11 avril 2026

[JOURNAL] Les écuries d'Augias

A la suite du carnet d'un voyage intérieur, rédigé comme prévu du 19 avril 2024 au 18 avril 2025, j'ai commencé un nouveau carnet qui fut terminé fin 2025, suivi par le carnet actuel commencé en janvier 2026. Dans ces carnets, j'écris un peu ce qui me passe par la tête, c'est souvent l'occasion de décrire une visite, une rencontre, une idée particulière, j'y note des remarques parfois personnelles, des anecdotes que j'illustre avec des images, papiers découpés avec une paire de ciseaux crantés qui donne à l'image découpée la forme d'un timbre.

Début avril, j'ai commencé un autre carnet, spécial, dédié aux souvenirs ou aux émotions liées à mon père et pour le moment j'y écris chaque jour, car chaque jour son souvenir vient me frôler comme les ailes d'un papillon. Lorsque je me pose, que je regarde en moi, je vois une coquille vide, une huitre qui a perdu sa perle, c'est douloureux. J'ai l'impression que tout ce que j'ai créé avant de très personnel est à présent périmé.

Ce matin j'ai eu envie de modifier ma photo d'avatar et j'ai choisi une peinture que je trouve très belle et qui me ressemble depuis que j'ai décidé de laisser mes cheveux naturels, c'est à dire "poivre et sel", et que je les ai coupés car ils m'arrivaient "à la taille". Je ne regrette pas du tout cette décision et suis même heureuse d'avoir cette tête que je trouve belle, malgré les signes de l'âge.

Le printemps est signe de renouveau et je vais dans les prochains jours m'atteler à faire le tri : éliminer certains habits d'hiver que je ne remettrai plus, vérifier ce qui me manque pour la belle saison, donner des livres, jeter des papiers d'archives, purger mes écuries d'Augias de tout ce qui encombre car j'ai besoin d'atténuer mon empreinte.


Image de mon avatar 2026 : Alexander Roslin

03 avril 2026

[PATRIMOINE] Maison de Georges Clemenceau


Il y a quelques semaines, j'ai eu l'occasion de visiter la maison de vacances de Georges Clemenceau (1841-1929) qu'il occupa entre 1920 et 1929 durant les périodes de printemps et été et où il reçut famille et amis dans ce "château horizontal", sa "bicoque", longère bordant l'océan.


La maison présente de façon remarquable les meubles et objets témoins de son temps, sa bibliothèque composée de 1500 livres accompagne les visiteurs qui découvrent les pièces en enfilade.


Une atmosphère de calme, de réflexions, enveloppe le touriste jusqu'à la dernière pièce de la longère qui est la chambre où le bureau garnit la fenêtre.
Une chambre de travail comme un musée


le bureau devant la fenêtre


Il faut ressortir pour découvrir le salon d'été dans le kiosque recouvert de fagots ajouté en 1921 auquel on accède par une terrasse : personnalités politiques et journalistes sont reçus dans ce "Trianon de bruyère" dans un mobilier hétéroclite de meubles familiaux ou rapportés d'Afrique et d'Asie.



La maison est entourée de verdure : un jardin face à la mer et derrière un petit bois surprenant. Un détour à faire si vous passez dans le coin !
le tableau de Clémenceau par Gabriel Biessy (1910)
est accroché dans le salon d'été


23 mars 2026

[JOURNAL] Et à l'heure de notre mort

 

Mon père est mort. Il y a l'évidence, mais tout concoure à la sidération. Le corps est redevenu poussière. Les bougies ont été allumées. Les fleurs ont été commandées. Les derniers habits ont été choisis. Le dernier souffle a été rendu, petit murmure humide.

Mon petit coeur ne peut se remettre de ce rebours dans lequel je déplie constamment les moments les plus aptes à me réjouir, à me réconforter.

Il dort désormais d'un sommeil sans réveil parce qu'un ange, je crois, a emporté la douleur, la maladie, la vieillesse, l'inquiétude.

Il reste des souvenirs, des échos de voix, des petites chansons matinales que nul n'entendra plus. Les jours n'ont plus les mêmes espérances, les projections d'activités à long terme se réduisent au lendemain où nul ne sait l'heure de notre mort.

illustration de Sarluis "Dernier souffle"