pouvait comprendre mes paroles. Ce monde étouffé voulait germer mais n'était qu'une expérience, comme celles que font les enfants qui arrosent des haricots enfouis dans du coton.

Ecrire est une matière vivante.

illustrations : © http://melkadel.com/